Berne: Les Eglises orientales catholiques présentes en Suisse réclament plus de solidarité
Jacques Berset, agence Apic
Berne, 22 septembre 2004 (Apic) Suite aux migrations de ces dernières décennies, les Eglises orientales – des communautés catholiques unies à Rome – sont de plus en plus présentes en Suisse. Elles ont réclamé mardi à Berne davantage de solidarité de la part de l’Eglise catholique suisse, lors d’une journée d’étude de «migratio», la Commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants.
Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion et responsable des migrants au sein de la Conférence des évêques suisses, a promis de transmettre leurs demandes, tout en tenant compte des contraintes financières auxquelles certaines Eglises cantonales doivent faire face. Il a rappelé qu’il ne fallait pas voir cette problématique comme un droit, mais plutôt la traiter dans le cadre de la «communio».
Une présence encore largement méconnue
«migratio», traditionnellement en charge des missions linguistiques, est sollicitée par ces Eglises orientales présentes désormais en Suisse. Le nombre de ces fidèles dispersés dans tout le pays – Ukrainiens, Chaldéens d’Irak et des pays environnants, Maronites libanais, Syro-Malabars d’Inde, etc. -, n’est pas connu avec précision. Souvent oubliés, ils sont tout de même plusieurs milliers et ne disposent pas de paroisses ni de clergé propres. Malgré leur dispersion, ils aimeraient tout de même fréquenter des liturgies dans leurs rites.
En ouvrant la session de «migratio», Mgr Brunner a rappelé que les fidèles des Eglises orientales, arrivés ces dernières décennies en Suisse, sont globalement peu nombreux, raison pour laquelle la plupart des catholiques suisses ignorent souvent leur nombre exact ou ne les connaissent guère. Mais ils méritent toute notre attention, a-t-il souligné en citant la récente instruction pastorale vaticane «Erga Migrantes Caritas Christi». La journée d’étude de «migratio», fréquentée par une septantaine de personnes venues principalement de Suisse alémanique, est un début qui doit se poursuivre, a-t-il déclaré.
Soumission totale à Rome ?
Dans sa présentation des Eglises orientales, Heinz Gstrein, de l’Institut «Glaube in der 2. Welt» (La foi dans le deuxième monde) à Zurich, a donné sa vision des catholiques orientaux. Il a rappelé que la plus importante Eglise «uniate» est aujourd’hui l’Eglise grecque-catholique ukrainienne, née de l’Union de Brest (1596), qui n’a jamais estimé que son attachement à Rome équivalait à une simple soumission. Cette Eglise, d’autre part, ne s’est pas considérée comme forcément en dehors de la sphère du Patriarcat de Constantinople.
Dans la pratique, la réalité a souvent été toute autre, les autorités romaines se considérant volontiers comme les supérieures des instances grecques-catholiques, souligne le journaliste autrichien, lui-même d’origine grecque-catholique. Décortiquant les chiffres du dernier recensement fédéral 2000, Rolf Weibel a remarqué pour sa part que la Suisse fait partie des rares pays européens qui questionnent les habitants sur leur appartenance religieuse. Malheureusement, les chiffres concernant les catholiques «uniates» ne sont pas fiables.
Une plus grande mobilité internationale
Si l’on recense en Suisse près de 132’000 orthodoxes, on pourrait supposer qu’en tenant compte d’une proportion d’»uniates» de 5%, leur nombre serait de 6’600. Or on n’en trouve qu’un peu plus de 600, ce qui a poussé l’Office fédéral des statistiques à ne pas publier de chiffres à ce sujet, pour éviter de donner une fausse image. Et le journaliste de Suisse centrale de relever que le recensement montre une plus grande mobilité internationale. Conséquence: ceux qui sont proches de nous du point de vue ecclésial, mais qui vivaient très loin de nous, sont désormais parmi nous. «Ouvrons les yeux!», a-t-il lancé.
Le théologien fribourgeois Iso Baumer a souligné qu’il n’y a pas de chiffres fiables sur les chrétiens orientaux en Suisse, sauf pour les Ukrainiens et les Maronites. Pour les Indiens du Kerala, qu’on appelle aussi «chrétiens de St-Thomas», les indications varient de 1’000 à 5’000 ! Le professeur émérite a plaidé en faveur de ces catholiques orientaux qui désirent d’abord être reconnus. «L’Eglise catholique romaine en Suisse aura tout intérêt à remarquer l’existence de confrères catholiques orientaux sans les absorber trop vite dans son sein maternel». Arguant qu’il est «très facile de susciter un intérêt bienveillant sans conséquences financières», Iso Baumer a plaidé pour que l’Eglise suisse aide matériellement ces communautés. JB
Encadré
Chaldéens, maronites, syro-malabars et catholiques ukrainiens en Suisse
Présentant la communauté ukrainienne en Suisse, qui remonte déjà en partie au XIXe siècle, le protopresbyte Petro Kostjuk, qui vit à Liège mais visite régulièrement ses fidèles en Suisse, a souligné qu’il n’y actuellement aucun prêtre ukrainien catholique dans notre pays. La communauté ne dispose d’aucune église, chapelle ou centre paroissial et la pastorale sporadique de ces fidèles est assurée grâce à un soutien financier de «migratio».
En raison des grandes distances, P. Kostjuk aimerait que l’on mette un terme à cette pastorale itinérante, et qu’un prêtre ukrainien catholique soit enfin installé en Suisse. Et de déplorer que l’Eglise suisse a trop souvent considéré les catholiques orientaux comme «quantité négligeable», faute notamment de connaître leur réalité. Il met surtout en garde contre la tentation d’»assimiler» ou en d’autres mots de «latiniser» les catholiques orientaux.
Présentant les «chrétiens de St-Thomas» en Suisse, le Père syro- malabar Paul Varghese a relevé que sa communauté est très vivante: plus de 90% des fidèles fréquentent la messe dominicale ! Des maux comme les sorties d’Eglise, le divorce, l’avortement, sont très rares dans la communauté, affirme le prêtre de Dielsdorf/ZH.
Rappelant que l’Eglise maronite libanaise remonte à l’antique Eglise d’Antioche, le Père Maroun Tarabay, personnalité engagée dans l’oecuménisme et habitant à Lucens/VD, a relevé que son Eglise est caractérisée par l’émigration. En effet, si un million de maronites vivent encore au Liban, il y en aurait cinq fois plus à l’étranger. En Suisse, ils sont quelques milliers, visités pour la première fois en octobre dernier par le patriarche Nasrallah Pierre Sfeir. Le Père Tarabay qui craint que les maronites – déjà très latinisés – s’assimilent aux catholiques latins, aimerait que ces chrétiens disposent de leur propre diocèse en Europe.
En Suisse, où vivent près de 800 chaldéens d’Irak, mais également de Turquie et d’Iran (en majorité en Suisse alémanique), il n’y a pas de mission chaldéenne, souligne pour sa part l’abbé Paul Algento, auxiliaire à Pully/VD. Cette communauté, composée en bonne partie de réfugiés, parle l’arabe ou un dialecte araméen, mais utilise cette langue (appelée aussi syriaque) au niveau liturgique. Faute de moyens financiers, il n’y a pas d’aumônier chaldéen à plein temps en Suisse, et le Père Algento les accompagne pastoralement de manière bénévole. Le prêtre chaldéen affirme que s’ils sont laissés à eux-mêmes, ces chrétiens exilés risquent d’être rapidement la proie des sectes «qui profitent souvent de l’isolement des étrangers pour les capter dans leurs filets». JB
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