Soudan: Les évêques catholiques préoccupés par la «situation tragique au Darfour»

« Holocauste religieux de l’ethnie africaine » et « nettoyage ethnique »

Jinja/Ouganda, 27 août 2004 (Apic) Alors que le Soudan a rejeté l’ultimatum de l’ONU pour rétablir la sécurité au Darfour et attend l’expiration du délai fixé au 30 août – qui prévoit des sanctions – , les évêques catholiques du Soudan se déclarent préoccupés par la « situation tragique au Darfour ». Les évêques parlent dans cette région d »’holocauste religieux de l’ethnie africaine » et de « nettoyage ethnique ».

Le Soudan pour sa part rejette l’ultimatum du Conseil de sécurité afin qu’il rétablisse l’ordre et désarme les milices pro-gouvernementales dans le Darfour. Khartoum a opté pour des pourparlers de paix sous l’égide de l’Union africaine qui réunissent depuis lundi à Abuja, au Nigéria, des délégations de Khartoum et des deux mouvements rebelles du Darfour, le Mouvement pour la libération du Soudan (SLM) et le Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM). Ces deux groupes affirment qu’ils ne rendront pas les armes tant qu’un accord politique global n’aura pas été conclu avec Khartoum.

Réunis à Jinja en Ouganda, localité accessible pour tous, les évêques soudanais ont lancé un appel pressant et urgent afin que « le peuple du Soudan soit secouru dans ses difficultés présentes ». Ils invitent tous ceux qui aspirent à la justice et à la paix à offrir prières et assistance au peuple souffrant du Darfour.

Déjà 35’000 morts

Ce communiqué est adressé à de nombreux « protagonistes » de la crise locale: l’ONU, la communauté internationale, le gouvernement soudanais et les deux mouvements rebelles soudanais. Le communiqué des évêques, intitulé « Déclaration des évêques catholiques du Soudan sur la situation critique au Darfour », révèle que déjà au cours de l’année et demi qui s’est écoulée, « environ 35’000 personnes ont perdu la vie et on prévoit que ce nombre puisse augmenter dans les jours à venir à cause de l’obstructionnisme à l’encontre des organismes de secours à l’oeuvre ».

Le document souligne ensuite que les milices progouvernementales Janjawid n’auraient pas pu acheter eux-mêmes des armes sophistiquées et des munitions, car ils n’ont pas même l’argent pour se payer. De plus, ils « ne disposent pas de bombardiers pour tirer des missiles sur des civils innocents ». Les évêques s’adressent avant tout à l’ONU et à la communauté internationale afin qu’elles exercent des pressions sur le gouvernement du Soudan non seulement pour qu’il n’arme plus les Janjawid mais aussi pour qu’il les désarme et conduise les responsables devant la justice.

A la communauté internationale de prendre ses responsabilités

Ils ajoutent que si le gouvernement de Khartoum devait être réticent face à cette responsabilité, « nous demandons alors à la communauté internationale d’intervenir immédiatement. Le facteur temps est crucial pour sauver des vies humaines précieuses et innocentes ». En s’adressant au gouvernement soudanais, les évêques demandent qu’il « ouvre grand les portes » aux organismes humanitaires, « respecte la dignité de ses citoyens, négocie une solution juste et pacifique du conflit ».

Aux deux mouvements rebelles, les évêques rappellent que la guerre n’est pas la meilleure façon de faire face à leurs revendications. « Guerres et exécutions ne résolvent pas les problèmes ». Il est demandé à la communauté internationale « d’éviter d’ultérieures discussions et compromis (.) il n’y a plus de place pour d’autres déclarations, discussions ou délibérations: l’heure est à l’action, une action qui sauve des innocents ».

Les évêques ajoutent que la situation du Darfour devrait provoquer l’enlisement des colloques de paix de Naivasha, au Kenya, pour le sud du Soudan. « Nous voulons affirmer ici qu’il est contradictoire de négocier la paix avec certains tandis que d’autres sont éliminés (.) nous répétons que n’importe quelle paix sans justice n’est pas la paix », conclut le communiqué des évêques.

Selon l’ONU, de 30’000 à 50’000 personnes sont mortes à la suite de ce conflit qui a éclaté en février 2003. Environ 1,2 million de personnes ont été déplacées et près de 200’000 autres ont trouvé refuge au Tchad voisin. (apic/misna/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/soudan-les-eveques-catholiques-preoccupes-par-la-situation-tragique-au-darfour/