Pas d’actions coordonnées pour faire tomber le régime communiste

Rome: La CIA renseignait régulièrement le pape sur les fusées soviétiques

Washington/Rome, 18 novembre 2004 (Apic) Les services secrets américains ont fait parvenir au pape Jean Paul II dans les années 80 des photos satellite de fusées et de troupes soviétiques pour tenter de l’influencer politiquement.

Cette information a été publiée jeudi 18 novembre par l’agence de presse catholique américaine CNS. Si le président Reagan a échangé des informations avec le pape, Rome et Washington n’auraient pas mené d’actions coordonnées pour faire tomber le régime communiste.

«Nous étions plus intéressés à avoir le pape de notre côté que de vouloir qu’il fasse quelque chose pour nous», révèle Edward Rowny, le principal conseiller et négociateur de Reagan dans les pourparlers concernant les armes nucléaires. Rowny, un Américano-Polonais de confession catholique, a renseigné le pape à plusieurs reprises sur ordre de Reagan. Le pape «était toujours content d’entendre que le président (américain) soutenait Solidarité» et que de l’aide matérielle lui était apportée, déclare Rowny.

La CIA espérait influencer le pape

CNS se réfère à des déclarations de Richard V. Allen, conseiller à la sécurité du président américain de l’époque, Ronald Reagan. Le but de ces informations était, selon Allen, d’amener le pape Jean Paul II à ne pas s’exprimer publiquement contre le déploiement de nouvelles fusées nucléaires américaines en Europe.

Selon Allen, cette action de la CIA a eu vraisemblablement pour conséquence que le pape – bien qu’il se soit alors engagé de façon générale contre la course aux armements – se soit tu dans cette situation et n’ait pas dénoncé le déploiement des fusées américaines. Richard V. Allen estime qu’il y avait entre Reagan et le pape – tout deux fortement anticommunistes – une «convergence d’intérêts», mais pas une «alliance» entre les Etats-Unis et le Vatican durant la présidence de Reagan.

Les interlocuteurs du pape Jean Paul II étaient notamment deux autres catholiques de renom, le directeur de la CIA William Casey, et l’ambassadeur américain auprès du Vatican, Vernon Walters. Ils avaient été choisis pour cela par Ronald Reagan, affirme Allen, Ils l’ont tenu au courant des armements massés à l’Est. Richard Allen raconte que William Casey s’était secrètement rendu à l’époque dans un avion privé camouflé à Rome, où on l’avait discrètement conduit chez le pape.

D’après l’analyse d’Allen, Jean Paul II et Reagan poursuivaient en bonne partie des intérêts parallèles durant la guerre froide. Il serait par contre exagéré de parler «d’alliance secrète», car il n’y a jamais eu d’objectifs politiques définis et planifiés en commun.

Le moyen d’ébranler la puissance de l’Union soviétique

Pour le pape, il s’agissait en premier lieu du sort de sa patrie, la Pologne, tandis que Reagan et l’administration américaine voyaient dans les développements en Pologne le moyen d’ébranler la puissance de l’Union soviétique et de faire tomber «plus grand danger, le plus principal adversaire, l’Union soviétique».

Le pape était content que les Etats-Unis soutiennent secrètement le mouvement syndical de Solidarnosc du point de vue financier, affirme encore Richard Allen. Allen a été de 1981 à 1982 le conseiller à la sécurité de Ronald Reagan. Il travaille actuellement comme spécialiste de sciences politiques à l’Institut Hoover sur la guerre, la révolution et la paix à l’Université de Stanford, en Californie. (apic/kna/cns/be)

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