Le sida tue deux ou trois membres dans beaucoup de familles

Afrique du sud: Funérailles trop coûteuses pour une population pauvre et décimée

Cape Town, 2 septembre 2004 (Apic) En Afrique du sud, les responsables des Eglises s’inquiètent du montant que les pauvres destinent aux funérailles des membres de leurs familles touchés par le sida. Ils s’endettent pour ce faire et il n’est pas rare qu’une famille ait à faire face à 2 ou 3 décès par année.

Les dépenses énormes que les gens font pour les funérailles de leurs proches touchés par le sida sont une source d’inquiétude pour les dirigeants des Eglises. «Ils subissent une énorme pression dans ce sens et ils s’endettent de plus en plus pour faire face à ces exigences», a déclaré l’évêque Kevin Dowling, de Rustenburg, qui représente la Conférence des évêques catholiques sud africains pour son département sida à Pretoria.

«La tradition qui veut que les repas et le voyage de la famille élargie, jusqu’au lieu des funérailles, soit pris en charge par les proches du décédé, induit des dettes que la famille met des années a tenter de rembourser», a déclaré Mgr Dowling. Celle-ci est souvent aussi la proie d’entrepreneurs peu scrupuleux.

Pour sa part, l’archevêque anglican, Mgr Njongonkulu Ndungane, de Cape Town, a demandé récemment aux Eglises d’enseigner aux gens que de simples funérailles à prix modeste «ne déshonorent ni la personne décédée, ni dieu».

L’évêque Dowling a surenchéri en rendant les gens attentifs au «danger de dépenser au-delà de leurs moyens pour répondre à des attentes irréalistes». Il a ajouté qu’il valait mieux «se concentrer sur la qualité de vie des personnes vivantes». Et que «le nombre de personnes mourant du sida nous obligera à repenser les funérailles», précisant encore que le court laps de temps d’une mort à l’autre dans de nombreuses familles était «une grosse épreuve». «Je connais», a-t-il dit «des familles qui ont connu 2 ou 3 morts en l’espace d’une année».

Corbillards en grand nombre

Mgr Dowling a encore noté que le nombre de corbillards qu’il voyait dans les villages de son diocèse pendant le week end montrait bien l’étendue de la pandémie.

Environ 1 personne sur 8 est séropositive en Afrique du sud, sur une population d’environ 43,5 millions. «Ceux qui meurent sont aussi ceux qui nourrissent leurs familles, laissant celles-ci à la charge d’une grand-mère qui touche une simple pension», a encore dit Mgr Dowling.

Durban est très touchée par le sida et par les dettes que doivent payer les familles pour enterrer leurs morts. Une étude réalisée il y a deux ans sur des femmes enceintes d’un hôpital de Durban a révélé que 35% d’entre elles étaient séropositives. Une directrice d’une organisation d’entraide proche de l’Eglise catholique, Sinosizo, Liz Towell, précise que de plus en plus de familles envoient à l’hôpital un mourant atteint du sida à la dernière minute pour économiser les coûts.

Puis, l’hôpital essaie avec la famille de trouver la voie la moins coûteuse pour transporter le cadavre et l’enterrer. «Je n’ai vu personne dans mon travail qui ait assez d’argent pour ensevelir un proche» a-t-elle ajouté. «Nous ne pouvons leur fournir de l’argent, mais seulement leur indiquer le moyen le moins cher pour enterrer leurs morts. «Parfois lorsque le mort laisse derrière lui une famille où ne subsistent que les enfants, nous le faisons savoir à l’hôpital et dans ces conditions, l’église paie pour les funérailles. Si l’hôpital organise des funérailles pour les plus démunis, ils font en sorte que les enfants puissent savoir où ils peuvent venir se recueillir afin de pouvoir faire le deuil». Liz Towell a encore précisé que parfois les enfants font une tombe imaginaire à la maison et s’en occupent, ce qui est une sorte de transposition qui peut les aider à faire leur deuil». (apic/cns/vb)

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