Automne 2004: Impressions d’un voyage en République populaire de Chine

Indication: A la suite d’un récent voyage en Chine de son responsable de la rédaction alémanique, Josef Bossart, l’Apic diffuse ces prochaines semaines une série de reportages et d’interviews consacrés en particulier à la situation des Eglises dans ce pay

Les défis d’un changement d’ère

Josef Bossart / Traduction: Bernard Bovigny

Octobre 2004 (Apic)

A comme auto – Dans les grandes villes en Chine, la circulation privée croît si rapidement que même la construction de nouveaux boulevards périphériques et d’autoroutes ne suffit plus à résoudre les problèmes. Sur les routes encombrées se forment toujours davantage de bouchons. Et celui qui ne travaille pas du klaxon n’arrive nulle part. La mise en place des moyens de transport public connaît un très fort retard. Dans la capitale Pékin, avec ses 14 millions d’habitants, plus de 2 millions de véhicules sont actuellement immatriculés, dont 1,3 million d’automobiles privées, soit le double par rapport il y a 7 ans.

La fin de la croissance du parc automobile n’est en vue ni à Pékin, ni ailleurs dans les régions à fort boum économique en Chine. A côté de l’appartement privé, l’auto endosse le rôle de statut symbolique de la classe moyenne qui augmente rapidement. L’industrie automobile internationale a fortement augmenté ses capacités de production dans l’Empire du Milieu et veut être équipée en conséquence pour le gigantesque marché constitué par les quelque 1,3 milliards d’habitants.

L’épreuve du feu concernant les transports aura lieu dans quatre ans. Les Jeux Olympiques 2008 amèneront beaucoup d’activités sportives, et encore davantage de circulation motorisée dans la capitale chinoise.

C comme construction – Près de 17% de toutes les grues de chantier utilisés dans le monde se trouvent actuellement en Chine. Dans un temps record, des gratte-ciel, quartiers et centres commerciaux, dont la plupart de très haute qualité, sont bâtis dans les villes. Des équipes formées de centaines de travailleurs sont en activité 24 heures sur 24. La construction d’un immeuble de vingt étages est réalisée en six mois. Beaucoup d’ouvriers itinérants sont des agriculteurs, qui ont émigré en ville pour rechercher de quoi vivre. Souvent, ils vivent directement sur ces chantiers dans des situations très précaires. Selon le guide local, ils gagnent environ 4,50 frs par jour.

La propension des Chinois aux grandes réalisations et aux constructions monumentales saute particulièrement aux yeux dans la mégapole côtière de Shanghai, avec sa population estimée à 20 millions d’habitants, dont 4 millions de travailleurs itinérants non enregistrés. Des quartiers de maisons basses entiers sont détruits pour faire place à d’audacieux gratte-ciel avec des façades vitrées.

Shanghai compte actuellement plus de 3000 gratte-ciel. Elle est considérée comme la capitale commerciale et financière incontestée de la Chine. Sa silhouette révèle ses prétentions à dépasser l’ancienne colonie britannique Hongkong avec son impressionnante architecture toute en hauteur. Hongkong, avec ses 7 millions d’habitants, constitue depuis 1997 une zone administrative particulière faisant partie de la République populaire de Chine.

C comme chrétiens – Nulle part ailleurs dans le monde, le nombre de chrétiens ne croît aussi fortement qu’en République populaire de Chine, même s’il n’existe pas de statistiques sûres. Les estimations varient énormément: dans les milieux évangéliques, on évoque la présence de 45 à 90 millions de chrétiens, dont 12 millions de catholiques. Aussi impressionnant que sont ces chiffres, il reste que les chrétiens constituent une claire minorité dans ce pays de 1,3 milliard d’habitants. Les statistiques sur les autres appartenances religieuses indiquent que la Chine compte 100 à 150 millions de bouddhistes, 30 millions de taoïstes (adeptes de l’enseignement de Lao-Tseu) et 20 millions de musulmans.

Alors que les Eglises réformées, du moins les communautés enregistrées auprès de l’Etat, en accord avec la règle des trois autonomies (autogestion, autofinancement et proclamation autonome de l’Evangile) et qui collaborent avec les bureaux des religions de l’Etat, la situation du côté catholique est plus complexe. Il existe une Eglise catholique officielle, reconnue par le gouvernement, et dont les évêques sont nommés en dernière instance par l’Etat et qui est contrôlée par ce dernier dans tous les domaines importants. L’organe de liaison entre l’Etat et l’Eglise est depuis 1958 l’Association patriotique des catholiques chinois. En parallèle à l’Eglise officielle, il existe une Eglise catholique non officielle, souvent appelée faussement « Eglise clandestine », qui résiste à la tutelle de l’Etat au nom de son attachement au pape et à l’Eglise catholique universelle.

Des communautés ecclésiales non enregistrées, dont des communautés protestantes « domestiques » qui comptent probablement 30 à 60 millions d’adeptes, mais surtout l’Eglise catholique non officielle, sont déclarées « illégales » et contraires à la Constitution chinoise. C’est la raison pour laquelle des évêques et des prêtres, ainsi que des responsables de communautés protestantes, sont encore et toujours arrêtés et enfermés. Actuellement, six évêques et près de 20 prêtres se trouvent en prison.

