Fribourg: Un travail de fin d’études qui met La Bible à portée de tous
Valérie Bory, Apic
Fribourg, 30 septembre 2004 (Apic) Un ex-étudiant de l’Ecole de la Foi à Fribourg a mis sur internet son travail de fin d’études, qui se consulte par un clic de souris sur le web, à l’adresse www. http://www.gsbernard.ch . Adepte du trekking et de la marche en montagne, Hugues Dufumier, c’est son nom, a utilisé les moteurs de recherche du web pour construire une étude sur la marche. dans la Bible. Très original et non dépourvu d’humour.
L’oblat de l’Hospice du Grand-St-Bernard Hugues Dufumier l’explique lui- même, la Bible se lit facilement d’une manière non linéaire, soit en picorant dans les pages dans un sens ou dans l’autre. Dès lors que le système du web, qui gouverne internet, fonctionne avec des moteurs de recherche qui, à partir d’un mot, vous sélectionnent tous les textes où ils se trouvent, l’auteur de cette cyberandonnée biblique n’avait plus qu’à se mettre à la tâche. En choisissant son mode de locomotion préféré: la marche.
Ainsi, en une fraction de seconde, apparaissent les 432 versets contenant «marche» ou ses dérivés, dans la Bible de Jérusalem. Une manière ludique, un jeu plaisant, pour lire ou relire les Ecritures. Le texte de ce travail de fin d’études fait 32 pages papier «classiques».
Le jeune homme a poursuivi deux ans d’études à l’Ecole de la Foi à Fribourg, alors qu’il était candidat à l’oblature à l’Hospice du Grand-St- Bernard. (un clic vous dira tout sur l’Hospice ou sur l’Ecole de la Foi). Auparavant, en commençant une année sabbatique au Grand-St-Bernard, il demande à un séminariste, également en année de discernement sabbatique, ce qu’on lui faisait lire. Seulement La Bible, lui fut-il répondu.
La parole est à portée de clic
«Seulement la Bible. Il fallait donc y consacrer environ une demi-heure par jour pour tout lire en un an. Je décidais de m’attaquer à cette idée assez séduisante, lire la Bible d’un bout à l’autre, comme un bon gros volume d’Harry Potter» écrit Hugues Dufumier. Cela lui prit deux bonnes années. Il résidait alors à l’Hospice. Puis il eut l’idée de son travail de fin d’études, en deuxième année d’Ecole de la Foi à Fribourg. Il est aujourd’hui oblat à l’Hospice du Grand-St-Bernard, un statut de laïc consacré, en mission au service de l’accueil des visiteurs et randonneurs qui s’arrêtent à l’Hospice.
Ne désirant pas faire un travail élitiste, qui soit «trop intellectuel ou trop théologique», il a choisi internet pour «mettre la Bible à la portée des gens». Il a pensé aux jeunes qui n’ont pas de contact avec la Bible, pour qui «c’est peut-être plus facile d’y accéder par un clic».
Pour l’auteur de cette étude sur la marche et les Ecritures saintes, le cyber-surfing, dans ce vaste réseau, ne date pas d’internet, mais des premiers rédacteurs de la Bible, pétris de références bibliques. La Bible ressemble davantage à «un jeu de rôles interactifs», avec ses notes et ses renvois. Ces notes qui sont d’abord «l’instrument de décodage indispensable de textes issus d’époques mythiques, pleins d’allusions subtiles au passé et au futur».
Il n’est pas dans l’esprit de l’auteur de cette cyberpromenade biblique de dresser un plan de ce réseau céleste ou Plan divin, écrit-t-il, mais «de tenter à titre d’exemple une petite randonnée au gré de la Bible». On déguste son humour au fil des clics d’ordinateur.
Il marche «à la suite de Dieu marcheur» et tisse ainsi, au gré des rencontres, la toile de cette randonnée dans le verbe.
Pour les renvois à partir d’un mot qui vous ouvrent, miracle du réseau web, les occurrences en lien avec ce simple mot, l’auteur a utilisé le moteur de recherche du site de «La Bible pour tous» pour les citations, les traductions simultanées et l’original en hébreu ou en grec.
En avant, marche!
