Genève: Commémoration des 500 ans de la Garde suisse pontificale en 2006
Pregny-Genève, 1er septembre 2004 (Apic) Les 500 ans de la Garde suisse pontificale seront célébrés en 2006. Les diverses manifestations soulignant les aspects politiques, militaires, culturels et religieux qui caractérisent cette présence suisse à Rome ont été présentées au cours d’une conférence de presse tenue le 31 août 2004 au Musée de la Fondation des Suisses de l’étranger, au Château de Penthes, à Pregny, près de Genève.
Le comité d’organisation de la commémoration est placé sous la présidence du commandant de corps Beat Fischer. L’association créée pour la circonstance est quant à elle présidée par Mgr Martin Werlen, abbé d’Einsiedeln. C’est le 21 juin 2005 que démarreront les célébrations et que sortira de presse un nouvel ouvrage tout public sur la Garde suisse. En octobre 2005, des cérémonies du souvenir se dérouleront principalement à Lucerne.
Une messe solennelle sera célébrée le 22 janvier 2006 à Lausanne, date officielle de l’arrivée des gardes suisses à Rome en 1506. C’est le cardinal Georges Marie Cottier, théologien de la Maison pontificale et proche collaborateur du pape Jean Paul II, qui présidera l’eucharistie. La présence de gardes en uniforme sera assurée par les sections d’anciens gardes suisses. Outre les personnalités religieuses, politiques et militaires, se réuniront de nombreux anciens gardes, des fidèles et les nombreux sympathisants que compte la Garde suisse pontificale.
Création de la Garde suisse
Les anciens gardes suisses pontificaux se souviendront, lors d’une marche commémorative qui les conduira de Bellinzone à la Rome au printemps 2006, de la marche forcée entreprise voilà un demi millénaire par leurs premiers 150 compagnes d’armes. Le 22 janvier 1506 – arrivée à Rome du 1er contingent de gardes suisses pontificaux – est considéré comme la date officielle de la constitution de la Garde suisse pontificale.
Le prince de la Renaissance et pape Jules II demanda à la Diète fédérale, par lettre datée du 21 juin 1505, de lui fournir d’urgence un contingent de deux cents hommes pour assurer sa garde personnelle. Le recrutement commença fin octobre 1505, principalement dans les régions de Lucerne et de Zurich. Les 150 hommes enrôlés partirent en plein hiver, en empruntant probablement le col du Saint-Gothard, et firent leur entrée à Rome le 22 janvier 1506. Arrivés devant le pape qui les attendait impatiemment, ils prirent immédiatement leur service.
Le sac de Rome, épisode tragique
En automne 1506, d’autres Confédérés rejoignent la garde. Jusqu’en 1527, elle compta 189 hommes. Les familles patriciennes zurichoises et lucernoises notamment se faisaient un point d’honneur d’envoyer leurs fils et neveux au service romain tenu en haute estime.
La Garde connut un épisode tragique lors du sac de Rome (le fameux Sacco di Roma), le 6 mai 1527. 147 Suisses payèrent le prix du sang pour sauver le pape Clément VII. Parmi les victimes se trouvaient de nombreux ressortissants de la ville de Zurich, la cité de Zwingli déjà passée à la Réforme. Aujourd’hui, le 6 mai est la journée commémorative annuelle où les nouveaux gardes prêtent serment.
Deux millions de Suisses ont servi les armées étrangères
La Garde suisse pontificale est un vestige vivant du service étranger, cette « émigration militaire » qui, de 1250 à 1850, vit deux millions de Suisses servir hors des frontières helvétiques, dont 66’000 officiers et 700 généraux. Ce « secteur économique » particulier eu des conséquences profondes sur notre pays, notent les historiens. Il favorisa entre autres l’accroissement de la population, ouvrit des possibilités de carrière, assura d’importantes sources de revenus et garantit à la Confédération la protection des grandes puissances.
