L’absence de Dieu dans la Constitution choquerait les musulmans

Rome: Méconnaissance de l’héritage chrétien et islam

Rome, 26 octobre 2004 (Apic) Pour le cardinal Josef Ratzinger, c’est la méconnaissance par l’Europe de son héritage chrétien qui pourrait offenser l’islam. Le prélat l’a déclaré lors d’une rencontre entre politologues et historiens à Rome.

Pour le cardinal Josef Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, l’affirmation des racines chrétiennes de l’Europe ne devrait pas être considérée comme antagoniste au monde musulman. C’est ce que le cardinal allemand a déclaré lors d’une rencontre organisée par le Centre d’orientation politique, un club de réflexion politique influent, à Rome, le 25 octobre 2004.

«La Constitution européenne ne doit pas parler des racines chrétiennes du continent pour ne pas offenser l’islam ?», s’est interrogé le cardinal Ratzinger, confronté au professeur italien de sciences politiques, Ernesto Galli della Loggia, dans un dialogue autour du thème Histoire, politique et religion. Au contraire, affirme le prélat, «ce qui pourrait choquer les musulmans, c’est que l’on ne parle pas de Dieu dans la Constitution européenne. Ce qui offense l’islam est la perte de référence en Dieu, l’arrogance de la raison qui provoque le fondamentalisme», a expliqué le prélat, soulignant que «l’Eglise ne peut pas se reconnaître sous le seul vocable d’occidentale».

«Théoriquement, le christianisme est né aux confins de l’Asie, de l’Afrique, de l’Europe et de leurs cultures». L’Europe est, certes, «une source fondamentale de développement pour la chrétienté, mais elle se marginalise», a-t-il poursuivi, devant un parterre de diplomates, de ministres, d’intellectuels, de journalistes et en présence de Joaquin Navarro-Valls, le porte-parole du Saint-Siège.

L’Europe, source d’humanisme mondial

«L’Europe s’est forgée non sur une géographie variable, mais dans une foi commune. Nous devons redéfinir ce qu’est l’Europe et on ne doit pas s’arrêter au positivisme. Pour qu’elle vive, l’Europe doit être une source d’humanisme pour le monde entier», a expliqué le cardinal Ratzinger, quatre jours avant la signature de la Constitution européenne à Rome.

«Le laïcisme est une idéologie partiale, car elle n’est pas capable de répondre au défi moral et en plus elle fragmente la personne humaine», a-t- il encore déclaré, donnant en exemple la question de la bioéthique. «L’usage du terme vie est trop souvent employé à la place de celui de personne. Une plante aussi vit. La notion de personne et celle de vie doivent être distinguées», a-t-il expliqué.

Poursuivant sur ce thème, le cardinal a par ailleurs constaté que «le pouvoir de l’homme a crû de façon inimaginable. Son pouvoir d’autodestruction va maintenant jusqu’aux racines de l’être. Il est capable de produire un homme, et cette possibilité devient une arme plus destructrice que les moyens d’anéantissement traditionnels. L’être humain est devenu un marché, c’est le signe d’une société malade qui voit dans l’être humain un objet créé par elle», a-t-il conclu.

Le cardinal Josef Ratzinger s’était personnellement exprimé contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, en juin 2004. «La Turquie a toujours représenté un autre continent au cours de l’histoire, en contraste permanent avec l’Europe», avait-il alors déclaré. Il avait aussi condamné «le laïcisme absolutiste». «Seul un sens religieux raisonné, avait-il alors expliqué, peut modérer ces radicalismes et permettre de trouver un équilibre dans le dialogue des cultures». (apic/imedia/hy/vb)

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