Rome: Pas de position officielle sur les négociations Turquie/UE
Rome, 21 décembre 2004 (Apic) Le Saint-Siège n’a pas pris officiellement position sur l’ouverture des négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Certains prélats ont pourtant émis un jugement personnel.
Dans le débat sur l’ouverture des négociations en vue de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, le Saint-Siège n’a pas pris officiellement position. Cependant, certains prélats, et d’autres personnalités proches du Vatican, ont pu exprimer leur jugement personnel.
« Je pense qu’une fois tous les arguments pesés, et malgré les difficultés, la Turquie peut et doit faire partie de l’Europe », a ainsi déclaré Giorgio Rumi, historien et éditorialiste de L’Osservatore Romano, sur les ondes de Radio Vatican, le 18 décembre 2004.
Regrettant que l’Europe n’ait pas voulu inscrire son héritage chrétien dans sa Constitution, le journaliste de l’organe de presse du Vatican a estimé qu’il serait bon que « les identités réciproques soient reconnues, car identité ne veut pas dire hostilité ». Pour Giorgio Rumi, l’ouverture des négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne est « la preuve que l’Europe n’est pas raciste et ne souffre pas d’un complexe de supériorité. Ceci démontre aux islamistes qu’en Europe, il n’existe pas de préjugé anti-musulman ».
En octobre dernier, Mgr Giovanni Lajolo, secrétaire pour les relations avec les Etats, a donné la position officielle du Saint-Siège quant à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. Derrière une neutralité affichée, le ’ministre des Affaires étrangères’ du Saint-Siège avait souligné qu’il était « évident qu’en cas d’adhésion, la Turquie devait d’abord répondre à tous les critères politiques qui ont été décidés lors du sommet de Copenhague en décembre 2002 », en particulier en ce qui concerne la liberté religieuse.
Pour le Vatican, la liberté religieuse doit être inscrite dans la Constitution
« En ce qui concerne l’Eglise en Turquie, le Vatican considère que la liberté religieuse dans ce pays doit non seulement être garantie au niveau de la Constitution, de la législation, et de l’administration, mais doit aussi être efficacement et concrètement protégée au niveau social », avait- il insisté, soulignant que « le Saint-Siège n’a pas peur d’un élargissement de l’Europe ».
Cependant, des cardinaux ont pu s’exprimer personnellement dans ce débat. Ainsi, le cardinal Roberto Tucci, ancien responsable de Radio Vatican et ancien organisateur des voyages pontificaux, avait déclaré sur les ondes de la radio le 16 décembre dernier que la Turquie devait faire des efforts en matière de liberté religieuse pour prétendre intégrer l’Union européenne.
« On donne tellement d’importance aux facteurs économiques, politiques, militaires, que les valeurs de la liberté religieuse ne sont pas pris en compte », avait-il alors déploré. Il a regretté que regrettant que « l’on n’ait pas plus insisté pour demander à la Turquie de donner une personnalité juridique aux Eglises chrétiennes présentes dans le pays. C’est une lourde absence dans le champ des droits de l’homme et de la liberté religieuse ».
En juin, puis en septembre 2004, le cardinal Joseph Ratzinger s’était, quant à lui, personnellement déclaré contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne. « Historiquement et culturellement, la Turquie a peu à partager avec l’Europe. Ce serait une grande erreur d’englober la Turquie dans l’Union européenne. Il faudrait mieux qu’elle agisse comme un pont entre l’Europe et le monde arabe », avait-il déclaré.
La COMECE: un statut pour les minorités religieuses en Turquie
Enfin, lors de leur Assemblée plénière, réunie à Bruxelles les 18 et 19 novembre 2004, les évêques de la COMECE (Commission des épiscopats de la Communauté européenne) ont consacré une partie de leurs travaux à une réflexion sur les négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne. « La question de l’adhésion de la Turquie est une question directement politique, au sens le plus profond du terme. Il nous paraît donc extrêmement important que les questions proprement religieuses ne soient pas instrumentalisées dans ce débat », avait alors déclaré Mgr Hippolyte Simon, archevêque de Clermont-Ferrant et vice-Président de la COMECE, dans un communiqué diffusé le 8 décembre.
« La candidature de la Turquie, comme celle de tous les autres pays, doit être analysée en fonction des critères dits de Copenhague, qui servent de base à toutes les négociations d’adhésion. Si des questions se posent à propos du respect de la liberté religieuse dans les pays candidats à l’adhésion, ces questions relèvent d’un débat politique, car la liberté religieuse est un droit civil. Elle fait partie des droits fondamentaux. C’est pourquoi la COMECE demande aux chefs d’Etat et de Gouvernement de veiller à ce que l’Etat turc s’engage dès maintenant à reconnaître un statut juridique officiel aux minorités religieuses présentes dans ce pays ». (apic/imedia/hy/vb)
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