Rencontre avec le vicaire apostolique de Libye

Apic Interview

L’islam du 11 septembre n’est pas celui de la Libye

Propos recueillis à Rome par Marine Soreau.

Rome, 17 octobre 2004 (Apic) A la tête du vicariat apostolique de Tripoli en Libye depuis 1985, Mgr Giovanni Innocenzo Martinelli, a participé ces jours à Rome à l’assemblée plénière de la CEMA (Conférence épiscopale des régions du nord de l’Afrique). Pour l’Apic, il analyse la situation de l’Eglise libyenne et des relations islamo-chrétiennes dans ce pays. Insistant notamment sur « la volonté de dialogue de la part du gouvernement libyen ».

Apic: Quelles sont les relations que vous entretenez avec l’islam dans cette région?

Mgr Martinelli: Nous avons de bons rapports avec le monde musulman, particulièrement avec ’Islamical society’ ou ’Dawa al-Islamiya’, qui est une institution islamique internationale, sponsorisée par la Libye. Elle est chargée de la propagation de la foi musulmane, un peu comme la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, à Rome. C’est une institution avec laquelle nous avons de bonnes relations, des possibilités de dialogue, des rencontres sur le terrain. L’’Islamical society’, qui est aussi en lien avec le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au Vatican, organise des rencontres avec les chrétiens sur différents thèmes, la dernière portait par exemple sur ’la mission du prêtre (imam) dans les sociétés diversifiées’.

Apic: Lors d’une table ronde en février 2003 à Rome, vous aviez affirmé qu’ »il n’y a pas de place pour les fondamentalistes religieux » en Libye

Mgr Martinelli: Je dis qu’il n’y a pas de place pour les fondamentalistes religieux parce que la Libye est contre le fondamentalisme religieux. C’est un pays qui a toujours encouragé le dialogue, notamment contre le fondamentalisme. Après le 11 septembre, la Libye a montré plusieurs fois qu’elle condamnait de tels actes. L’islam du 11 septembre, ce n’est pas l’islam de la Libye. Après les attentats de Lockerbie (La responsabilité de la Libye fut mise en cause dans l’explosion d’un vol UTA. Le pays fut alors soumis à de sévères sanctions de la part de l’Onu ndlr), les autorités libyennes ont cherché à montrer qu’elles voulaient en finir avec tout ce qui était négatif, et donc établir des liens d’amitié avec tout le monde, indemnisant les victimes. Ainsi, ce pays s’est complètement détaché du fanatisme du 11 septembre pour montrer qu’il était intéressé par un dialogue islamo-chrétien.

Apic Concrètement, comment se manifeste le dialogue islamo-chrétien ?

Mgr Martinelli: Sur le plan religieux, comme pour la fête du Ramadan par exemple, il y a des échanges de voeux. C’est une occasion pour nous d’organiser des manifestations et de participer à la fête. Par ailleurs, nous avons la liberté totale d’aller n’importe où, surtout de nous occuper des chrétiens qui travaillent loin de la ville de Tripoli.

Apic: Et depuis le début des conflits en Irak, y-a-t-il eu des changements ?

Mgr Martinelli: On ne peut bien sûr pas dire que la Libye se range du côté des Etats-Unis. C’est un pays musulman, et un pays musulman ne peut pas aller contre un autre pays musulman. La Libye ne peut admettre qu’un pays envahisse un pays musulman. Nous dénonçons la tragédie et les conséquences de la guerre. Mais, malgré tout, il y a quand même beaucoup de problèmes dans le monde arabe avec lesquels la Libye n’est pas d’accord.

Apic: Vous êtes à la tête du vicariat de Tripoli depuis 1985, pourriez-vous nous brosser un rapide portrait de l’Eglise et des chrétiens en Libye ?

Mgr Martinelli: L’identité de l’Eglise en Libye a changé avec les années. Ce fut longtemps une ’Eglise de diaspora’, c’est-à-dire des chrétiens venus pour des raisons professionnelles et qui sont ensuite partis. Après la révolution, beaucoup sont venus de pays socialistes mais se sont retirés peu à peu après la chute du mur de Berlin en 1989. Aujourd’hui, l’identité chrétienne est afro-asiatique. Si les Africains, majoritaire, sont illégalement présents sur le territoire, les Asiatiques, notamment les Philippins, ont des contrats de travail régulier. La Libye est actuellement envahie par des Africains venant de pays en guerre comme le Congo, le Cameroun, le Nigeria, et qui viennent chercher du travail ou pour passer la frontière. C’est un pays qui compte 100’000 chrétiens, de toutes les confessions. Sur 5,5 millions d’habitants, les catholiques ne sont que 75’000. (apic/imedia/ms/pr)

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