Les Eglises plutôt pour, l’UDC fondamentalement contre

Suisse: Les imams devraient être formés en Suisse, selon les Eglises chrétiennes

Zurich, 21 novembre 2004 (Apic) Les imams qui prêchent dans les mosquées en Suisse devraient être formés dans les universités suisses, estiment des responsables d’Eglises chrétiennes. L’abbé Agnell Rickenmann, secrétaire général de la Conférence des évêques suisses (CES), se dit persuadé de cette nécessité dans une interview de la «NZZ am Sonntag».

A ses yeux, il faudrait créer en Suisse des structures pour former les imams. Cette idée fait son chemin également auprès de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) et des principaux partis politiques.

Unique exception sur l’échiquier politique: la droite musclée, plus que méfiante à l’égard de l’islam. Ainsi Ueli Maurer, président de l’Union Démocratique du Centre (UDC), est fondamentalement contre. Il estime qu’une telle formation n’a pas sa place dans un «pays chrétien» comme la Suisse. Ueli Maurer ne croit de toute façon pas que des imams formés en Suisse seraient moins radicaux que leurs collègues étrangers. «Un certain fanatisme fait tout simplement partie de cette religion. Des études en Suisse n’y changeront rien!»

Une demande «justifiée», pour l’abbé Rickenmann

Faut-il contrôler les lieux de culte, voire, comme cela est déjà arrivé, interdire l’entrée en Suisse d’imams qualifiés d’intégristes? Les Eglises suisses préfèrent proposer une formation académique des imams, en Suisse.

La demande du côté musulman de former aussi en Suisse des prédicateurs ou imams est «justifiée», selon l’abbé Agnell Rickenmann. Pour lui, c’est effectivement une grosse différence si un prédicateur connaît ou non la culture locale. Pour Agnell Rickenmann, on est bel et bien en face de deux mondes quand on voit un imam dans une mosquée albanaise, qui se meut dans un contexte culturel européen, ou un prédicateur arabe qui ne parle aucune des langues existant en Suisse et à peine l’anglais. Raison pour laquelle il faudrait des structures en Suisse pour former ces prédicateurs.

«Ne pas atterrir de n’importe où»

Markus Sahli, directeur des Relations intérieures à la FEPS, est du même avis. Le pasteur réformé estime que l’intégration des musulmans dans une société libérale comme la nôtre est importante. Les prédicateurs musulmans doivent donc aussi être formés en Suisse, et «ne pas atterrir de n’importe où». Cela garantit que les imams maîtrisent la langue du pays et connaissent les us et coutumes suisses, par exemple en ce qui concerne la place de la femme dans la société.

Les principaux partis politiques suisses – l’exception de l’UDC – se prononcent eux aussi pour une formation des imams dans les universités suisses. La présidente du parti démocrate-chrétien (PDC), Doris Leuthard, espère qu’une telle formation aura des «effets positifs», rapporte la NZZ. Le président du parti socialiste, Hans-Jürg Fehr, estime qu’en raison du grand nombre de musulmans en Suisse, le besoin d’un personnel bien formé se fait sentir.

Formation scientifique à Bâle ?

Actuellement, selon la «NZZ am Sonntag», des discussions ont lieu à l’Université de Bâle avec l’Académie de pédagogie religieuse islamique (IRPA) à Vienne. Il s’agit de voir si l’on peut fonder à Bâle une formation scientifique des imams. En Autriche, où l’islam est depuis 1979 une religion reconnue officiellement par l’Etat, l’IRPA forme des prédicateurs musulmans.

Farhad Afshar, co-président de la Coordination des organisations musulmans de Suisse, préconise la création d’un institut de théologie islamique rattaché à une université. Le sociologue de l’Université de Berne estime que la Suisse, pays sans passé colonial, serait un site idéal pour la création d’un tel institut qui permettrait aux musulmans européens d’effectuer une formation théologique sur place et non plus, comme c’est le cas actuellement, en Egypte ou en Iran.

Farhad Afshar voit cet institut intégré à une université d’Etat. Le personnel enseignant devrait être reconnu aussi bien du côté suisse et européen que du côté islamique. Il estime qu’une telle formation renforcerait l’intégration des musulmans. «La formation religieuse des musulmans, estime-t-il, ne serait alors plus aux mains de religieux arrivés de l’étranger et peu familiers du contexte de l’Europe occidentale, mais de musulmans d’ici, nés et scolarisés dans le pays». Il a déjà fait part il y a plusieurs années de son projet aux Universités de Bâle, Berne, Lucerne et Genève.

400’000 musulmans en Suisse

Selon le dernier recensement fédéral, remontant à quatre ans, il y avait en Suisse en l’an 2000 quelque 310’000 musulmans, soit environ 4,3% de la population. 88% de ces personnes sont des étrangers, 45% des femmes. Selon les estimations actuelles, il y a plus de 400’000 musulmans en Suisse, car cette population a continué de croître depuis l’an 2000, et le recensement fédéral ne tient pas compte des personnes sans permis de séjour légal ou des sans-papiers.

Environ la moitié des musulmans en Suisse (200’000) proviennent d’ex- Yougoslavie; quelque 80’000 sont d’origine turque et 40’000 viennent des régions arabes. Les musulmans de Suisse proviennent de plus de cinquante pays. Ils sont organisés dans près de 160 communautés, fondées avant tout sur des critères ethniques et nationaux. C’est pour cette raison qu’il est aussi difficile de fonder une organisation faîtière nationale en Suisse, comme d’ailleurs dans d’autres pays.

Selon Samuel-Martin Behloul, spécialiste des religions – notamment de l’islam – à l’Université de Lucerne, cité par la «NZZ am Sonntag», la très grande partie des musulmans vivant en Suisse peuvent être qualifiés de modérés. Mais quelques musulmans «radicaux» – ils sont très peu nombreux selon lui -, pourraient cependant causer des troubles importants.

L’Eglise doit cesser de se gêner et de s’excuser

Selon Agnell Rickenmann, le débat en cours sur l’islam représente aussi une chance pour l’Eglise. «La présence de l’islam nous oblige à redevenir conscients de nos propres racines. Notre tradition juridique, les droits de la personne humaine, ce sont tous des acquis de notre tradition chrétienne et des Lumières». De telles valeurs ne sont reconnues par de nombreuses personnes que quand elles sont attaquées.

Pour Agnell Rickenmann, l’Eglise doit cesser de se gêner et de s’excuser constamment quand elle s’engage pour ses valeurs. Le secrétaire général de la CES croit effectivement que les musulmans nous aident à retrouver notre propre identité. «Si nous réussissons, alors nous avons aussi une bonne base pour dépasser les conflits avec l’islam».

Rappelons que lors de la prochaine session des Chambres fédérales dans une semaine, la question sera traitée au niveau parlementaire, suite à une interpellation sur l’islamisme radical déposée au parlement par le démocrate-chrétien valaisan Maurice Chevrier, appuyé par autres 41 députés. (apic/job/be)

webmaster@kath.ch

Portail catholique suisse

https://www.cath.ch/newsf/suisse-les-imams-devraient-etre-formes-en-suisse-selon-les-eglises-chretiennes/