Le gouvernement fait part de sa «surprise»: réaction du Vatican
Madrid, 27 janvier 2005 (Apic) Le discours du pape Jean Paul II contre une laïcisation de l’Espagne jugée excessive, adressé lundi aux évêques catholiques espagnols, n’arrête pas de faire des vagues du côté de Madrid. Tant le gouvernement de Zapatero, qui campe sur ses positions, tout comme le Vatican, qui réaffirme la position de l’Eglise face aux problèmes actuels des choix politiques en Espagne, tentent maintenant de calmer le jeu.
Mercredi, le nonce apostolique en Espagne, Mgr Manuel Monteiro de Castro, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères, où il s’est vu exprimer la «surprise» du gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero.
Manifestement, la référence explicite dans le discours papal à un «supposé laïcisme qui pourrait limiter la liberté religieuse» en Espagne et «pourrait être attribué à une attitude délibérée du gouvernement», a mis Madrid en colère. Pour l’heure, le Saint-Siège n’a pas réagi à cette convocation, peu ordinaire, en termes de diplomatie.
Le nonce apostolique a été convoqué mercredi au ministère espagnol des Affaires étrangères où il s’est vu exprimer «la surprise» du gouvernement de Madrid après les critiques du pape contre une laïcisation de l’Espagne, a annoncé le ministère.
Mgr Manuel Monteiro de Castro a été reçu par le sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Luis Calvo Merino, deux jours après les critiques de Jean Paul II contre l’évolution de l’Espagne.
Selon la presse madrilène de jeudi, le responsable du ministère des Affaires étrangères s’est montré particulièrement surpris de la mention faite par Jean Paul II du «devoir des pouvoirs publics de garantir le droit à l’enseignement religieux et d’assurer les conditions de son application». Luis Calvo Merino a rappelé à ce propos que cet enseignement est régi par un accord entre l’Espagne et le Saint-Siège remontant à 1979.
Durant l’entretien au Palais de Santa Cruz, le sous-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères a exprimé le malaise du gouvernement face aux critiques qualifiées de sévères formulées par le pape. Il a néanmoins réaffirmé dans la conversation «son désir de maintenir une entente fructueuse avec l’Eglise», par le biais «d’un dialogue permanent basé sur le respect profond dans le cadre des accords entre l’Espagne et le Saint- Siège».
Le Vatican prend acte
Le Vatican a réagi jeudi à cette convocation et aux propos du ministère. Rome a ainsi pris acte «avec satisfaction de la volonté du gouvernement espagnol de garder une entente fructueuse avec l’Eglise à travers un dialogue permanent inspiré par le respect réciproque», a déclaré le porte-parole du Vatican, Joaquin Navarro-Valls.
Le Vatican a également manifesté sa volonté de dialoguer avec le gouvernement espagnol dans un esprit de «respect mutuel» tout en appelant Madrid à une lecture «attentive» d’un discours du pape, perçu comme une critique des autorités socialistes. Joaquin Navarro-Valls a toutefois réaffirmé que le discours de Jean Paul II illustre bien la position de l’Eglise.
La volonté de dialogue manifestée par Madrid correspond à la ligne suivie jusqu’à présent par le Saint-Siège. Et «elle sera suivie à l’avenir», a ajouté Navarro-Valls.
Zapatero:un climat de liberté plus serein que jamais
L’intervention du porte-parole du Saint-Siège fait également suite aux déclarations du président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, qui avait lui-même réagi mercredi au discours du pape en assurant que l’Espagne vit aujourd’hui dans un climat où règne «la plus grande liberté religieuse, idéologique et politique jamais connue en Espagne». Zapatero s’est déclaré «profondément respectueux» des opinions du pape, soulignant que les accords avec le Vatican sont «scrupuleusement» respectés.
Le président du gouvernement a enfin estimé que Jean Paul II a le droit d’exprimer son opinion sur ce que font les gouvernements. Il considère néanmoins «exagéré» d’affirmer qu’il existe un problème en relation avec la liberté religieuse en Espagne.
Le gouvernement socialiste espagnol avait déjà réagi à ces propos en invitant l’Eglise catholique à ne pas s’ingérer dans la sphère publique. «Le gouvernement espagnol n’est pas le prédicateur de la chrétienté», avait lancé mardi le ministre de la Défense José Bono.
José Bono, catholique pratiquant, était monté au créneau, en dépit de son «respect» pour «l’autorité morale» du pape. Mettant au défi quiconque de trouver un gouvernement en Europe qui traite mieux l’Eglise catholique que le gouvernement espagnol, dans une allusion à la convention qui lie depuis plus de 20 ans l’exécutif et le Saint-Siège sur le financement de l’Eglise catholique espagnole et de l’enseignement religieux. Le ministre Bono s’était enfin demandé pourquoi l’Eglise était «en permanence obnubilée par le sexe», alors que «le Christ serait aujourd’hui certainement plus préoccupé par les 25’000 enfants qui meurent chaque jour de faim dans le monde et par ces guerres meurtrières et contraires au droit international».
Les initiatives du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero sur le mariage entre homosexuels, la facilitation du divorce ou la limitation de l’enseignement religieux à l’école publique ont fait l’objet de sévères critiques de Jean Paul II depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement actuel, en mars dernier. (apic/ag/jx/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse