Martigny: Controverse à propos des chiens de l’Hospice du Grand-Saint- Bernard

Logique, disent les uns, «hérésie», estiment les autres

Martigny, 3 novembre 2004 (Apic) Le projet de l’hospice du Grand-Saint- Bernard qui envisage de vendre ses chiens suscite de nombreuses réactions. Logique, disent les uns. «Hérésie», disent les autres. Le tout enrobé dans une image d’Épinal. Dépassée aux dires des chanoines.

Le projet des moines de l’Hospice du Grand-Saint-Bernard dans les Alpes valaisannes qui veulent vendre leurs célèbres chiens, dressés à retrouver les voyageurs égarés dans le col du Grand-Saint-Bernard menant vers l’Italie, a suscité de nombreuses réactions.

«Nous ne comprenons pas», dit Barbara Ziegler, directrice de l’office du tourisme de la ville voisine de Martigny. «Ces chiens sont la principale source de revenus du monastère. Nous ne voyons aucune raison de les vendre».

Barbara Ziegler réagissait à l’annonce faite au début d’octobre par la Congrégation des chanoines du Grand-Saint-Bernard. Qui envisage de vendre les chiens, lesquels, depuis l’hospice situé au sommet de la montagne, auraient déjà sauvé quelque 2’500 personnes ces derniers 200 ans.

Un argument qui fait sourire du côté du monastère, «les gens devraient réaliser que les moines ont d’autres choses à faire que de nourrir les chiens toute la journée». D’autant plus, que «la dernière fois que ces chiens ont sauvé quelqu’un c’était il y a plus de 30 ans», fait remarquer Béatrice Troillet, membre de l’Association du Saint-Bernard.

Pourtant, les chiens ne quitteront pas l’hospice, car le futur propriétaire sera tenu de garantir la présence des chiens au col en été, précise de son côté l’abbé-prévot Benoit Vouilloz, supérieur de la Congrégation. Pas une mince affaire: les chiens males pèsent parfois jusqu’à 100 kilos et consomment 2 kilos de viande par jour. Ils représentent un grand investissement en temps et en argent pour le monastère, qui arrive à peine à accomplir d’autres taches comme la gestion d’un centre d’hospitalité et l’accueil de 50’000 visiteurs chaque année.

Icônes

«Nous sommes bien conscients qu’ils sont considérés comme des icônes et personne ne conteste qu’ils sont doux et se laissent caresser», commente à l’Agence oecuménique ENI Béatrice Troillet. Mais, ajoute-t-elle les moines ne devraient pas être obligés de s’occuper des chiens alors qu’ils ont d’importants devoirs pastoraux à accomplir.»

Selon l’un des cinq moines vivant encore à l’hospice, frère Frédéric, les chiens ont cessé d’être utilisés pour les opérations de sauvetage après l’arrivée d’hélicoptères de montagne en 1955. De plus, assure-t-il, ils sont aujourd’hui remplacés par d’autres chiens plus rapides, au pas plus léger, des bergers allemands et des Golden Retrievers.

L’hospice a été fondé au Moyen Age par saint Bernard à environ 2’500 mètres d’altitude, pour héberger les voyageurs traversant les Alpes en provenance d’Italie. C’est à la fin du 17e siècle que des moines ont commencé à dresser des chiens de montage à secourir les voyageurs égarés dans le col, battu par le vent et la neige durant environ 245 jours par an.

Ces chiens, connus pour leur endurance et leur résistance aux maladies ont reçu le nom de Saint-Bernard. Depuis, ils ont acquis leur célébrité pour leur flair et leur facilité à retrouver les traces et les victimes enfouies sous les avalanches. Traditionnellement, les chiens participaient aux opérations de sauvetage, un chien donnant l’alarme et l’autre léchant les voyageurs en détresse pour les réchauffer.

Les experts soulignent toutefois que les victimes d’hypothermie auraient été bien mal avisées de boire l’alcool contenu dans le petit tonneau qui était, selon la légende, suspendu à leur cou. Selon eux en effet, la consommation d’alcool accélère la perte de chaleur. Encore un cliché qui s’en vient mourir. (apic/eni/pr)

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