Devant les 174 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège

Rome: Le pape présente quatre grands défis pour l’humanité en 2005

Rome, 10 janvier 2005 (Apic) Quatre défis attendent l’humanité : la défense de la vie, l’alimentation de tous, la paix dans le monde et la liberté religieuse. Pour Jean Paul II, qui recevait les 174 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège, ce sont là les buts à atteindre.

Le pape a réalisé un véritable tour d’horizon des problèmes de la planète, lundi 10 janvier, lors du traditionnel échange de voeux avec le corps diplomatique, soit 174 ambassadeurs accrédités auprès du Saint-Siège.

Au lendemain de l’élection du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le pape a d’abord noté qu’ »au Moyen-orient semble s’ouvrir une issue politique vers le dialogue et la négociation » et que « la cruelle confrontation des armes paraît s’apaiser ».

Revenant sur l’année qui vient de s’écouler, le pape a rappelé, en premier lieu, « la terrible catastrophe naturelle » qui a frappé divers pays du sud- est asiatique et les côtes de l’Afrique orientale le 26 décembre dernier. Au rang des catastrophes naturelles, il n’a pas oublié les cyclones de l’Océan indien ou de la mer des Antilles et l’invasion de criquets dans l’ouest de l’Afrique du Nord. Jean Paul II a aussi évoqué certains « actes barbares de terrorisme » en Irak, à Madrid, à Beslan en Ossétie du Nord, ou encore « les violences inhumaines infligées à la population du Darfour, les atrocités perpétrées dans la région des grands lacs en Afrique ».

Résolument positif, Jean Paul II a ensuite énuméré les grands défis de l’humanité, appliquant aux relations internationales l’appel de l’apôtre Paul dans sa ’lettre aux Romains’ : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien », fil rouge de ce discours. Un thème déjà abordé lors de son dernier message pour la Journée mondiale de la paix, rendu public le 16 décembre 2004.

L’embryon n’est pas un objet de laboratoire

Premier défi posé par le pape, celui, « crucial », du commencement de la vie humaine. « La position de l’Eglise est claire, a-t-il rappelé, l’embryon humain est un sujet identique à l’enfant qui va naître et à celui qui est né, issu de cet embryon. C’est pourquoi rien de ce qui en viole l’intégrité et la dignité ne peut être admissible sur le plan éthique ». Encourageant la recherche scientifique dans le domaine génétique, dont celui des cellules souches adultes, le souverain pontife a affirmé qu’il n’est pas digne de l’homme de réduire l’embryon à « un objet de laboratoire ».

La famille, « sanctuaire de la vie », a aussi souligné Jean Paul II, est menacée par des facteurs sociaux et culturels qui, en faisant pression sur elle, rendent sa stabilité difficile. Dans une allusion évidente à l’Europe, le pape a précisé que, « dans certains pays, la famille est menacée par une législation qui porte atteinte à sa structure naturelle, qui ne peut être qu’une union entre un homme et une femme, fondée sur le mariage ». « On ne peut admettre que la famille soit menacée par des lois dictées par une vision de l’homme restrictive et contre nature », a-t-il ajouté.

Le « défi du pain »

Rappelant que les données publiées sur la faim dans le monde sont dramatiques, soulignant le travail des grandes organisations internationales et des ONG, le pape a aussi mis l’accent sur « le défi du pain » et demandé « une forte mobilisation morale de l’opinion publique ». Et plus encore, a-t-il poursuivi, « des responsables politiques, surtout dans les pays qui ont atteint un niveau de vie satisfaisant et prospère ».

Jean Paul II a ensuite longuement évoqué « le défi de la paix » et énuméré les signes encourageants dans le monde, en Afrique, au Moyen-Orient ou en Europe. Dans ce continent, a aussi souligné le souverain pontife, « des nations qui furent de farouches adversaires, s’opposant dans des guerres meurtrières, se retrouvent aujourd’hui réunies dans l’Union européenne. » Sur la question de l’élargissement, il a noté que l’Europe est prête à accueillir d’autres Etats, à condition qu’ils soient « prêts à accepter les exigences que leur adhésion comporte. »

Le dernier défi mentionné par le pape a été celui de la liberté, particulièrement la liberté religieuse. Dans de nombreux Etats, ce droit n’est pas suffisamment reconnu ou ne l’est pas de manière appropriée. Ainsi, « on ne doit pas craindre, a-t-il précisé, que la juste liberté religieuse limite les autres libertés ou nuise aux relations au sein de la société. » Evoquant ensuite clairement la question de la laïcité, le souverain pontife a affirmé qu’il n’est pas à craindre que « la liberté religieuse, reconnue à l’Eglise catholique, empiète sur le champ de la liberté politique et des compétences spécifiques de l’Etat. » Il a enfin précisé que « l’Eglise sait bien distinguer ce qui est à César et ce qui est à Dieu » et coopère ainsi activement au bien de la société.

En raison de son élocution difficile, Jean Paul II n’a pas pu lire l’intégralité de son discours rédigé en français, mais lu en grande partie par Mgr François Duthel, chef de la section française de la Secrétairerie d’Etat. Au terme de la rencontre, le pape a cependant salué, longuement et personnellement, les ambassadeurs en grande tenue, accompagnés de leurs épouses.

Les voeux du doyen, l’ambassadeur de St-Marin

A ce jour, 174 états entretiennent des relations diplomatiques pleines avec le Saint-Siège, auquel il faut ajouter l’OLP et la fédération de Russie, l’Ordre de Malte et la Communauté européenne. Au début de l’audience, l’ambassadeur de Saint-Marin, Giovanni Galassi, a adressé ses voeux au pape au nom du corps diplomatique, dont il est doyen. Soulignant que l’année 2005 « se présente pleine de difficultés et de contradictions », il a aussi remercié Jean Paul II pour la voie « indispensable » qu’il indique.

« Notre troisième millénaire apparaît marqué par une série interminable de drames, comme le terrorisme international, la guerre qui s’éternise en Irak, la situation difficile en Terre Sainte, ou celle de nombreux pays du continent africain, et les catastrophes naturelles, comme la récente et effroyable tragédie du sud-est asiatique », a souligné le diplomate. Il a aussi dénoncé l’attitude de peur et d’égoïsme qui « nous enferme dans le présent ».

S’arrêtant sur « les profondes transformations des équilibres mondiaux », notamment concernant l’Union européenne, la Chine et l’Inde, l’Amérique latine et le continent africain, le représentant de la plus petite république indépendante enclavée en Italie a encore souligné le rôle « irremplaçable » d’une Organisation des Nations unies renouvelée.

Il a en outre dénoncé la situation dramatique des pays les plus pauvres, prônant « une solidarité mondiale et quotidienne », suggérant encore l’importance des Organisations internationales en charge du développement et du commerce, faisant un contrepoids aux seuls « intérêts financiers ».

Le doyen du corps diplomatique a finalement invité « la famille humaine » à construire une « civilisation de l’amour », encourageant chacun au dialogue et au « travail continuel pour la paix » (apic/imedia/ami/ar/vb)

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