Ainsi, selon les historiens, c’est au service étranger que la Suisse doit par exemple l’origine du concept de neutralité et le fait d’avoir bénéficié durant longtemps d’avantages commerciaux et douaniers. Il favorisa aussi l’éclosion de la culture et la montée d’une classe sociale considérée et puissante, politiquement parlant.
Aujourd’hui, la Garde suisse rayonne toujours
La Garde suisse est la troupe de protection et la garde d’honneur du Souverain Pontife qui exerce un ministère religieux au rayonnement international. Ayant renoncé de longue date au pouvoir politique, les papes s’engagent en faveur de la collaboration oecuménique, du dialogue entre les religions ainsi que de la promotion de la justice, de la paix et la sauvegarde de la création. JB
Encadré
De nombreuses manifestations sont agendées
Selon les organisateurs de la commémoration, les 500 ans de la Garde suisse revêtiront des dimensions politiques et militaires, culturelles et religieuses. Les manifestations suivantes sont prévues: le 21 juin 2005, pour le 500e anniversaire de la requête du pape à la Diète fédérale, un « livret de fête » sera publié. Il donnera un aperçu sur l’anniversaire, les événements qui lui sont liés et les festivités prévues. Le même jour paraîtra un nouveau livre sur la Garde suisse, écrit par l’historien et colonel EMG Robert Walpen. Les 24 et 25 septembre 2005, des manifestations du souvenir auront lieu à Lucerne.
Les postes suisse et vaticane émettront un timbre souvenir commun en novembre 2005. On cherchera également à obtenir que des monnaies commémoratives soient frappées.
Le week-end des 21 et 22 janvier 2006 seront fêtés à Rome les 500 ans de l’arrivée des premiers gardes suisses. Le 22 janvier 2006 une messe solennelle sera célébrée à Lausanne, tandis que durant le printemps 2006 sera inaugurée l’exposition temporaire sur la Garde au Château de Penthes, Musée des Suisses dans le Monde, à Pregny-Genève. D’anciens gardes suisses commémoreront la marche forcée de leurs 150 premiers compagnons d’armes en participant, durant la période précédant le 6 mai 2006, à une marche anniversaire de 900 kilomètres en vingt-six étapes de Bellinzone à Rome.
La journée annuelle de la Garde du 6 mai sera organisée en 2006 avec un faste particulier. De nombreux anciens gardes suisses parmi les 1500 vivant aujourd’hui en Suisse et à l’étranger y participeront. Les membres actifs de la Garde à Rome célébreront également cet anniversaire lors de journées commémoratives spéciales et le 1er août. JB
Encadré
Les historiens au travail
Un groupe d’historiens emmenés par Urban Fink, spécialiste de l’histoire de l’Eglise et de l’histoire militaire, conduit des recherches sur la Garde suisse. Au mois de mars 2006 se tiendra à Saint-Maurice un colloque scientifique sous la direction d’un historien militaire, le colonel Dominic M. Pedrazzini. Les actes du colloque seront publiés en automne 2006. L’historien lucernois Thomas Gmür a été chargé de rédiger une biographie du prélat lucernois Peter von Hertenstein. C’est à lui que le pape Jules II avait confié la mission de transmettre à la Diète fédérale sa demande de recruter et d’accompagner à Rome une troupe pour assurer sa protection personnelle. JB
Encadré
Le premier commandant romand de la Garde Suisse était Fribourgeois
Dans le courant de l’année 2006, une exposition de photo sera organisée à la Bibliothèque Cantonale Universitaire à Fribourg. Elle sera axée davantage sur le rôle des fribourgeois dans l’histoire de la Garde Suisse Pontificale. A noter que le premier commandant romand de la Garde Suisse, le colonel Jules Repond (1910-1921), était Fribourgeois.
Un livre commémoratif des événements marquants de l’anniversaire de la Garde suisse pontificale, avec textes et images, sera édité pour Noël 2006. Des réimpressions de divers ouvrages épuisés concernant la garde pontificale sont prévus. En automne 2006 aura lieu l’inauguration de l’exposition exceptionnelle sur les « papiers du Vatican » au Château de Penthes, Musée des Suisses dans le Monde, à Pregny-Genève. La nouvelle salle de la Garde pontificale sera inaugurée au Château de Penthes, Musée des Suisses dans le Monde à Pregny-Genève.
