Rome: Le pape a préside la 147e cérémonie de béatification de son pontificat

Le dernier empereur d’Autriche « donné en exemple » à l’Europe

Rome, 3 octobre 2004 (Apic) Le pape Jean Paul II a présidé dimanche Place Saint-Pierre à Rome la 147e cérémonie de béatification de son pontificat devant environ 20’000 pèlerins, dont un imposant parterre de têtes couronnées. En béatifiant Charles de Habsbourg, le dernier empereur d’Autriche-Hongrie, il l’a « donné en exemple aux dirigeants européens ». Il a aussi élevé à la gloire des autels, deux religieux Français, Pierre Vigne et Joseph Cassant, la mystique allemande Anna Katharina Emmerick et l’Italienne Maria Ludovica De Angelis.

Le pape a lu avec beaucoup d’efforts les lignes introductives et conclusives de son homélie. Les membres de la secrétairerie d’Etat, qui ont lu le texte pontifical, se sont arrêtés sur chacun des cinq nouveaux béatifiés. Auparavant, le long rite de béatification avait été suivi par de nombreux membres du Gotha européen, dont Otto de Habsbourg, la reine Fabiola de Belgique, l’archiduchesse Marie-Astride de Luxembourg, le prince Victor-Emmanuel de Savoie, venus à Rome pour honorer le dernier empereur d’Autriche. La France était représentée par Serge Lepeltier, ministre de l’écologie et du développement durable.

« L’empereur Charles a compris dès le début que son rôle de souverain sanctifiait le service rendu à ses peuples. Il était guidé par sa foi chrétienne qu’il a aussi suivie dans son action politique. Il est pour nous tous un modèle, particulièrement pour ceux qui assume aujourd’hui en Europe une responsabilité politique ! », a écrit Jean Paul II au sujet de l’empereur Charles de Habsbourg (1887-1922), dont la béatification a soulevé quelques controverses.

Quant à l’Allemande Anne-Catherine Emmerick (1774-1824), elle a été qualifiée dans l’homélie du pape de « mystique du pays de Münster », touchée par la grâce de Dieu. La religieuse italienne Maria Ludovica De Angelis(1880-1962), administratrice d’un hôpital pédiatrique de La Plata en Argentine – qui porte aujourd’hui son nom -, a été qualifiée « de modèle de joie et de responsabilité » dans son engagement pour les jeunes victimes de la maladie.

Le pape n’a pas présidé la messe

« Que l’Eglise de France trouve dans le père Pierre Vigne (1670-1740) un modèle, pour que se lèvent de nouveaux semeurs de l’Evangile », a écrit le pape au sujet du premier français béatifié au cours de cette cérémonie. Le pape a aussi souhaité que « nos contemporains, notamment les contemplatifs et les malades, découvrent à l’exemple du frère Jospeh Cassant (1878-1903) le mystère de la prière, qui élève le monde à Dieu et qui donne la force dans les épreuves ».

C’est la première fois cette année que le pape ne célèbre pas lui- même la messe et ne donne pas la communion, qu’il a reçu à genoux sur son prie-dieu. C’est donc le cardinal portugais José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour la cause des saints, qui a célébré la messe. Le cardinal Christophe Schönborn, archevêque de Vienne, et le cardinal Peter Erdö, archevêque de Esztergom-Budapest ont, entre autres, concélébré cette messe.

La Place Saint-Pierre était égaillée par des groupes d’Autrichiens portant d’anciens uniformes et des étendards de la double-monarchie et des groupes musicaux brésiliens. En Effet, la Congrégation enseignantes des soeurs du Saint-Sacrement, fondée par Pierre Vigne, possède une importante communauté dans ce pays.

