Le son du gong à la place du piano

Philippines: Les Eglises veulent une liturgie proche des communautés autochtones

Baguio City, 29 novembre 2004 (Apic) Les Eglises chrétiennes des Philippines veulent une liturgie proche des communautés. Si c’est d’habitude le piano qui accompagne les services religieux protestants et catholiques romains, dans une église protestante de Baguio City, à 250 kilomètres au nord de Manille, c’est au son du gong que se déroule le «culte autochtone».

Au lieu des cantiques habituels en anglais ou en philipino, les fidèles entonnent des cantiques religieux non seulement dans les dialectes locaux mais aussi en reprenant des mélodies tribales, dont certaines s’inspirent des chants de prières autochtones. Baguio City et le reste de ce qui est appelé la région montagneuse de la Cordillera comprend 1.5 million de Philippins appelés Igorots qui, contrairement aux habitants des plaines, ont maintenu leurs cultures et traditions car ils ont moins connu la colonisation.

«C’est notre façon d’aider nos frères et soeurs autochtones à renforcer leur foi chrétienne et à manifester leur témoignage chrétien en utilisant un langage et une tradition proches de leur coeurs», a expliqué Judith Aniceto, pasteur de l’Eglise unie du Christ aux Philippines. Les cultes organisés par cette femme pasteure le dimanche après-midi ont commencé seulement en septembre. Les autres services sont célébrés en ilocan, langue véhiculaire du nord des Philippines, en anglais, et aussi en tagalog, base du philipino, la langue nationale.

Patates douces et saké à la place du pain et du vin.

Durant un service où la Sainte Cène est célébrée, des tranches de patates douces, et du saké – appelé tapuy – sont distribués à la place du pain et du vin. Le culte religieux, tel qu’il est célébré depuis trois mois, a permis la participation d’un plus grand nombre dans les différents ministères de l’Eglise, a expliqué Judith Aniceto en soulignant que des laïcs peuvent prononcer des prédications et diriger des études bibliques. «Aujourd’hui, nous accomplissons notre vision, qui n’est pas seulement de renforcer la signification du culte autochtone mais aussi de promouvoir une Eglise ouverte à la participation et moins centrée sur le pasteur», a-t- elle à l’agence oecuménique ENI.

Au mois d’octobre qui, depuis 1997, a été désigné par le gouvernement comme «le mois des populations autochtones», des membres de la paroisse de Judith Aniceto se sont regroupés d’après leur tribu et chaque groupe a conduit un culte durant les cinq dimanches du mois. L’une des caractéristiques de ces cultes est de donner comme offrande des produits agricoles, comme le riz, l’igname, d’autres racines alimentaires et divers légumes au lieu d’argent.

L’Eglise catholique locale et d’autres Eglises protestantes adaptent aussi leurs liturgies et leurs services. Mgr Carlito J. Cenzon, évêque catholique du vicariat apostolique de Baguio, voudrait établir une «Eglise acculturée» en harmonie avec une région où la majorité des paroissiens sont des Igorots ayant conservé leurs cultures et traditions. Le processus d’inculturation est devenu depuis 1978 une tendance qui gagne de plus en plus d’adhérents, du moins parmi les communautés autochtones.

Depuis 1978, la Conférence des évêques catholiques des Philippines a désigné le troisième dimanche d’octobre comme le dimanche des autochtones, en signe de solidarité avec les populations autochtones «marginalisées», qui représentent entre 13 et 15 millions de personnes, sur les 86 millions d’habitants que compte le pays. (apic/eni/be)

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