Les ouvrages religieux ont leur place dans les médias généralistes

Lausanne: Les éditeurs catholiques de France de passage en Suisse romande

Lausanne, 25 janvier 2005 (Apic) Les éditeurs catholique de France, réunis dans l’association «Présence du livre français», étaient de passage en Suisse romande les 24 et 25 janvier. Lors d’une table ronde avec les journalistes catholiques romands, lundi à Lausanne, ils ont défendu la place des ouvrages religieux dans la presse généraliste audiovisuelle et écrite.

«Nous consentons à de nombreux efforts pour rendre les ouvrages religieux accessibles à tous publics, alors faites-nous davantage de place dans vos colonnes», ont affirmé la plupart des dix éditeurs présents à Lausanne, devant une douzaine de journalistes de la presse catholique et généraliste.

Car pour dépasser le cercle des quelques lecteurs directement intéressés par le sujet, et ne pas se limiter ainsi à un tirage «confidentiel», la mention d’un ouvrage par les médias ou, encore mieux, la polémique qu’il peut soulever dans la presse, peuvent être garant d’un tirage intéressant pour les éditeurs.

Que ce soit pour les grandes maisons (Bayard, Les Belles Lettres, Cerf, Desclée de Brouwer), les plus petits éditeurs (Salvator, Vrin, Klincksieck), celles qui représentent des mouvements de spiritualité (L’Emmanuel, les Béatitudes, Nouvelle Cité) ou même les quelque éditeurs romands présents (St-Augustin, Le Sel de la Terre et Christianisme aujourd’hui), le défi reste le même: trouver de nouveaux créneaux dans le marché du religieux.

La soif de spiritualité existe

«La soif de spiritualité existe, mais l’être humain a du mal à la nommer. Il nous appartient de donner un sens à cette recherche de Dieu», soutient un représentant de la «Communauté nouvelle» de l’Emmanuel. Les journalistes présents ont confirmé pour leur part un certain regain d’intérêt pour le domaine religieux dans le grand public.

Ce regain s’exprime notamment lorsqu’il s’agit de mieux comprendre l’islam, ou quand des personnalités publiques et des chrétiens, qui se sentent libres, parlent de leur foi. «Le religieux ne jaillit pas forcément lorsqu’il y a un décret, par exemple lors d’une année de l’eucharistie ou des vocations», a soutenu le journaliste d’un quotidien généraliste.

Le cloisonnement n’existe plus

Mais de recette toute faite pour assurer une bonne diffusion, il n’y en a point, ont affirmé quasi unanimes les éditeurs français et romands présents. Tout au plus, certains créneaux s’avèrent un peu plus payants, comme les sciences humaines – parfois teintées de religieux – ou la spiritualité – pour autant qu’elle ne soit pas totalement déconnectée de l’ésotérisme.

«Le cloisonnement n’existe plus», ont constaté les participants à la table ronde. Et le public cible s’est élargi, pour devenir moins identifiable. «Il y a 30 ans, nous avions en France plus de 100’000 prêtres et religieux de moins de 50 ans, qui étaient des clients fidèles des ouvrages catholiques. Ils sont aujourd’hui à peine plus de 20’000, et la baisse se poursuit», constate un dominicain, représentant du Cerf. A cela s’ajoute «le déclin de la présence de Dieu dans la culture», qui a marqué le 20e siècle, qui a obligé les éditeurs catholiques à se repositionner dans le marché du livre.

Dieu fait encore recette aujourd’hui, certes, mais pour autant qu’on le rendre accessible à tous. Ou qu’il s’exprime à travers des canaux inhabituels, comme lorsque le ministre Sarkozy parle des rapports entre l’Etat et les Eglises. Et les quelques grands succès dans le domaine religieux (les ouvrages de Duquesne) ou parareligieux (la série de Harry Potter et «Da Vinci Code») restent des événements exceptionnels dont les motifs de réussite gardent une bonne part de mystère.

Pour les éditeurs catholiques cependant, il n’est pas question d’attendre que la réussite leur tombe entre les mains. «On ne peut se contenter d’attendre. Nous devons solliciter les écrivains pour les faire travailler sur des thèmes spirituels ou prendre sur le vif des intervenants politiques ou sociaux qui ont fait des déclarations intéressantes afin qu’ils les développent», estime un représentant d’une grande maison d’édition.

Comment dépasser le cercle des initiés ?

Pour les petites maisons d’édition, le problème demeure le même, mais les visées en matière de clientèle sont très différentes. «Je peux tirer un livre à 3’000 exemplaires et pratiquement garantir sa diffusion dans un milieu d’initiés», soutient le directeur d’une édition orthodoxe à Lausanne. «Mais comment dépasser ce cercle?», se demande-t-il. Même question chez les éditeurs en lien avec une famille spirituelle ou une communauté.

«La spiritualité fait encore recette», assure un représentant d’une «communauté nouvelle», active dans l’évangélisation et les sessions d’approfondissement spirituel. Il s’assure ainsi d’une diffusion suffisante et qui correspond aux moyens modestes de sa maison d’édition.