Lors de la prière de l’Angélus qui a suivi la cérémonie, Jean Paul II a salué les pèlerins venus assister à la béatification des cinq nouveaux bienheureux. « Que les Bienheureux contribuent à donner un nouvel élan à vos communautés ecclésiales, dont j’ai pu constater à Lourdes le renouveau spirituel », a-t-il lancé aux Français présent sur la place Saint-Pierre. Il a aussi particulièrement salué Otto de Habsbourg, 91 ans, ancien député européen et actuel chef de la maison impériale et « sa grande famille ». La famille des Habsbourg, l’ambassade d’Autriche et la Ligue de prière de l’empereur Charles pour la paix entre les peuples, devaient donner une réception dans la salle Paul VI du Vatican, à l’issue de la cérémonie.

Béatification et interrogations

Au terme de la célébration de plus de deux heures, Jean Paul II fatigué a quitté la place dans sa jeep ouverte, se prêtant ainsi au traditionnel bain de foule et aux acclamations des fidèles.

A ce jour, Jean-Paul II a procédé à 147 cérémonies de béatifications élevant ainsi le nombre de béatifiés de l’Eglise catholique à 1342 (dont 4 confirmations de culte) et 483 saints (dont la reprise du culte de Saint Ménard). En moyenne, le souverain pontife a ainsi proclamé 54 bienheureux et 19 saints par an depuis le début de son pontificat.

La béatification du dernier empereur d’Autriche a soulevé une grosse polémique en Autriche et en Europe notamment. Elle soulève également de nombreuses questions « Les membres de la famille de Habsbourg-Lorraine ne pourraient sans doute pas dire pourquoi le pape béatifie leur grand-père » soulignait le Manfried Rauchenstein, directeur du musée d’histoire militaire de Vienne, dans un long article publié dans le journal allemand.

Le souvenir nostalgique du puissant empire austro-hongrois demeure. En 1989, l’épouse de Charles, l’impératrice Zita morte en Suisse à 97 ans, a eu droit à des funérailles grandioses à Vienne. Pour le conservateur du Musée d’histoire militaire de Vienne, la béatification de l’empereur pourrait aussi symboliser « le retour dans l’Europe chrétienne des pays dépendants autrefois de la monarchie habsbourgeoise », la Hongrie et l’ex- Tchécoslovaquie appartenant à l’ex-bloc soviétique.

Ainsi, certains jugent que la béatification de l’empereur est pilotée par les milieux conservateurs de l’Eglise autrichienne. Pour ces personnes, il faudrait y voir l’influence de la « Ligue de prière de l’empereur Charles pour la paix des peuples », communauté de prière reconnue en 1963 par le Vatican. Elle est présidée par Mgr Kurt Krenn, évêque de Sankt Pölten, dont le séminaire a été récemment fermé par le Saint-Siège suite à une très grave affaire de moeurs et de trafic de photos à caractère pédophile. Mgr Krenn, officiellement invité par le Saint-Siège à démissionner pour raisons de santé, négocierait actuellement son départ avec les autorités vaticanes.

Eglise autrichienne peu enthousiasme

Par ailleurs, le chroniqueur religieux autrichien Hubert Feichtlbauer pense que béatifier cet homme politique n’est « pas très crédible ». En 1921, Charles Ier, ayant refusé d’abdiquer estimant détenir son pouvoir de Dieu seul, tente de remonter sur son trône sans exclure le recours à la force. Quant à l’Eglise autrichienne, elle se montre peu enthousiaste devant l’événement. « Il n’y a pas de doute que beaucoup de questions historiques restent ouvertes », souligne le porte-parole du cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne.

Interrogé par l’Apic au sujet de la béatification du dernier empereur d’Autriche, Markus Ries, recteur de l’Université de Lucerne et professeur en Histoire de l’Eglise à la Faculté de théologie, a estimé que l’argument avancé pour justifier cette béatification était « un peu léger. En tous cas pas assez pour justifier son statut de futur bienheureux », même s’il a été le premier à croire aux efforts de paix de Benoît XV, assure notre interlocuteur. Un argument suffisant pour en faire un saint? « Non, sinon pour les promoteurs de cette béatification », ajoutait-il. (apic/imedia/hy/pr)

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