On peut souffrir de solitude en étant entouré de ses semblables
Berne, 14 janvier 2005 (Apic) La solitude n’est pas forcément un état d’isolement physique. Elle par exemple est durement ressentie par le travailleur ayant l’impression de n’être plus qu’un numéro, a affirmé devant près de 260 participants le Conseiller national Ueli Leuenberger le 14 janvier lors du Forum de Caritas Suisse à Berne.
Ce rassemblement annuel destiné principalement aux personnes exerçant une activité dans le domaine social a été consacré au fléau de la solitude en Suisse. Les intervenants ont souligné que de plus en plus de personnes se sentent seules dans une société qui ne manque pourtant pas de moyens de communication. Selon eux, les cassures au cours de la vie et les changements dans le monde du travail sont souvent des pièges conduisant à l’isolement.
L’impression de n’être plus qu’un numéro
«Aujourd’hui, même celles et ceux qui ont un emploi ont souvent l’impression de n’être plus qu’un numéro», a lancé le Genevois Ueli Leuenberger, travailleur social et vice-président des Verts suisses. «A cela, plusieurs explications: l’anonymat des décideurs et propriétaires d’entreprises, l’absence de projets collectifs, et pour corollaire, la peur de l’avenir.» Le conférencier a dénoncé le manque de reconnaissance des employeurs, surtout dans les grandes entreprises, face à l’investissement personnel des travailleuses et travailleurs. «Réorganisations internes, restructurations des groupes d’entreprises, rachats, ventes et délocalisations se font souvent sans consultation préalable des personnes concernées ou, si consultation il y a, pour leur notifier que l’absence de mesures serait encore plus catastrophique pour l’emploi», a affirmé le conseiller national genevois. Ajoutant: «Alors, le sentiment de n’être qu’un numéro et de ne pas vraiment compter pour ceux qui prennent les décisions est réel».
«Tout en travaillant dans une équipe, même dans une entreprise de plusieurs centaines ou milliers de personnes, on peut se sentir seul et isolé face à une montagne d’inquiétudes concernant l’avenir», estime Ueli Leuenberger. De même, selon lui, la solitude et le risque d’isolement demeurent importants dans le monde des sans-emplois, surtout chez ceux qui doivent faire appel à l’assistance sociale et qui sont ainsi souvent atteints d’un sentiment de culpabilité.
La solitude, un fléau pour certains, un choix pour d’autres
«On peut souffrir de solitude en étant entouré de ses semblables», a renchéri Pierre Weiss, Directeur du Département de la Documentation et de la Communication à la Fédération des entreprises romandes, lors d’une intervention intitulée : «La solitude, un fléau pour certains, un choix pour d’autres». De son point de vue, les nouvelles formes de travail, notamment celui à domicile, renferment un certain risque d’isolement tout en laissant apparaître de nouvelles chances. Ce qui est décisif dans ce contexte est le choix délibéré ou non de la forme de travail.
Pour le psychanalyste et philosophe allemand Horst-Eberhard Richter, âgé de 81 ans, la tendance de ces dernières années est allée davantage du «moi» vers le «nous». «Il semble, dès lors, que les hommes n’ont pas trouvé suffisamment de sécurité dans leur retraite narcissique du «moi» face aux menaces économiques. Les risques croissants pour la sécurité de l’emploi, les sacrifices exigés et nécessaires pour conserver les entreprises et garantir des rentes, ainsi que les questions de santé jouent un rôle décisif», soutient le conférencier. Horst-Eberhard Richter a également critiqué «la course destructive vers une hégémonie de l’économie dans l’armement, la conquête de l’espace, les patentes en pharmacologie, en chimie et en génie génétique.»
Selon le psychanalyste et philosophe allemand, l’effroyable catastrophe qui a dévasté l’Asie du sud-est semble avoir déclenché un signal appelant tous les êtres humains sur terre à la solidarité à travers l’aide et la collaboration. Les plus pauvres et les riches en vacances dans un cadre paradisiaque ont dû se rencontrer. «Et lorsque les Américains soutiennent par leur engagement l’île musulmane de Sumatra, qui est la plus touchée, ils combattent le terrorisme de façon plus efficace que par des guerres qui font effet contraire», soutient Horst-Eberhard Richter. (apic/com/wm/bb)
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