Rome: Publication du Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise
Rome, 25 octobre 2004 (Apic) Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise a été publié lundi au Vatican. Des thèmes liés au terrorisme, à la notion de « guerre juste », à l’homosexualité et aux unions libres y sont abordés. Tout comme les problèmes qui gravitent autour des génocides, ou encore de l’environnement et des techniques de biotechnologies. Un document de plusieurs centaines de pages, du Conseil pontifical « Justice et paix ».
Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise n’est pas « un catéchisme » proposant un enseignement « fixe et valide », mais une synthèse systématique des documents publiés par le Magistère catholique sur des thèmes de société. C’est ce qu’a expliqué le cardinal Renato Martino lors de la présentation à la presse du nouveau document du Conseil pontifical Justice et Paix, le 25 octobre 2004, au Vatican. Parmi les sujets variés sur lesquels est rappelée la doctrine sociale de l’Eglise, figurent notamment celui du terrorisme, de la guerre juste et de l’homosexualité.
Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, document de 525 pages publié en version anglaise et en version italienne, « qui n’a pas de précédent dans l’histoire de l’Eglise », est la « revue concise de l’enseignement social de l’Eglise mais complète » depuis le pontificat de Léon XIII (1878-1903), a précisé le cardinal Martino devant les journalistes.
Un Compendium qui évolue
Manifestant « l’interdisciplinarité » du magistère de l’Eglise, le document est proposé « comme un instrument pour alimenter le dialogue oecuménique et interreligieux des catholiques avec tous ceux qui désirent sincèrement le bien de l’homme ». Selon le professeur Anderson, responsable des chevaliers de Columbus présent à la conférence, ce document devrait être aussi « un outil de formation pour les hommes d’affaire et les hommes politiques ». Pour le cardinal italien, l’appellation ’compendium’, et non pas catéchisme, reflète le fait que la doctrine sociale « accompagne » le monde – donc évolue – et peut « affronter des problèmes qui n’existaient pas hier ».
Divisé en trois parties, en 12 chapitres, et en 582 points ou paragraphes, Le Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, comprend un index pratique de 192 pages, subdivisé en un index de références – allant des références bibliques à celles des chartes internationales – et un index analytique – rassemblant par ordre alphabétique les grands thèmes, comme l’avortement ou le travail -. Relu par les autres congrégations concernées par la doctrine sociale de l’Eglise, dont la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’ouvrage édité par les Librairie éditrice vaticane est vendu au prix de 15 euros.
Ouvert par une introduction portant sur « l’humanisme intégral et solidaire », le recueil se poursuit par une première partie qui traite des présupposés fondamentaux de la doctrine sociale. La seconde partie, plus longue et en sept chapitres, traite des contenus et des thèmes classiques de la doctrine sociale. Enfin, une troisième partie, composée d’un seul chapitre, ’doctrine sociale et action ecclésialé, contient une série d’indications pour l’utilisation de la doctrine sociale dans la pratique pastorale de l’Eglise et dans la vie des chrétiens, surtout des fidèles laïcs.
Les unions libres et les mariages homosexuels
« Même si la législation peut quelquefois tolérer moralement un comportement inacceptable, elle ne doit jamais fragiliser la reconnaissance d’un mariage monogame indissoluble comme l’unique forme authentique de la famille », est-il affirmé au paragraphe 216 du document. « Les unions libres, dont le nombre augmente progressivement, sont fondées sur une fausse conception de la liberté individuelle de choisir et sur une vision complètement personnalisée du mariage et de la famille (.). Rendre les unions libres légalement équivalentes à la famille discréditerait le modèle de la famille », affirme ainsi le document.
« Est connecté avec les unions libres, le problème particulier concernant les demandes pour la reconnaissance légale d’unions entre des personnes homosexuelles, sujet qui se développe dans le débat public », peut- on encore lire au chapitre V de l’ouvrage, consacré au thème de la famille. Et le « devoir de respect ne justifie pas la légitimité d’un comportement qui n’est pas en accord avec la loi morale, et justifie encore moins la reconnaissance du droit au mariage entre personnes du même sexe et qu’on le considère comme équivalent à la famille », est-il encore précisé.
Violence, paix et guerre juste
« La violence n’est jamais une réponse juste », dénonce le Compendium dans un chapitre consacré à la promotion de la paix. Pour l’Eglise, en effet, si « rien n’est perdu par la paix, tout peut être perdu par la guerre ». « Le Magistère condamne ’la barbarie de la guerre’ et demande que la guerre soit considérée d’une nouvelle façon », affirme également le document, qui souligne que le monde contemporain a besoin aussi de témoignage de prophètes non armés, qui sont « souvent ridiculisés ». Et « chercher des solutions alternatives à la guerre pour résoudre des conflits internationaux est d’une urgence terrible aujourd’hui ». Pour l’Eglise, « un autre mot pour la paix est le développement ».
