Mgr Henrici: la présence musulmane pose de nouveaux défis

Fribourg: L’Institut de droit des religions fête ses 25 ans à l’Université

Fribourg, 12 novembre 2004 (Apic) La rapide progression des musulmans en Suisse place le droit ecclésiastique face à des problèmes tout à fait nouveaux. C’est que cette population ne vient pas seulement avec sa religion, mais également avec son propre ordre juridique. «Que faudra-il faire quand cette diaspora islamique ne sera plus une diaspora, mais une partie considérable de notre population ?», s’est demandé jeudi soir à Fribourg Mgr Peter Henrici.

L’évêque auxiliaire émérite du diocèse de Coire était l’hôte d’honneur de la fête du jubilé de l’Institut de droit canon et de droit ecclésiastique, transformé, après 25 ans de bons et loyaux services, en Institut de droit des religions. Abordant le «présent et futur des rapports entre Etat et Eglise(s)», le professeur de philosophie s’est demandé si les développements de la société ne devaient pas finalement amener à une séparation non seulement entre l’Eglise et l’Etat, mais plus généralement entre l’Etat et les communautés religieuses.

Un contrepoids bienvenu face aux Néron de notre temps

Du point de vue des Eglises chrétiennes, a-t-il constaté, une séparation complète entre l’Eglise et l’Etat amènerait plus de problèmes à l’Eglise évangélique réformée qu’à l’Eglise catholique. Mgr Henrici a souligné que le système suisse où la plupart des cantons ont vu la création de corporations ecclésiastiques – une voie moyenne entre l’intégration et la séparation entre l’Eglise et l’Etat – leur permet d’être partenaires et non concurrents.

Mais l’évêque auxiliaire a également mis en avant le désavantage du système suisse, où les paroisses se considèrent comme le fondement même de l’Eglise alors que l’Eglise catholique ne se construit pas de bas en haut, mais de haut en bas, de façon sacramentelle-eucharistique, depuis le Christ. Sa constitution est hiérarchique et les diocèses, sous la direction de l’évêque, sont les véritables Eglises locales.

L’évêque émérite a relevé que l’Eglise bénéficie d’une structure ecclésiale propre permettant à la communauté des chrétiens – également sans l’aide de l’Etat – non seulement de subsister mais encore d’agir. Cette structure, ces dernières décennies, «a justement permis aux Eglises de représenter, pour de nombreuses personnes, un contrepoids bienvenu face aux Néron (l’empereur romain qui persécuta les chrétiens, nda) de notre temps et face à leurs totalitarismes».

La déconfessionnalisation de l’Université de Fribourg est un fait

La fête du jubilé a été ouverte par Peter Plattner, président du conseil de l’Institut. Dans son allocution de bienvenue, au cours de laquelle il a apporté les salutations du recteur de l’Université Urs Altermatt, le vice-recteur Erwin Murer a relevé les prestations remarquables de l’Institut. Certes, a-t-il remarqué, le rebaptême de l’Institut approuvé par le rectorat est d’abord apparu un peu terne, mais il s’est laissé convaincre. Il s’est rendu compte qu’il ne s’agissait pas là d’une diminution de perspective, l’Université respectant toute la tradition héritée de l’histoire. Mais la déconfessionnalisation de l’Université de Fribourg est cependant un fait.

Après l’intervention de Gabriele Manestch, présidente de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (RKZ), ce fut le tour de Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS), d’encourager les travaux de l’Institut. Le pasteur réformé a relevé que la nouvelle dénomination de l’Institut – désormais Institut de droit des religions – reflétait bien un développement de son travail salué par la FEPS. Il s’agit en fait de la poursuite du développement du droit ecclésiastique dans le contexte de la pluriconfessionnalité de plus en plus prégnante de la Suisse. (apic/be)

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