Le « Swiss Guard Tour 2005 – 2006 » permettra la participation des différentes associations d’anciens gardes suisses pontificaux en uniforme de gala à des événements paroissiaux d’exception, tel que fêtes patronales ou fêtes de paroisses. JB
Encadré
La Garde suisse et la Suisse officielle
D’après le droit du Vatican, la Garde suisse est une formation militaire. D’après une résolution du Conseil fédéral c’est une garde de sécurité avec un caractère purement policier. Cette définition protège les membres de la Garde de transgresser la loi militaire qui considère le service militaire à l’étranger comme une action délictuelle. Officiellement c’est à titre privé que les Gardes séjournent à Rome. Leur service n’est pas reconnu comme faisant partie des obligations militaires en Suisse. En conséquence, les Gardes paient la taxe militaire pendant leur séjour à Rome.
Malgré cela, la Suisse officielle a un intérêt à cette présence à l’étranger. Dans les milieux politiques, on admet que la Garde suisse jouit d’un grand prestige non seulement à Rome, mais dans le monde entier. Les Gardes sont des ambassadeurs remarquables de la Suisse, dont ils font croître le prestige de la Suisse à l’étranger. C’est pour cette raison qu’un représentant du Conseil fédéral ou un haut représentant de l’armée participe chaque année, le 6 mai, à la prestation du serment. Pour des Jubilés exceptionnels, le Conseil fédéral envoie un message particulier à la Garde et lui exprime ainsi son estime. Notons que les candidats à la Garde suisse doivent mesurer au minimum 174 cm, avoir accompli leur école de recrue et vouloir s’engager pour deux ans. Ils doivent être de confession catholique. JB
Encadré
La Garde suisse et la Réforme
La Garde pontificale a été créée avant la division de l’Eglise occidentale au XVIe siècle. Dès le début, la Garde s’est développée dans un climat de tension croissante. La critique portait vers une réforme ecclésiastique et le rôle du pape au sein de l’Eglise romaine. La Garde fut présente le 18 avril 1506 lorsque Jules II posa la première pierre pour la reconstruction de la Basilique Saint-Pierre.
Pour assurer le financement d’une telle entreprise, le Vatican s’appuya sur le commerce des indulgences, ce qui éveilla de nombreuses critiques. Les seigneurs et les Etats y virent une concurrence à leur propre intérêt, et les théologiens critiquèrent l’amalgame des affaires terrestres et religieuses. La course aux bénéfices et le commerce des indulgences furent dès 1517 un des éléments déclencheurs de la Réforme.
Tout comme le frère Nicolas de Flüe (1417-1487), Huldrych Zwingli (1484-1531), prêtre et réformateur à Zurich, critiqua le service étranger. Ainsi, le 15 décembre 1526, le Conseil zurichois décida la révocation des 43 Gardes zurichois. Le commandant Kaspar Röist, fils du bourgmestre Marx Röist (1454-1524), faisait partie du nombre.
Les gardes zurichois informés décidèrent à l’unanimité avec leurs compagnons d’armes, de donner la priorité au serment prêté au pape, à l’honneur militaire. Ils refusèrent également d’obéir au décret du Conseil qui ne reconnaissait plus le pape en tant que chef de l’Eglise, et décidèrent de ne pas l’abandonner face au danger qui menaçait. Le 6 mai 1527, ils étaient tous présents à la tragédie du Sac de Rome, où 147 Suisses tombèrent pour la protection du pape Clément VII (1523-1534), dont le commandant Kaspar Röist et d’autres Zurichois « réformés ». C’est Herkules Göldi (toujours un Zurichois) avec son escadre qui protégea la retraite du pape au Castel Sant’Angelo, lui sauvant ainsi la vie. (apic/com/be)
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