Concernant la notion de guerre juste, le Compendium rappelle au paragraphe 500 l’immoralité intrinsèque d’une guerre d’agression. Pour être « licite », l’usage de la force doit en effet « correspondre à certaines conditions strictes : le dommage infligé par l’agresseur sur une nation ou une communauté de nations doit durer, être grave et certain ; tous les autres moyens pour y mettre fin doivent s’être avérés impossibles et impraticables ; il faut qu’il y ait de sérieuses perspectives de succès ; l’usage des armes ne doit pas produire de maux et de désordres plus graves que le mal éliminé ».
« L’exercice du droit à l’autodéfense doit respecter les limites traditionnelles de nécessité et de proportionnalité », peut-on lire en outre. « Pour cela engager une guerre préventive sans une claire preuve que l’attaque est imminente ne peut manquer de susciter, soulever des questions morales et juridiques ». Quant à la « légitimité internationale pour l’usage de la force armée, sur la base d’une affirmation rigoureuse et avec des motivations bien fondées », elle ne peut seulement être donnée « par la décision d’un corps compétent qui identifie les situations spécifiques comme les menaces à la paix, et autorise une intrusion dans la sphère de l’autonomie habituellement réservée à un Etat ».
Les armes de destruction massive
Abordant le sujet des armes de destruction massive – biologiques, chimiques, ou nucléaires – le document, publié par le Conseil Justice et Paix, reconnaît qu’elles « représentent une menace particulièrement sérieuse ». « Ceux qui les possèdent ont une énorme responsabilité devant Dieu et toute l’humanité ». « Le principe de non-prolifération des armes nucléaires, avec les mesures de désarmement nucléaire et d’interdiction de tests nucléaires, sont des objectifs intimement liés qui doivent être rencontrés dès que possible par des moyens de contrôle efficace au niveau international », peut-on lire au point 509 du livre.
Le génocide
Concernant le génocide et le rôle de la Cour internationale de justice, le document affirme que « le magistère n’a pas manqué e continue d’encourager » cette institution internationale « qui punit les responsables d’actes particulièrement sérieux comme le génocide, le crime contre l’humanité, les crimes de guerre et les crimes d’agression ».
Le terrorisme
« Aucune religion ne doit tolérer le terrorisme et encore moins le prêcher », recommande le Compendium au sujet du terrorisme. « Le terrorisme doit être condamné dans les termes les plus absolus » car « il montre un mépris total de la vie humaine et ne peut jamais être justifié, dans la mesure où la personne humaine est toujours une fin et jamais un moyen », poursuit le document. Et « s’il existe un droit à se défendre du terrorisme », il doit être exercer dans un cadre moral et légal, précise-t- il.
« La bataille contre le terrorisme doit être menée dans le respect des droits de l’homme et des principes d’un Etat réglé par la loi. L’identification de la partie responsable doit être dûment prouvée, parce que la responsabilité criminelle est toujours personnelle et pour cela ne peut être étendue aux religions, nations ou groupes ethniques auxquels appartiennent les terroristes », est-il encore souligné. « La coopération internationale dans la lutte contre l’activité terroriste ne peut être seulement répressive ou punitive ».
Pour l’Eglise, il est essentiel que « l’usage de la force, même si nécessaire, soit accompagné par une analyse lucide et courageuse des raisons derrière les attaques terroristes ». « Un engagement particulier aux niveaux politique et éducatif est aussi nécessaire dans le but de résoudre avec courage et détermination les problèmes qui peuvent favoriser le terrorisme dans certaines circonstances dramatiques », conclut le Compendium.
L’environnement et les biotechnologies
Concernant enfin l’environnement et les biotechnologies, il est dénoncé, au paragraphe 470 du chapitre une « conception réductrice » qui considère « l’ordre naturel dans des termes mécaniques et voit le développement dans des termes consuméristes et où la primauté est donnée à l’avoir plus qu’à l’être », cela causant de sérieuses formes d’aliénation humaine.
« De telles attitudes ne viennent pas d’une recherche scientifique et technologique, mais du scepticisme et d’idéologies technocratiques qui tendent à conditionner une telle recherche », est-il précisé au paragraphe 462. « Une économie respectueuse de l’environnement n’aura pas la maximisation du profit comme unique objectif, car la protection environnementale ne peut être assurée seulement sur la base de calculs financiers de coûts et bénéfices », est-il encore affirmé.
Le cardinal Martino, au cours de la conférence, a par ailleurs souligné que la prochaine édition donnerait peut-être une réponse plus claire sur la question des OGM.
Si les versions anglaise et italienne sont les premières parues pour des raisons pratiques, les traductions en espagnol, français et portugais, seront disponibles dans quelques mois. De même que pour le catéchisme de l’Eglise catholique, les Conférences épiscopales intéressées par des traductions dans leurs langues, comme l’allemand, le feront en lien avec l’Apsa (Administration du patrimoine du siège apostolique).
Enfin, le cardinal Martino a annoncé sur les ondes de Radio Vatican, le 24 octobre 2004, que des projets d’un dictionnaire des droits de l’homme, et d’un directoire la pastorale sociale allaient prochainement être présentés par son dicastère, au cours de sa réunion plénière, qui a lieu à Rome les 25 et 26 octobre 2004. (apic/imedia/ar/pr)
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