Le président salvadorien partisan d’enterrer l’affaire

El Salvador: L’Eglise demande que l’on rouvre l’enquête sur l’assassinat de Mgr Romero

El Salvador, 8 septembre 2004 (Apic) L’Eglise catholique salvadorienne demande que l’on rouvre l’enquête sur l’assassinat de Mgr Oscar Arnulfo Romero, assassiné durant la messe en 1980. Cet appel suit le jugement d’un tribunal américain qui a ordonné au capitaine Alvaro Rafael Saravia, un ancien membre des forces aériennes salvadoriennes habitant aux Etats-Unis, de payer 10 millions de dollars à un membre de la famille de Mgr Romero.

Le juge fédéral Oliver W. Wanger a ordonné la semaine dernière devant un tribunal civil de district, à Fresno, en Californie, que l’ancien capitaine paie cette somme à un membre de la famille de l’archevêque assassiné, qui a préféré garder l’anonymat. Le juge a qualifié l’assassinat de Mgr Romero de «crime contre l’humanité» en condamnant Alvaro Rafael Saravia, qui vivait tranquillement dans la ville californienne de Modesto, dont il s’est enfui l’an dernier à l’annonce du procès. Jusqu’à aujourd’hui, le crime contre l’évêque des pauvres est resté impuni.

Une dissuasion pour ceux qui violent les droits humains

La procédure visait moins à recevoir de l’argent que d’avertir ceux qui violent les droits humains que les Etats-Unis ne sont plus un «endroit sûr» pour eux, a déclaré Nicholas van Aelstyn, l’avocat principal du plaignant. Ce dernier était notamment aidé par le «Center for Justice and Accountability», une ONG basée à San Francisco qui fournit une aide légale aux victimes de la torture.

Alvaro Rafael Saravia, qui a fourni de l’argent et une aide logistique lors de l’assassinat de Mgr Romero, était au service du sinistre major Roberto D’Aubuisson, chef des escadrons de la mort, responsable de nombreuses tortures et d’assassinats à la fin des années 70 et au début des années 80. Ce dernier a fondé en 1981 le parti d’extrême-droite salvadorien Alliance Républicaine Nationaliste (ARENA).

Le juge fédéral a estimé que ce procès faisait partie d’un effort mondial pour mettre un terme à l’impunité des assassins et de ceux qui violent les droits de l’homme. «Les violeurs des droits humains ne devraient pas trouver asile aux Etats-Unis», a-t-il déclaré à l’agence de presse catholique américaine CNS.

Le nouveau président salvadorien Antonio Saca veut «oublier»

Le président salvadorien Antonio Saca – un jeune journaliste du parti ARENA âgé de 39 ans et entré en fonction le 1er juin dernier – est cependant opposé à la réouverture de l’enquête sur l’assassinat du prélat salvadorien. Il estime que ce procès «rouvrirait seulement les blessures du passé» et affirme, non sans cynisme, qu’il a été élu non pour traiter des affaires du passé, mais pour s’occuper de l’avenir du pays.

La mort de Mgr Romero est restée impunie notamment en raison de la loi d’amnistie prévalant dans ce petit pays d’Amérique centrale. Mais l’Eglise catholique salvadorienne a estimé que la décision du tribunal américain a montré que, malgré l’amnistie, le gouvernement centroaméricain est obligé par la loi internationale de retrouver les responsables de cet assassinat. «La loi d’amnistie ne peut pas s’appliquer à des cas de crimes contre l’humanité, dans des cas de grave violations des droits humains», a déclaré Maria Julia Hernandez, responsable de la «Tutela Legal» de l’archevêché de San Salvador. (apic/bbc/cns/be)

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