La curie romaine doit «redonner aux patriarches leurs droits»
Rome, 21 novembre 2004 (Apic) Les droits des patriarches orientaux ne sont pas suffisants et l’application du décret conciliaire sur les Eglises orientales «n’a été que partielle», estime l’archimandrite Ignace Dick, vicaire général de l’archevêché grec-melkite-catholique d’Alep, en Syrie.
Mgr Dick est bien connu pour ses nombreuses publications dans les domaines de l’histoire de son Eglise, de l’oecuménisme et de la littérature arabe chrétienne. L’archimandrite melkite d’Alep, dans une conférence donnée à l’occasion du colloque organisé à Rome pour le 40e anniversaire de la promulgation du décret conciliaire Orientalum Ecclesiarum sur les Eglises orientales, a déploré l’inertie romaine. Les travaux du colloque ont été ouverts par le cardinal Ignace Ier Moussa Daoud, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales, avait ouvert les travaux.
«L’application du décret Orientalum Ecclesiarum a été partielle», a regretté le prélat devant une centaine de professeurs et d’étudiants de l’Institut pontifical oriental à Rome. S’il y a eu «certes, des effets heureux – quelque chose commence à bouger -, il y a encore une grande force d’inertie à vaincre», a-t-il ajouté.
Pour le prélat oriental, l’effort est donc triple: pour les Eglises orientales, celui de «revivre pleinement leur tradition pour en imposer le respect»; pour l’Eglise catholique universelle, «s’habituer à respirer de nouveau avec ses deux poumons et à voler avec ses deux ailes»; et pour la curie romaine, «redonner aux patriarches leurs droits».
«Ne pas rester dans le domaine des souhaits platoniques»
Mgr Dick a ainsi proposé que la Congrégation pour les Eglises orientales au Vatican soit transformée en un secrétariat pour les relations avec les Eglises orientales, ceci «pour ne pas rester dans le domaine des souhaits platoniques».
Evoquant la «mission oecuménique incontestable» des Eglises d’Orient, Mgr Dick a affirmé qu’elle ne pouvait se réaliser «que si, dans la communion romaine, nous restons fidèles à notre patrimoine oriental et que si les droits des patriarches sont restaurés».
Il a expliqué que les orthodoxes voient dans les églises orientales «le modèle de ce qui les attend en cas de reprise de la communion avec Rome». Que ce modèle leur soit acceptable, a-t-il lancé à son auditoire.
Le code de droit canon des Eglises orientales catholiques contesté
Le code de droit canon des Eglises orientales catholiques, promulgué le 18 octobre 1990, ne donne pas satisfaction aux Orientaux conscients de leur identité, a par ailleurs ajouté le vicaire général grec-melkite d’Alep. «Ce n’est pas une codification orientale mais une codification romaine pour les Orientaux», a-t-il déploré. Il aurait en effet souhaité que ce code soit établi «synodalement» par le pape et les patriarches et qu’il «restaure vraiment les droits des patriarches tels qu’ils étaient en vigueur au premier millénaire».
Auparavant, Mgr Dick avait longuement détaillé la genèse de l’élaboration du décret conciliaire promulgué par Paul VI le 21 novembre 1964, un «travail long et laborieux». S’il reconnaît que le décret a amorcé en Occident une timide ouverture sur l’Orient et que les hiérarchies locales sont moins réticentes à l’établissement d’une juridiction propre pour les Orientaux dans la diaspora, «à part ces quelques aspects positifs, sur le fond, les choses sont restées telles qu’elles étaient» quarante ans plus tard, a-t-il regretté.
Les Orientaux durent accepter le compromis du décret conciliaire
Les Orientaux acceptèrent le compromis du décret conciliaire pour «sauvegarder leur communion romaine et l’essentiel de l’ecclésiologie orientale, vu leurs faibles effectifs et la mentalité régnante», a conclu l’archimandrite grec melkite d’Alep. Pour lui, c’était «un savant dosage pour satisfaire les différents courants opposés au décret, certains ne le trouvant pas assez catholique et donnant trop de privilèges aux Orientaux».
En introduisant ce colloque, le cardinal syrien Ignace Ier Moussa Daoud, préfet de la Congrégation pour les Eglises orientales et grand chancelier de l’Institut pontifical oriental à Rome, avait rappelé combien ce décret conciliaire avait «écouté la voix des patriarches et des évêques orientaux avec respect et gratitude». Ce document n’est «qu’un point de départ», avait-il ajouté, énumérant les différentes avancées sur le plan liturgique, canonique, synodale et oecuménique. Il a donné pour exemple la bonne collaboration, en Irak, entre l’Eglise chaldéenne et l’Eglise assyrienne.
Les travaux du colloque se sont terminés dans la soirée du 19 novembre avec l’intervention du professeur Dimitri Salachas, de l’Institut pontifical oriental, qui a abordé le thème «du patrimoine spirituel et des normes liturgiques orientales dans le Code canonique des Eglises orientales». (apic/imedia/be)
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