Criminalisation de l’adultère

Ankara: La Turquie divisée sur un projet de loi

Ankara, 7 septembre 2004 (Apic) Le premier ministre Tayyip Erdogan a défendu son projet de loi criminalisant l’adultère, malgré les protestations qui montrent que le pays est divisé sur la question. Les observateurs notent que cela pourrait renforcer le groupe de pays opposés à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

Le premier ministre Tayyip Erdogan, appartenant au parti islamiste AK, a déclaré le 4 septembre que «mettre hors la loi l’infidélité conjugale était un pas vital vers la préservation de la famille et de l’honneur humain». Bien que la Turquie aspire à rejoindre l’Union européenne, elle n’est pas obligée d’adopter la «morale occidentale imparfaite» a-t-il précisé. «La famille est une institution sacrée pour nous. Plus la famille est forte, plus fort est le pays. Si la famille est faible, le pays est menacé par la destruction», a-t-il encore ajouté, dans une interview du quotidien turc «Sabah».

Une loi similaire anti-adultère avait été rejetée par la Cour constitutionnelle en 1996 parce qu’elle pénalisait seulement les femmes.

Un projet qui s’inscrit mal dans le contexte européen

Le projet de Tayyip Erdogan s’inscrit dans le contexte de la visite du commissaire européen chargé de l’élargissement de l’Union européenne, Guenter Verheugen, Des diplomates de l’Union européenne en poste en Turquie observent que ce projet de criminalisation de l’adultère pourrait renforcer les pays opposés à ce que la Turquie ne rejoigne l’Union européenne.

Le parti d’opposition, Parti du peuple républicain (CHP), a appelé à voter contre le projet, mais le gouvernement turc contrôle une confortable majorité de parlementaires musulmans.

Des groupes de femmes et des mouvements féministes ont annoncé une manifestation de protestation devant le Parlement le 14 septembre, date à laquelle il sera débattu de ce projet de loi. Pour sa part, le premier ministre a affirmé que le loi proposée renforcerait l’égalité des droits entre hommes et femmes parce que, contrairement à sa version précédente, elle s’applique autant aux hommes qu’aux femmes».

Une loi qui «aligne la Turquie sur l’Arabie saoudite»

Les critiques qui se font entendre, émanant de l’élite turque occidentalisée, font remarquer que non seulement ce projet éloigne la Turquie des lois européennes, mais l’aligne sur des lois islamiques existant dans des pays comme l’Arabie saoudite, où les adultères sont punis de la lapidation à mort.

Pour Liz Amado, du groupement pour les Droits humains des femmes, basé à Istanbul, «aucun pays n’a une telle loi. Cela légitimera l’intervention de l’Etat dans la sphère privée et sera utilisé contre les femmes», avertit- elle.

La décision sur la candidature de la Turquie à l’Union européenne, est prévue pour décembre, comme l’a rappelé le commissaire européen Verheugen lors d’une conférence de presse, à l’issue d’entretiens avec le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gul. Son rapport, qui doit être rendu le 6 octobre constitue la base sur laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement européens devront prendre leur décision.

Ce document «ne cachera pas le fait qu’il y a des difficultés dans certains domaines et que bien sûr l’application des réformes n’est pas complète», a précisé le commissaire européen Verheugen. Il faisait allusion entre autres aux mauvais résultats de la Turquie dans les domaines de la lutte contre la torture et la question kurde.

Les dirigeants européens doivent se prononcer lors d’un sommet le 17 décembre à Bruxelles sur l’ouverture des négociations d’adhésion à l’UE de la Turquie, qui bénéficie depuis 1999 du statut de candidat. (apic/guardian/vb)

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