La Suisse romande, pour la plupart des éditeurs français, reste un milieu difficile à cerner. Comment un si petit territoire peut à ce point cultiver les particularités régionales? «Votre pays est davantage marqué par l’oecuménisme et la vie paroissiale», affirme un des participants, qui signale toutefois que quelques auteurs suisses ont réussi à percer en France dans les domaines religieux ou sociaux, comme Lytta Basset, Jacques Neirynck ou le philosophe Alexandre Jollien. BB

1.1.1.1.1

1.1.1.1.2 Trois questions à:

Dominique-Anne Puenzieux, directrice des Editions St-Augustin à St-Maurice

Apic: Quels ouvrages font recette actuellement chez vous?

D.-A. P: La collection «Aire de famille» marche plutôt bien. Notre dernier grand succès est «Ce qui fait grandir l’enfant», de Maurice Nanchen. C’est un outil apprécié des parents et des responsables d’établissements scolaires. L’ouvrage contient des éléments simples et pratiques dans le domaine de l’éducation. D’une manière générale, cette collection marche d’ailleurs plutôt bien.

Apic: Quels moyens utilisez-vous pour dépasser le cercle des habitués de vos éditions?

D.-A. P: L’idéal serait d’avoir un retentissement dans les grands médias. Cela peut nous permettre d’avoir une diffusion intéressante. Et c’est encore mieux lorsque le sujet suscite un certain débat dans la presse. Ce qui est encore possible lorsque nous touchons des sujets de société, comme le suicide des jeunes, mais c’est très difficile de trouver une place dans le domaine religieux.

Apic: D’autres recettes pour assurer une bonne diffusion?

D.-A. P: Les temps forts de la vie chrétienne, comme Noël et Pâques, marchent encore bien, de même que les livres destinés aux confirmands et aux premiers communiants. Ou d’autres ouvrages destinés tous publics, comme «Si la Bible m’était contée». BB

Encadré:

«Présence du livre français» est née en 1994 de la décision d’éditeurs français désireux de mettre en commun efforts et ressources pour assurer, hors du pays, une meilleure connaissance de leur production.

L’association regroupe les éditeurs suivants:

– Bayard propose chaque année plus de 70 nouveautés dans des domaines divers: traduction de la Bible, histoire et enseignement des religions, foi et recherche spirituelle.

– Les Editions des Béatitudes, issues de la communauté du même nom, produisent environ 20 titres par an. Elles ont été fondées en 1984 et leur but est de nourrir la vie de prière et la foi des catholiques, et de partager la spiritualité des «communautés nouvelles».

– Les Belles Lettres, fondées en 1919, possèdent 2’000 titres à leur catalogue et publient 100 livres par an. Cette édition est spécialisée dans les sciences humaines et l’érudition. Elle s’ouvre depuis quelques années à l’histoire, la philosophie, à l’interdisciplinarité et à la littérature générale et contemporaine.

– Les Editions du Cerf ont été fondées en 1928 par les dominicains. 4’000 titres figurent à leur catalogue et 150 nouveautés sont diffusées chaque année, dans les domaines: Bibles, histoire de l’Eglise, théologie, sciences humaines, religions, philosophie, vies de saints.

– Desclée de Brouwer a été créé en 1877. Plus de 80 titres chaque année explorent la Bible, le christianisme, l’interreligieux, la littérature et les sciences humaines. Un département «jeunesse» a été lancé il y a 4 ans.

– Les Editions de l’Emmanuel oeuvrent dans la mouvance de la communauté du même nom. Le programme éditorial est centré sur l’évangélisation, avec près de 20 titres par an et un important secteur de partitions de chants liturgiques, ainsi que des productions pour enfants.

– Klincksieck a été fondé en 1942. Cette maison compte 3’000 titres à son catalogue et publie 20 nouveautés par an, dont des ouvrages de linguistique, de littérature, d’histoire de l’art, de musicologie, ainsi que des thèses, colloques, revues et travaux universitaires.

– Les Editions Nouvelle Cité existent depuis 47 ans. Elles sont issues du mouvement des Focolari. Elles comptent plus de 300 ouvrages, avec un vingtaine de nouveautés par an. Elles publient notamment les écrits de Chiara Lubich, la fondatrice du mouvement, d’autres ouvrages des personnalités de la foi, ainsi que la collection «Prier 15 jours avec .».

– Salvator a été créé en 1924. Cette maison publie 20 nouveautés par an et compte 200 titres à son catalogue, essentiellement dans le domaine religieux (christianisme, religions, spiritualité.)

– La Librairie philosophique J. Vrin édite une quarantaine de titres par an, et en compte 1’500 à son catalogue. Elle est spécialisée dans l’édition scientifique des grands textes philosophiques, et s’ouvre à d’autres domaines comme la psychanalyse, l’histoire des sciences, la littérature, le droit, la politique.(apic/bb)

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