Milan: La Rencontre de Sant’Egidio secouée par la tragédie de Beslan
Milan, 7 septembre 2004 (Apic) Feofan Achourkov, l’évêque orthodoxe de Stavropol et Vladikavkaz, dont dépend l’Ossétie du nord, où s’est déroulé le carnage de Beslan, a appelé la communauté internationale à s’unir contre le terrorisme. Par ailleurs, il a déclaré au quotidien italien «La Stampa», qu’il fallait «maintenant chercher à sauver le peuple caucasien d’une haine incontrôlable». La question irakienne est également au coeur de la Rencontre internationale interreligieuse du congrès annuel de la communauté Sant’Egidio, tenu à Milan.
Au cours de son intervention impromptue, largement reprise par la presse quotidienne italienne, le prélat orthodoxe a appelé à l’unité «contre le mal du terrorisme», après avoir apporté son témoignage sur les atrocités commises sur des enfants lors de la prise d’otages sanglante d’une école, à Beslan, en Ossétie du Nord, par des terroristes protchétchènes, qui s’est soldée par plusieurs centaines de morts.
Par ailleurs, interrogé par le quotidien italien «La Stampa», Feofan Achourkov a déclaré qu’il faut «maintenant chercher à sauver le peuple caucasien d’une haine incontrôlable». Il a poursuivi en ces termes: «La première chose que j’ai dite au peuple est d’accorder son pardon». Pour l’évêque, «il est nécessaire de faire comprendre à tous que les terroristes ne peuvent être accueillis dans aucun pays. Pourtant nous savons que des personnes, qui ont conduit et planifié des crimes similaires à celui de Beslan ont obtenu l’asile en Angleterre ou aux Etats-Unis, où il sont considérés comme des combattants de la liberté», a-t-il ajouté.
Coupables d’avoir participé à la formation du terrorisme
Cette attitude qui, pour l’évêque orthodoxe, relève des «temps de la guerre froide, où chacun des blocs utilisait toutes les ressources possibles, y compris le terrorisme, pour soutenir ses intérêts», doit être condamnée. «Nous sommes tous coupables d’avoir participé à la formation du terrorisme, et seulement tous ensemble, nous pourrons le combattre, sans quoi ce sera une guerre sans fin».
L’éparque a aussi expliqué au quotidien italien qu’il refusait la confusion entre islam et terrorisme, «musulman ne veut pas dire terrorisme», a-t-il insisté. En outre, Mgr Claudio Gugerotti, nonce apostolique dans le Caucase méridional, a expliqué sur Radio Vatican le 4 septembre 2004 qu’il avait rencontré le chef des musulmans caucasiens, afin que la région «ne soit pas un lieu de lutte religieuse» et ne devienne une terre du «fondamentalisme islamique». Enfin, le cardinal Dionigi Tettamanzi, archevêque de Milan, a regretté que le 19e Congrès annuel de la communauté Sant’Egidio soit assombrie par la «grande tristesse» de la tragédie de Beslan.
La question irakienne au coeur du Congrès
Le Congrès de la communauté Sant’Egidio, 19e du nom, qui se termine le 7 septembre à Milan, rassemble une centaine d’intervenants du monde entier sur le thème «Religions et cultures : le courage d’un nouvel humanisme».
Jean Daniel, le fondateur de l’hebdomadaire français «Le Nouvel Observateur» a souligné que cette rencontre de trois jours allait être «hantée par les enfants morts de Beslan». Après lui, un conseiller présidentiel des Emirats Arabes Unis, Ibrahim Ezzedine, est intervenu sur le même ton. Il a tenu à condamner fermement, au nom de l’islam, aussi bien les attentats en Ossétie que les prises d’otages et les assassinats en Irak. A propos de la prise d’otages dans la république caucasienne, il a insisté sur la dimension «honteuse, inhumaine et non-islamique» de ce drame.
Concernant les otages français retenus en Irak, après avoir demandé leur libération, il a affirmé que «demander l’annulation de la loi contre les signes religieux ostensibles est une honte et un faux prétexte». Il a ajouté qu «il doit être dit que l’occupation de l’Irak et l’absence de sécurité ont facilité ces tristes évènements».
Les Américains ont causé plus de dégâts en Irak que Saddam
Le 6 septembre au matin, au cours d’une table ronde sur la guerre en Irak, les propos tenus par les intervenants étaient très ouvertement et violemment anti-américains. Tandis que, dans une salle voisine, l’ambassadeur des Etats-Unis auprès du Saint-Siège, James Nicholson, intervenait pour sa part sur la lutte contre le fléau du sida en Afrique.
Au cours de la table ronde sur la guerre en Irak, le porte-parole des Oulémas sunnites en Irak, Muhammad Bashar Sharif, a affirmé que les Américains, en Irak, avaient causé plus de dommages que la politique «d’oppression» de Saddam Hussein, en raison notamment «des armes à l’uranium utilisées en 1991 et qui ont causé des centaines de milliers de mort du cancer».
«Nous condamnons les prises d’otages des deux journalistes français», a-t- il par ailleurs déclaré. Selon ce musulman sunnite, leur libération dépend «du dialogue, avant tout». IL a ajouté «Nous avons lancé un message clair aux ravisseurs, par le biais des médias. Cependant, a-t-il dit, derrière cette prise d’otages, se trouve un «team» extérieur à l’Irak et opposé à la France, en raison des positions qu’elle a prises sur l’Irak». (apic/imedia/vb)
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