Personnalité chaleureuse et parfois contestée pour son «dirigisme»
Lugano, 22 décembre 2004 (Apic) Depuis son élection comme évêque au diocèse de Lugano, le 18 décembre, Mgr Pier Giacomo Grampa a montré une personnalité forte, parfois contestée, et a dû faire face à deux dossiers brûlants, une affaire de pédophilie et le sauvetage du Giornale del Popolo. Il fait le point, dans une interview à ce quotidien.
Succédant à Mgr Guiseppe Torti comme évêque du diocèse de Lugano, ordonné le 25 janvier 2004, Mgr Grampa s’est d’emblée montré un homme de décision, ce qui lui a été reproché. Il s’en défend et affirme avoir toujours écouté la voix des simples paroissiens. Sa première année comme évêque a été riche, puisque Mgr Grampa a ainsi commencé une tournée de visites pastorales dans tout le Tessin. On l’a vu passer deux jours avec les étudiants tessinois de l’Université de Fribourg, début décembre, repartant pour une messe d’enterrement au Tessin et revenant aussitôt à Fribourg.
Mgr Grampa a été vite confronté à deux dossiers brûlants, celui du Giornale del Popolo et l’affaire du prêtre de la paroisse de Gordola.
Sa personnalité, chaleureuse, mais qualifiée par certains de dirigiste, s’est révélée en particulier dans l’affaire du curé de Gordola, soupçonné par la justice d’actes pédophiles. Des personnalités politiques et plusieurs médias avaient dénoncé l’»immixtion de l’évêque dans les affaires de la justice». S’étant rendu à Gordola pour «apporter réconfort à la communauté» éprouvée par l’arrestation de son curé, lors de la messe, Mgr Grampa avait émis des critiques sur les méthodes de la police pour confondre le prêtre.
Le prêtre pédophile de Gordola et le sauvetage du GdP
Interviewé par le Giornale del Popolo le 18 décembre, revenant sur son intervention à Gordola il rappelle avoir voulu «sauver le bien de la communauté» en suspendant le prêtre incriminé, mais aussi, affirme-t-il, «en ne me contentant pas d’un geste punitif. Celui qui a payé doit être confronté à la justice mais la préoccupation de l’évêque est d’aider celui qui s’est trompé à récupérer. Je répète qui’il y avait d’autres voies pour empêcher que s’accumulent les fautes. L’acte d’accusation montre que ce prêtre a eu un moment d’oubli. Tout s’est joué sur 30 jours. Dans l’intérêt des adolescents eux-mêmes, qui étaient en contact avec lui, et par respect pour la mission du prêtre, il aurait mieux valu intervenir tout de suite, en lui offrant de se soigner dès qu’il a montré des comportements irresponsables et inacceptables, plutôt que de continuer à lui tendre des pièges pour le saisir sur le fait».
Dans le cas du Giornale del Popolo, «sauvé par Mgr Grampa», comme le dit la rédaction du quotidien, autre dossier chaud dont a dû se saisir l’évêque tessinois, il se définit sur ses attentes. Claudio Mésoniat a été nommé en mars 2004 comme directeur du quotidien catholique tessinois «dans le cadre du processus de sauvetage du journal», confronté à d’importantes difficultés financières, comme le précisait l’évêché de Lugano. Le diocèse de Lugano est le principal actionnaire du Giornale del Popolo. La Fondation pour le Corriere del Ticino, le plus important quotidien tessinois, avec un tirage de 40’000 exemplaires, a acquis 49% des actions du GdP.
Le voeu de l’évêque pour «son» journal, dans lequel il tient régulièrement sa rubrique, «La chronique de Don Mino», le surnom familier qu’on lui donne au Tessin: «Que ce journal ne soit pas celui d’un parti ni d’un groupe, ni d’une classe, que ce soit le journal du peuple tessinois, dans la variété de ses intérêts et de ses idéaux. Avec une lecture claire des événements du passé, à la lumière du présent et du futur, dans la vision chrétienne et la difffusion de l’Evangile». Dans cette optique, Mgr Grampa demande à tous les jeunes tessinois de participer aux JMJ de Cologne en août 2005. «Parce que le rassemblement les aident à ne pas se sentir perdus et dispersés. Parce que j’ai vu comment le pape pouvait rassembler les jeunes. Parce qu’il faut cheminer avec eux pour trouver un sens à leur vie».
Préoccupé par l’absence de valeurs et d’attentes
Enfin, l’évêque, questionné sur le rôle de l’Etat en matière d’instruction publique, se dit «préoccupé par l’absence de valeurs et d’attentes». Il cite en exemple le cursus de la Haute Ecole pédagogique du Tessin, qui forme les enseignants. «Il n’existe aucun cours de culture religieuse et cela me paraît un exemple significatif. Je me réserve la possibilité de demander dans ce contexte qu’il y ait au moins trois cours de base, sous la responsabilité du canton, en collaboration avec les Eglises: histoire des religions, les racines de notre société (la Bible et son influence sur l’art), philosophie, histoire, et théologie du christianisme. L’école de demain ne doit pas être privée de valeurs et d’idéaux. Quant aux jeunes, ils ne doivent pas se faire des illusions. L’école n’est pas une promenade, cela demande de l’engagement et du sacrifice. L’instruction va de pair avec l’éducation, la croissance, la maturité, la responsabilité».
Pendant cette année 2004, l’évêque s’est en outre attelé à la rédaction du statut diocésain permettant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur l’Eglise catholique, le 1er janvier 2005. Il a aussi conduit deux pèlerinages, à Lourdes et en Terre Sainte. (apic/gdp/vb)
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