Irak: Tariq Ramadan condamne la prise d’otages des journalistes français
Genève/Paris, 30 août 2004 (Apic) L’intellectuel musulman genevois Tariq Ramadan, professeur de civilisation islamique et philosophe, invite tous les musulmans du monde, en particulier ceux de France, à condamner l’enlèvement des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot en Irak. En France, le gouvernement, la communauté musulmane et les principales formations politiques sont unis pour obtenir la libération des deux journalistes.
Dans un communiqué, envoyé à la presse, Tariq Ramadan condamne «sans équivoque et sans condition», l’enlèvement le 20 août sur la route entre Bagdad et Nadjaf des journalistes français Christian Chesnot et Georges Malbrunot ainsi que le chantage inhérent à cette affaire. Il appelle tous les musulmans du monde à dire «avec force et détermination que ces actions et ces ultimatums sont une absolue trahison des principes de la religion musulmane à l’unanimité des écoles de droit et de pensée».
Contraire à tous les principes de l’islam et des droits humains, il qualifie d’»inacceptable» l’enlèvement de ces journalistes par «L’armée islamique d’Irak». Leur travail consiste à transmettre l’information, en temps de guerre comme en temps de paix et quelle que soit la situation politique en Irak. De même, toutes les prises d’otages doivent être condamnées avec force par les musulmans, les organisations islamiques et les oulémas, écrit-il.
Appel à l’ensemble des organisations islamiques de France
Les institutions et les musulmans de France, concernés au premier chef, doivent rappeler, explique Tariq Ramadan, que citoyens d’un pays démocratique, ils discutent les politiques et les lois dans le cadre d’une Constitution et d’une République qui permet le débat dans le respect de l’Etat de droit.
Quelle que soit leur opinion concernant la «loi sur les signes religieux» à propos du voile islamique dans les écoles, ils doivent donc affirmer que seul le dialogue ouvert et démocratique, respectueux des institutions, peut être envisagé dans le traitement des affaires concernant les musulmans de France, poursuit-il.
La dignité des musulmans est en jeu
Rappelant «l’odieux assassinat» du journaliste italien Enzo Baldoni revendiqué par le même groupe, il exhorte tous les musulmans pour qu’ils exigent de «l’armée islamique d’Irak» qu’elle libère «immédiatement et sans condition» les deux journalistes français. Selon lui, un appel fort, uni et déterminé de l’ensemble des organisations islamiques de France doit être transmis sans délai aux preneurs d’otages pour mettre un terme à l’ultimatum et obtenir leur libération. Il affirme encore que les musulmans de France doivent aider le gouvernement français, sans ménager les moyens, afin qu’il trouve une solution sans céder au chantage.
Pour aujourd’hui et pour l’avenir, la dignité des musulmans dépendra de l’énergie et de la capacité que les femmes et les hommes, de même que les organisations et les oulémas déploieront pour dénoncer ces actions, soutient Tariq Ramadan.
Car, précise-t-il «ces actes ignobles, régulièrement perpétrés au nom de la religion musulmane par des individus ou des groupes, trahissent les valeurs et le message islamiques qu’ils affirment défendre ou représenter». «Les musulmans de France ne vous soutiennent pas et condamnent votre action», tel est le message que les membres de «l’armée islamique d’Irak» doivent entendre, conclut-il.
Les autorités françaises vont tout faire pour obtenir leur libération
Les autorités françaises ont fait savoir dimanche qu’ils allaient tout faire pour obtenir la libération des deux journalistes français enlevés en Irak. Ils ont appelé à l’unité nationale face à l’ultimatum posé par un groupe islamiste. Dans une allocution à la télévision, le président Jacques Chirac, opposant à la guerre en Irak, a demandé «solennellement» la libération de Christian Chesnot et Georges Malbrunot, tandis que le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier se rendait immédiatement au Proche-Orient pour développer les contacts nécessaires et coordonner sur place les efforts des représentants français.
«L’armée islamique d’Irak» exige l’abrogation de la loi qui interdit le voile islamique dans les écoles publiques françaises. Les preneurs d’otage ont donné jusqu’à ce soir, lundi, au gouvernement français pour «répondre». Ils n’ont pas précisé ce qu’ils voulaient faire des deux journalistes.
De leur côté, les représentants musulmans français ont condamné avec fermeté la prise d’otage. Le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, a demandé à la communauté musulmane de se «démarquer de ces agissements condamnables par l’islam» et ne donner aucune réaction qui indiquerait que les preneurs d’otages agissent dans son intérêt.
Bien qu’elle s’oppose à la loi sur le voile, l’Union des organisation islamiques de France (UOIF) a refusé «avec la plus grande fermeté» à toute force étrangère le droit de s’immiscer dans les relations de l’islam de France avec la République. Son président, Lahj Tahmi Breze, a déclaré qu’il ne fallait «pas négocier» avec les ravisseurs, car cet enlèvement est «un chantage qui ne sert pas notre cause et prend la communauté musulmane en otage». (apic/ag/lh/be)
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