Refuser la communion aux politiciens favorables à l’avortement ?
Rome, 19 septembre 2004 (Apic) Le bref « mémo » du cardinal Ratzinger sur les politiciens et la communion, envoyé en juin dernier, est diversement apprécié par les catholiques américains. Le document interne, reçu et publié par un magazine italien, n’a jamais été reconnu officiellement par le Vatican.
Le « mémo » romain mentionne les raisons de refuser la communion aux politiciens catholiques favorables à l’avortement. Dans ce cas, il favorise clairement le président sortant George W. Bush face à son challenger John Kerry.
Satisfaction chez les pro-Bush
Le « mémo » du chef de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi a réjoui au plus haut point les catholiques conservateurs et les partisans du président sortant. Mais il a plutôt embarrassé le cardinal Théodore McCarrick, archevêque de Washington et responsable de la commission pour la politique intérieure de la Conférence des évêques catholiques des Etats-Unis.
Le prélat a exprimé la crainte que l’on manipule à des fins électorales la nature sacrée de l’eucharistie et que l’on en fasse un enjeu électoral partisan. Les évêques américains ont voté à une très large majorité pour laisser individuellement aux évêques le choix de décider si un candidat considéré comme favorable à l’avortement devait recevoir ou non la communion.
« Coopération formelle avec le mal »
Le document interne ajoute que les électeurs catholiques qui votent délibérément pour un candidat précisément parce qu’il est favorable à l’avortement (ou à l’euthanasie) est dans ce cas coupable de « coopération formelle avec le mal » et devrait s’exclure de lui-même de la communion. Mais si un catholique ne partage pas la position d’un candidat sur l’avortement mais vote pour lui pour d’autres raisons, on considère cet acte comme « une coopération matérielle éloignée » permise en vertu de raisons proportionnelles. Tout l’été, ce « mémo » interne a nourri le débat aux Etats-Unis, en partie manipulé à des fins politiciennes.
L’agence de presse catholique américaine CNS rappelle que des publications catholiques se définissant elles-mêmes comme catholiques « traditionnelles » ont critiqué la position du cardinal Ratzinger, estimant que ses paroles allaient être prises comme une permission de voter pour des politiciens favorables à l’avortement.
Dans une colonne du « Daily News » paraissant à New York et intitulée « Les catholiques peuvent voter pour Kerry », le Père Andrew Greeley a déclaré que le cardinal Ratzinger a souligné de façon correcte le fait que les catholiques ne devaient pas voter sur un seul objet, mais devaient peser tous les aspects en présence.
Mais des publications catholiques conservatrices ont critiqué le Père Greeley, contestant l’idée que le cardinal Ratzinger avait donné un feu vert – ou du moins un feu orange – aux électeurs catholiques favorables à des candidats pro-avortement.
Mécontentement au Vatican
CNS affirme que des responsables au Vatican ne sont pas contents qu’une communication privée – le document du cardinal Ratzinger – soit parvenue à la presse. Le « mémo » d’une page qui a lancé la vive discussion en cours aux Etats-Unis a été envoyé avec une lettre d’accompagnement du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi au cardinal Théodore E. McCarrick qui dirige la commission sur les évêques catholiques et les politiciens catholiques. Certaines sources ont décrit le « mémo » comme un document de travail non signé destiné à résumer les principes de base. Ils estiment qu’il n’a pas commencé par explorer la complexité de la question du vote et du péché, qui reste largement, de l’aveu d’un responsable, du domaine de la « terra incognita » pour les théologiens moraux.
« Le mémo n’avait certainement pas pour but d’ouvrir la voie aux catholiques désireux de voter pour des candidats qui sont en faveur de lois permettant l’avortement ou l’euthanasie, mais plutôt de clarifier le fait que le simple fait de voter pour de tels candidats ne pouvait pas ’per se’ justifier leur exclusion de la sainte communion », a déclaré le dominicain américain Augustine DiNoia. Le religieux, qui a servi durant 7 ans comme théologien au service de la Conférence des évêques américains, a enseigné la théologie à Washington pendant 20 ans, avant d’être appelé à Rome comme sous-secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi.
La théologie reste empruntée
Le problème est qu’il est difficile de déterminer le but ou « l’objet moral » d’un acte de vote, estime le Père DiNoia. « La seule chose que nous pouvons dire est qu’une personne pourrait être en état de péché mortel et ainsi ne pas pouvoir recevoir la communion si elle votait précisément avec l’objectif moral d’étendre l’avortement », a-t-il ajouté. Pour l’Eglise, il ne fait aucun doute que l’avortement est un péché, mais il y a de sérieuses questions pour savoir jusqu’où s’étend la culpabilité au-delà de ceux qui sont directement impliqués dans l’interruption volontaire de grossesse.
Quant au vote des catholiques, le Père DiNoia estime que la situation des électeurs individuels est si variée qu’il est impossible de définir une liste standard des raisons acceptables. Et d’estimer que le récent « mémo » tente de d’offrir des principes applicables à diverses situations, mais la théologie n’est pas en mesure de définir catégoriquement dans toute circonstance quand, en votant, un électeur catholique commet un péché ou non. (apic/cns/be)
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