Genève: Plainte des victimes de l’apartheid contre 23 firmes, dont l’UBS et le Crédit Suisse
Genève, 6 septembre 2004 (APIC) Une plainte au nom des victimes de l’apartheid vise une vingtaine de firmes multinationales, dont l’UBS et le Crédit Suisse. « Nous attendons une décision à n’importe quel moment », annonce l’avocat sud-africain Charles Abrahams, qui, avec l’Américain Michael Hausfeld, a déposé une plainte aux Etats-Unis. L’Apic a interrogé C. Abrahams, qui donne lundi une conférence à Genève.
« Khulumani » (« Parles-en », en zoulou) est une organisation créée en Afrique du Sud par des survivants et des familles de victimes de l’apartheid. Elle apporte un soutien matériel et psychologique à ses 32’000 membres. Elle s’efforce aussi d’obtenir des réparations pour les atrocités dont ils ont souffert et dont ils continuent de souffrir aujourd’hui. C’est ainsi qu’elle a chargé C. Abrahams et l’avocat américain Michael Hausfeld de déposer une plainte aux Etats-Unis contre une vingtaine de firmes qu’elle considère comme soutiens et complices de l’apartheid. Parmi ces firmes figurent des firmes multinationales suisses comme le Crédit Suisse et l’UBS, mais aussi Barclays, Shell, Daimler Chrysler ou IBM.
Pourquoi les Etats-Unis ? Parce que c’est le seul pays qui permet d’introduire ce type de litige devant ses juridictions, affirme Charles Abrahams. La plainte a été déposée à New York le 11 novembre 2002 et le juge John Sprizzo a entendu les parties le 6 novembre 2003. Il doit maintenant décider de la recevabilité de cette plainte, même s’il a déjà mis en question – appuyé en cela par le gouvernement d’Afrique du Sud – la validité de la plainte.
Si les plaignants obtiennent satisfaction, que se passera-t-il ensuite ? « Il s’agira alors de préparer le procès », répond l’avocat sud- africain. Acceptera-t-il de négocier avec les firmes en question ? « Nous tenons à démontrer le sérieux de la question juridique. A travers un tel procès, nous voulons contribuer à l’avancement du droit international sur la responsabilité des entreprises. Cependant, si celles-ci estiment de leur intérêt de négocier, nous n’excluons pas d’entrer en matière ».
L’argent et la reconnaissance
Les victimes de l’apartheid demandent des réparations à ces firmes. S’agit-il seulement d’obtenir des compensations matérielles? » L’argent est l’un des éléments des réparations. Cependant, aucune somme ne ramènera les morts à la vie. Les survivants cherchent également à obtenir de ces firmes une reconnaissance publique du rôle qu’elles ont joué et des excuses « .
Le gouvernement sud-africain craint que cette action en justice ait un effet négatif sur la croissance économique du pays, en particulier en décourageant les investisseurs. L’argument a été contesté par le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz. Il estime qu’une reconnaissance de la responsabilité des entreprises contribuera au contraire à renforcer la confiance dans le marché. Pour Charles Abrahams, s’efforcer de convaincre le gouvernement de Pretoria fait partie du travail de la campagne pour les réparations.
« Khulumani » est soutenu par de larges milieux d’Eglise et plus particulièrement par les archevêques anglicans Desmond Tutu et Njongonkulu Ndungane. En Suisse, la Campagne pour le désendettement et les réparations en Afrique du Sud, la Commission Tiers Monde de l’Eglise catholique (COTMEC) à Genève et la Déclaration de Berne appuient les revendications des plaignants. En compagnie de l’une des plaignantes, Elizabeth Sofolo, l’avocat Charles Abrahams donne une conférence lundi soir 6 septembre à Genève à la Maison des Associations sur le thème « Justice et réparations en Afrique du Sud, le point de vue des victimes de l’apartheid ». (apic/mba/be)
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