Lausanne:Amnesty pour la suspension des pistolets Taser, responsables de plusieurs décès
Londres/Lausanne, 29 novembre 2004 (Apic) Plus de 70 personnes sont décédées aux Etats-Unis et au Canada depuis 2001, après avoir reçu des décharges électriques de pistolets paralysants Taser. Amnesty International (AI) publie mardi 30 novembre deux rapports sur l’usage de ces armes aux Etats-Unis et au Canada. En Suisse, différents corps de police ont d’ores et déjà testé ou fait l’acquisition des armes paralysantes.
Des pistolets paralysants ont été utilisés par les policiers pour venir à bout d’élèves difficiles, de personnes non armées souffrant de troubles mentaux ou en état d’ébriété, de suspects qui s’enfuyaient après avoir commis un délit mineur ou de personnes ayant eu une altercation avec des policiers ou n’ayant pas obtempéré immédiatement à un ordre. Amnesty International dénonce mardi 30 novembre l’usage indiscriminé de telles armes qui peuvent se révéler mortelles, à l’occasion de la publication de deux nouveaux rapports sur l’usage des pistolets paralysants aux Etats-Unis et au Canada.
L’usage de pistolets paralysants, une routine.
Certains éléments de preuve laissent à penser que, loin d’être utilisés dans des circonstances restreintes et bien définies dans le but d’éviter un recours à la force meurtrière, les pistolets paralysants sont devenus le principal outil de contrainte dans certains services de police. Plus de 5’000 organes chargés du maintien de l’ordre et établissements pénitentiaires dans 49 Etats américains emploieraient ou testeraient actuellement des pistolets paralysants, affirme AI. Leur nombre ne cesserait de croître. Au Canada, environ 60 services de police auraient été équipés de pistolets paralysants.
En dépit de leur usage de plus en plus répandu, aucune étude rigoureuse, indépendante et impartiale n’a été menée à ce jour sur l’utilisation, dénonce l’organisation de défense des droits de l’homme. Les effets des pistolets paralysants, en particulier lorsqu’ils sont utilisés sur des personnes souffrant d’un problème cardiaque ou sous l’emprise de la drogue, n’ont par exemple pas été sérieusement étudiés.
«De nombreux experts pensent que le choc provoqué par un pistolet paralysant peut entraîner une défaillance cardiaque chez des personnes sous emprise de la drogue ou souffrant de troubles cardiaques sous-jacents; ces risques étaient présents dans de nombreux dossiers dont nous avons eu connaissance», affirme Amnesty International.
Utilisation en Irak
Des pistolets paralysants ont été acquis par l’armée américaine, notamment pour être utilisés en Irak. Les forces américaines de l’US Air Force utiliseraient des pistolets paralysants à bord des appareils transportant des prisonniers soupçonnés d’être membres du réseau Al-Qaïda vers Guantanamo, à Cuba. Si peu de détails ont filtré concernant l’utilisation par les forces militaires américaines d’armes paralysantes, on sait que l’une des unités déployées en Irak en 2003, la 800ème Brigade de la police militaire, accusée de graves exactions à la prison d’Abou Ghraïb, possède de telles armes.
Des pistolets paralysants de dernière génération ont également été achetés, ou sont actuellement testés, par les militaires et les forces de police d’autres pays, dont l’Allemagne, l’Argentine, l’Australie, le Canada, les Émirats arabes unis, l’Espagne, la France, Israël, la Malaisie, le Mexique, le Royaume-Uni, la Suisse et la Turquie.
«Maniables et simples d’utilisation, car il suffit d’appuyer sur un bouton pour infliger une forte douleur sans laisser de marques importantes sur la peau, les armes à décharges électriques peuvent facilement être utilisées de manière abusive», estime AI.
En Suisse aussi
La Commission technique des polices suisses (CTPS) a autorisé les différents corps de police du pays à se doter des pistolets Taser «X-26». Selon le site Internet de la firme Taser International, la Suisse a été le premier Etat européen à officiellement autoriser l’usage des Tasers, choisissant ainsi de jouer les pionniers en la matière, déplore AI.
Différents corps de police ont d’ores et déjà testé ou fait l’acquisition des armes paralysantes. Des tests ont été effectués à Genève, Berne et Zürich, alors que Schwyz, Bâle-Campagne (ainsi que la Principauté du Liechtenstein) ont annoncé leur mise en service. Il en va de même pour les polices municipales de Zürich et de Dübendorf. Le Valais qui avait songé dans un premier temps à acquérir des Tasers a finalement estimé qu’il n’en avait pas l’utilité. La Ville de Berne et le Canton de Neuchâtel ont expressément renoncé à ce type d’arme.
Le Taser, pistolet à électrochoc fabriqué par la firme américaine Taser International, projette deux fléchettes qui traversent les vêtements de la cible pour aller se ficher dans la peau. Ces fléchettes restent reliées au lanceur par un fin fil conducteur (portée 6 mètres). L’utilisateur peut ensuite infliger à la victime des décharges électriques de 50’000 volts et 16 milliampères pendant plusieurs secondes. Agissant sur le système nerveux, ces décharges laissent la victime paralysée et inconsciente. (apic/com/be)
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