Rome: Le pape sera dimanche à Lorette, un sanctuaire marial à la longue histoire
Ariane Rollier, correspondante de l’Apic à Rome
Rome, 3 septembre 2004 (Apic) Jean Paul II se rendra le 5 septembre à Lorette, près d’Ancône, dans les Marches. Ce sera « le seul voyage du pape entrepris en Italie cette année », a précisé Paola Bignardi, présidente de l’Action Catholique Italienne. Le franciscain Gualbert Broudin, responsable de la chapellenie nationale de France à Lorette, a expliqué à l’Apic la longue histoire de ce sanctuaire marial situé sur la côte Adriatique.
Le sanctuaire de Lorette, qui viendrait du nom « Laurette » dont la racine est « lauriers », est situé sur la côte Est italienne. Il était à l’origine un champ de lauriers appartenant au cardinal vicaire du pape Célestin V. Chargé de mettre de l’ordre dans la gestion des reliques, dont le culte à l’époque était dévié, le cardinal s’intéressa au projet de la famille Angeli (ou de Angelis) qui cherchait à reconstituer en Italie la Sainte Maison de Nazareth où avait vécu la vierge Marie. C’est donc sur les terrains appartenant à celui qui co-gérait le diocèse de Rome à l’époque, que furent transportées les pierres venant de Palestine.
Si la légende raconte que des anges auraient transporté la chambre de la Vierge dans les airs, sans doute en raison du nom de la famille qui s’en occupa, c’est en réalité un bateau qui achemina les pierres transportées dans des sacs, et qui, après une étape en Illyrie, l’actuelle Croatie, arrivèrent à bon port. C’est le 10 décembre 1294 que fut entreprise la reconstitution de la chambre de la vierge Marie, où elle reçut notamment la visite de l’archange Gabriel.
Pierres originales de la Sainte Maison de Nazareth?
Si la certitude que cette pièce formée de trois murs et constituée des pierres originales de la Sainte Maison « n’est pas absolue, elle est de l’ordre moral », a expliqué le père Gualbert Broudin à l’Apic. « En effet, souligne-t-il, si chaque élément de la certitude morale ne s’impose pas, leur convergence rend le contraire peu probable. A ce sujet, il a en effet été reconnu que la nature des pierres de la maison n’était pas de celle de la région des Marches, mais qu’elle était semblable à celles que fabriquaient les Nabatéens à l’époque.
« Par ailleurs, ajoute le franciscain, les graffitis, sur le thème de l’incarnation, inscrits dans la pierre ont leur pendant dans ce qu’il reste de la maison de Nazareth; la parenté entre les deux morceaux de la maison a ainsi été constatée ». De plus, à l’occasion de travaux, cinq croix d’étoffe rouge de la période des croisades ont été retrouvées. Or, après leur défaite en 1251, certains croisés étaient demeuré un moment sur le sol palestinien. En plus des morceaux de tissus, des débris d’oeufs d’autruche ont été découverts dans les pierres. S’il n’y avait pas d’autruche dans la région des Marches à l’époque, elles étaient en revanche nombreuses en Palestine. On se servait de leurs oeufs comme ex-voto, en les vidant et en les peignant. Ils étaient alors exposés pour symboliser un bienfait, une grâce reçue, comme celle, par exemple, de la venue du Christ », ajoute-t-il encore.
« Enfin, une autre pièce à conviction est celle sur laquelle s’ouvrait l’espace du « 4e mur de la chambre ». Cet espace donnant sur une grotte faisant office de garde à manger, selon l’usage d’alors au Moyen-Orient, correspondait exactement à l’ouverture de la grotte à Nazareth quand Clément VIII, dernier pape (1592-1605) de la Contre-Réforme, fit faire par deux fois des démarches d’authentification ».
A ces éléments, Jean Paul II a ajouté une remarque pertinente, a souligné le représentant des Pieux Etablissements français à Lorette. « Le souverain pontife a en effet constaté que depuis 1294, soit depuis plus de 700 ans, la piété des fidèles n’a jamais été démentie. Il voit dans cette persistance l’approbation de Dieu », a-t-il affirmé. « Au début, avant que le culte ne soit organisé, les pèlerinages se faisaient au moment des foires. Puis, pendant longtemps, Lorette a été le lieu de pèlerinage marial le plus important du monde », a fait remarquer le prêtre français. Et si le nombre de fidèles a diminué à Lorette au temps de la Réforme, le sanctuaire n’a jamais cessé d’être lieu de pèlerinage.
3 à 4 millions de visiteurs par année
Désormais, la petite ville de 11’000 habitants accueille 3 à 4 millions de visiteurs chaque année. Englobée dans une immense basilique aux murs de marbre, construite sous Jules II et qualifiée « d’écrin » par sainte Thérèse de Lisieux en 1887, la « Sainte Maison », a accueilli de nombreux saints et bienheureux, dont les noms y sont inscrits sur une plaque. Pour Mgr Angelo Comastri, délégué apostolique et archevêque de Lorette, « le sanctuaire vaut pour le message qu’il transmet »; on y entretient en effet « la mémoire du ’oui’ de Marie, pour rappeler à tous les chrétiens que l’expérience chrétienne a besoin de renaître continuellement ».
Si Jean Paul II ne se rendra pas à la « Sainte Maison » en tant que tel, c’est à Lorette qu’il béatifiera le 5 septembre trois membres de l’Action catholique. Ce sera son cinquième pèlerinage en tant que pape dans ce sanctuaire où il s’est jusqu’à présent rendu en septembre 1979, en avril 1985, en décembre 1994 et en septembre 1995. Son dernier pèlerinage dans un sanctuaire marial italien remonte au 7 octobre 2003. Il s’était alors rendu à Pompéi. (apic/imedia/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse