Le Vatican exprime sa déception

Rome: Signatures de la Constitution européenne

Rome, 29 octobre 2004 (Apic) Le Vatican ne cache pas sa déception le jour même où à Rome, à grands frais et en grandes pompes, les chefs d’Etat et les représentants des 25 pays de l’Union européenne signaient à Rome la Constitution européenne. Une référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans la Constitution européenne n’aurait pas entaillé le concept de laïcité, dit le Vatican.

«Plus que le préjudice anti-chrétien – qui ne surprend pas -, c’est la myopie culturelle qui nous étonne», déclare Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire du Saint-Siège pour les relations avec les Etats. C’est en ces termes qu’il exprime la position officielle du Vatican dans le quotidien national italien «La Stampa» du 29 octobre 2004, quant au manque de référence, dans la constitution européenne, des racines chrétiennes de l’Europe.

«La mention des racines chrétiennes de l’Europe dans le préambule du Traité constitutionnel était vivement désirée par de nombreux citoyens de ce continent, catholiques, orthodoxes et protestants» et ce n’est pas cette mention qui pouvait «entailler, comme certains le craignaient, la laïcité – la saine laïcité – des structures politiques», regrette l’archevêque italien, âgé de 69 ans et qui a succédé il y a tout juste un an au cardinal français Jean-Louis Tauran au poste de «ministre des Affaires étrangères» du Vatican.

Pour le Saint-Siège, insérer dans ce texte constitutionnel une référence historique chrétienne «servait au contraire à continuer de maintenir vivante la conscience de l’identité historique concrète de l’Europe et de ses valeurs inaliénables». «Si la nouvelle «vieille Europe» veut jouer dans le futur un rôle digne de son passé, elle ne pourra pas s’affadir sur de vagues réminiscences, mais devra au contraire être bien plus consciente de ce qui a forgé spécifiquement sa physionomie spirituelle», affirme Mgr Lajolo.

Pour le diplomate du Saint-Siège, parler de racines chrétiennes n’insinue pas une limite idéologique, mais bien une mémoire du ferment qui se développe dans l’histoire de l’Europe, et qui s’étend de l’Europe vers le monde entier.

La laïcité érigée en idéologie

Au lendemain de l’adoption du texte par les chefs d’Etat et de gouvernement réunis à Bruxelles, Joaquin Navarro-Valls avait exprimé, le 19 juin dernier, la «satisfaction» du Saint-Siège du fait que ce texte «représente une étape cruciale dans le processus d’intégration européen qui a toujours été souhaité par le pape».

En recevant jeudi au Vatican le président sortant de la Commission européenne, l’Italien Romani Prodi, Jean Paul II n’a cependant pas manqué de rappeler combien le christianisme a «contribué à la conscience commune des peuples européens» et a «été d’un grand apport dans la formation de leurs civilisations». «Qu’il soit reconnu ou non dans les textes officiels, c’est un fait indéniable qu’aucun historien ne pourra oublier», a ainsi déclaré le pape.

«Eviter la mention explicite des racines chrétiennes de l’Europe n’est pas seulement nier l’évidence historique, mais rabaisser le principe de laïcité à une sorte d’idéologie laïciste», écrit par ailleurs l’»Osservatore Romano», le quotidien du Vatican, dans son édition du 28 octobre.

Interrogé par I’Apic dans la soirée du 28 octobre, le cardinal secrétaire d’Etat, Angelo Sodano, avait également parlé de «lacune de l’identité historique» dans la Constitution européenne.

Autre réaction à Rome: l’agence catholique missionnaire «Asia News» a qualifié vendredi de «boiteuse» la signature de la constitution UE dans un éditorial de son directeur, le Père Bernardo Cervellera, ancien directeur de l’agence vaticane Fides. «C’est un corps boiteux et qui aura du mal à marcher qui s’est doté d’une Constitution», a estimé le père Cervellera.

Mesures de sécurité et manif

Des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prise pour cette signature. Le centre historique de la capitale italienne a été placé sous haute sécurité, avec la mobilisation de quelque 7’000 policiers et membres des forces de sécurité. Un large périmètre autour de la colline du Capitole a été interdit à la circulation et aux piétons tôt vendredi matin et le Circo Massimo (Circus Maximus), champ de courses de la Rome antique, devait devenir le temps d’une matinée un héliport pour les besoins des délégations.

Ces mesures n’ont pas empêché une petite centaine de personnes de participer vendredi à un sit-in à Rome, place de la République, pour réclamer «l’inscription des racines chrétiennes dans la Constitution européenne. «L’Europe est chrétienne ou elle n’est pas», affirmait une banderole portée par les manifestants appartenant à des mouvements de jeunesse chrétienne. La manifestation s’est déroulée sans incident. (apic/imedia/bb/pr)

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