La religion suscite toujours davantage d’intérêt, en particulier auprès des jeunes. Des ouvrages religieux font même partie de la liste des best-sellers actuels. C’est le cas d’une version abrégée et illustrée de la Bible. Selon les observateurs, la croissance, en particulier dans les communautés protestantes, est spectaculaire. De son côté, l’Eglise catholique, fortement centrée sur les prêtres, connaît une augmentation beaucoup moins prononcée de ses membres.

E comme enfants – Depuis la fin des années 70, le pays a introduit la politique « une famille – un enfant » destinée à limiter la croissance démographique. Et pourtant le nombre d’habitants s’accroît chaque année de 20 millions. Les prévisions démographiques font projeter une augmentation de la population, laquelle passerait de 1,3 milliard à 1,6 milliard d’habitants dans les 30 à 60 prochaines années, mais qui pourrait déboucher sur un renversement de tendance.

Qui met plus d’un enfant au monde est puni d’une amende, et les enfants « surnuméraires » seront pénalisés de différentes manières, comme par exemple une limitation des possibilités de scolarisation. En campagne, la règle est la suivante: si le premier enfant est une fille, un deuxième enfant peut être mis au monde, en raison de la conception traditionnelle de la famille qui exige une descendance masculine. Et si le premier enfant s’avère être une fille, les membres de la famille font souvent pression pour pratiquer un avortement, et ceci jusqu’au 8e mois de la grossesse. La Chine connaît actuellement un danger « d’excédent d’hommes »: alors que seulement 1% de femmes restent célibataires, la proportion est de 20% du côté masculin, en raison du manque de femmes en âge de se marier.

Les enfants chinois des classes moyennes sont la plupart du temps pris en charge de toutes les formes imaginables par leurs grands-parents et choyés matériellement par eux. Les spécialistes de l’éducation sont d’avis que la politique « Une famille – un enfant » a pour conséquence une montée de l’individualisme accompagnée d’un manque de compétences sociales. Un autre effet du contrôle rigoureux des naissances apparaît sur le marché du travail actuel: il manque des forces de travail parmi les 18 – 25 ans.

Ainsi la population chinoise vieillit dans des proportions dramatiques: en 2039, selon les prévisions basées sur la courbe des naissances, il n’y a aura qu’un enfant pour deux personnes de plus de 60 ans. En 1969, la proportion était de six pour un. Et durant les 55 dernières années, l’espérance de vie est passée de 41 à 71 ans, mais la Chine n’a pas encore introduit de système de rentes pour ses retraités.

P comme population rurale – La modernisation commerciale introduite à la fin des années 70 par Deng Xiaoping (1904 – 1997), successeur de Mao, a posé les bases d’une modification en profondeur de la société chinoise.

Aujourd’hui, le pays est considéré comme « la fabrique du monde ». Il occupe actuellement le 4e rang mondial des nations exportatrices. Côté pile, des effets réjouissants: près de 20% de la population chinoise, soit 260 millions de personnes, appartiennent à la classe moyenne avec un pouvoir d’achat annuel de 50’000 à 80’000 francs. Côté face: des disparités toujours plus prononcées à l’intérieur de la société. Selon les données officielles, près de 120 millions de Chinois souffrent encore et toujours de la faim.

Alors que l’économie privée connaît un boum dans les régions urbaines et sur la côte est, où règne une ambiance de chercheurs d’or et où les administrations communales nanties font volontiers étalage de leur architecture futuriste, une population paysanne appauvrie de 700 à 800 millions d’habitants se bat de toutes les façons pour sa survie. Certains villages manquent d’installations élémentaires dans les domaines médicaux et scolaires, et près de 50% de leurs habitants sont au chômage. Une des conséquences est l’exode massif vers les villes, où le cortège des millions de travailleurs itinérants s’accroît sans cesse. Cet afflux s’explique notamment par le fait qu’un cinquième de la population rurale – soit 150 millions de personnes – se trouve selon les données officielles sans travail et sans revenus.

S comme suicide – L’impressionnante révolution économique et sociale de ces dernières années, avec son lot d’urbanisation et d’individualisation, a surmené et insécurisé beaucoup d’habitants. Le taux de suicide en Chine, selon l’Organisation mondiale de la santé, se trouve clairement au-dessus de la moyenne. Le suicide s’y trouve au 5e rang des causes de décès, alors qu’il est au 13e rang au niveau mondial. Une importante part de victimes du suicide se trouve être des femmes issues de milieux ruraux.

Des psychologues chinois, qui se sont retrouvés en congrès national à Shanghai, ont affirmé que les dérangements psychologiques ont fortement augmenté dans le pays. Selon leurs estimations, près de 20% de la population sont atteints de problèmes psychologiques. Les habitants des villes et les travailleurs itinérants souffrent particulièrement de dépression, d’isolement et de sentiment de peur. Des professionnels en psychologie sont pourtant encore rares. Shanghai, pour 20 millions d’habitants, compte actuellement à peine plus d’une centaine de psychothérapeutes.

Indications aux rédactions: Des photos sont disponibles à l’Apic, Pérolles 42, CP 73, 1705 Fribourg – Suisse. Tel: 41-26-426 48 11 / fax: 41-26-426 48 00. E-mail: kipa@kipa-apic.ch (apic/job/bb)

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