Au début de l’histoire biblique (Gn 1,20-30), relève-t-il, «tout glisse, grouille, rampe et vole». «De la démarche de l’homme on ne sait même pas s’il est bipède ou quadrupède, mais il est appelé à dominer sur tout ce tohu-bohu zoologique. On entend tout de même en Gn 3,8 des pas, ceux de Yahvé-Dieu qui se promène à la fraîche dans le jardin». A part lui, contnue- t-il, «on sera surpris de noter que le premier être à marcher est le serpent, mais c’est là une condamnation et non une élévation (Gn 3,14) : «tu marcheras sur ton ventre !».
Mais, note Hugues Dufumier, «par cette condamnation à l’horizontalité, le serpent-Malin est déjà opposé à l’homme, appelé lui à la verticalité. Dans le Lévitique on retrouvera un dégoût prononcé pour tout ce qui touche à la marche sur quatre pattes (Lv 11,21 ; 11,27 ; 11,42.)».
La marche comme condamnation
La première mention de la marche comme condamnation se rapporte à l’errance, note l’auteur au gré de son incursion dans La Bible». Devoir aller à pied est, si ce n’est une humiliation, une contrainte du pauvre. Seule une certaine partie de la société occidentale a élevé la marche au rang de plaisir, comme échappatoire idyllique aux excès de la modernité, rappelle-t-il, avant de revenir à ses moutons.
«Il faut attendre d’avoir quitté le paradis pour voir explicitement l’homme se mettre à marcher. Dans les premiers livres de la Bible, Hénok (Gn 5,22- 24), Noé (Gn 6,9), Abram (Gn 17,1) et bien d’autres auront certes ’marché avec Dieu’ ou ’en présence du Seigneur’, mais il faut y lire, note-t-il, le sens imagé de l’intégrité.
Puis l’auteur explore le mot nomadisme, qui conduit à exode, la «la longue marche» par excellence, qui est d’abord, rappelle-t-il, le temps où Dieu va marcher avec son peuple. «Histoire de l’apprivoiser et de tenter la rencontre. Dieu y est à la fois guide et compagnon de marche, marchant soit «en tête, devant» son peuple (Ex 32,1 ; Dt 1,33.), soit «au milieu de, avec» lui (Lv 26,12 ; Dt 31,8.), soutien paternel (Dt 1,31 et Dt 8,5) et intendant maternel de la troupe (Dt 32,11 ; Né 9,21)»
Pour le Juste, la marche est un modèle
Les Psaumes passés à la moulinette du mot marche développent aussi ce thème sous des aspects divers. «Mais quand il s’agit du juste, note l’auteur, la marche est vraiment un modèle. Qui cite le Ps 121, qu’il considère comme «le Psaume du randonneur par excellence, celui que tout marcheur pourrait réciter pendant ses randonnées. Il le rejoint au concret de sa marche, l’accompagne, avec toujours cette idée d’un Dieu compagnon et protecteur (click possible sur protecteur). (.)Les psaumes relisent toute l’histoire du peuple hébreu et font le lien entre ses deux grands déplacements, l’Exode et l’Exil, note Hugues Dufumier.
Enfin, et nous n’épuisons pas ce travail plein de surprises, qui suscite la curiosité, l’auteur parle du «prophétisme de la marche» (»le boiteux bondira comme un cerf»! Is 35,6-9), avec de nombreux autres exemples. «L’oeuvre du Messie: casser l’amalgame péché-infirmité, est perceptible à travers des injonctions (»Lève-toi et marche»!) adressées aux infirmes».
«Si vous n’avez pas encore quitté cette page, écrit l’auteur dans une petite note, pourquoi ne pas faire maintenant une petite halte ou une pause casse-croûte ou boissons, quitte à reprendre la marche ici ensuite».
Le sourire se prête aux clics. Lorsqu’on clique sur «manger», on tombe sur les patriarches de l’Ancien Testament, poussés par la famine à se mettre en marche. «Le Deutéronome relit l’expérience de la faim comme un passage obligé pour faire l’expérience de Dieu, trop facilement oubliée dans l’opulence», écrit l’auteur. Avant de passer à la faim dans le Nouveau Testament, où elle force au retour vers le Père (fils prodigue, par exemple) «La marche peut aussi être un ultime recours, un ultime retour».
Site de l’Hospice du Gd-St-Bernard, qui héberge l’étude de Hugues Dufumier: http://www.gsbernard.ch. (apic/vb)
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