Pologne: Importantes cérémonies sur le site du camp d’extermination d’Auschwitz

«Un crime qui marque pour toujours l’histoire de l’humanité»

Auschwitz, 27 janvier 2005 (Apic) En présence d’ancien déportés, des chefs d’Etat venus du monde entier ont assisté jeudi aux cérémonies du 60e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz par l’Armée rouge. «C’est un crime qui marque pour toujours l’histoire de l’humanité», a affirmé le pape dans un message confié au cardinal Jean- Marie Lustiger, archevêque de Paris. Pour Jean Paul II, Auschwitz sonne comme «un avertissement».

Parmi les quelque 10’000 participants, on notait entre autres la présence du Russe Vladimir Poutine, de l’Israélien Moshé Katsav, du Polonais Alexander Kwasniewski, du Français Jacques Chirac, de l’Italien Silvio Berlusconi, du Britannique Jack Straw, de l’Américain Richard Cheney (qui représentait George Bush, absent), du Suisse Samuel Schmid.

Six anciens déportés et trois anciens soldats de l’Armée rouge qui ont libéré cette «usine de la mort» situé à près de 70 km de Cracovie où près d’un million et demi de personnes ont trouvé la mort, ont ouvert la cérémonie en allumant des bougies tandis qu’elle a été close par la récitation de la prière juive pour les morts, le «kaddish», et le son de la corne de bélier, le «shofar».

Dans son allocution, mettant en garde contre une renaissance de l’antisémitisme, le président Katzav a demandé que la mémoire de l’holocauste fasse partie de la culture politique de l’Europe. Dick Cheney a relevé que l’histoire de ce camp d’extermination nazi montrait que «le mal est réel», et que la résistance contre le mal est d’autant plus importante.

Plus jamais une telle tragédie

Quant à Vladimir Poutine, il a estimé que l’holocauste n’était pas seulement une catastrophe pour les juifs, mais également pour toute l’Europe. Il a rappelé que ce sont les soldats russes qui ont libéré Auschwitz et qui ont eu une part essentielle à la victoire sur l’Allemagne nazie. Malgré tout le sang versé et toutes les victimes, son pays connaît lui aussi encore la xénophobie, l’antisémitisme et le racisme. La Russie combattra ces tendances qui méprisent l’homme de la même façon que le terrorisme, a-t-il lancé.

Agé aujourd’hui de 92 ans, Anatoly Shapiro conduisait en tant que major les soldats soviétiques qui pénètrent à Auschwitz le 27 janvier 1945. Dans un message retransmis par vidéo depuis les Etats-Unis, il a affirmé qu’une pareille tragédie «ne devait plus jamais se produire, nulle part». Le nouveau président ukrainien Viktor Iouchtchenko a rappelé que son père était un rescapé d’Auschwitz. Il s’est engagé à tout faire pour qu’il n’y ait plus jamais de racisme, d’antisémitisme et de xénophobie en Ukraine».

Le cardinal Lustiger intervient au nom de Jean Paul II

Représentant le pape Jean Paul II aux commémorations internationales d’Auschwitz le 27 Janvier 2005, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, a remis à Mgr Jozef Kowalczyk, nonce apostolique en Pologne, le texte en polonais que le Saint-Père a rédigé à cette occasion.

Avant que le nonce ne lise le texte, le cardinal Lustiger, lui-même d’origine juive, a prononcé une brève allocution devant une quarantaine de chefs d’Etat et de gouvernement de la planète présents à la cérémonie, accompagnés d’anciens survivants des camps. Jean-Marie Lustiger, né dans une famille juive d’origine polonaise émigrée en France au début du XXe siècle, a embrassé le christianisme à l’âge de 14 ans.

Et la responsabilité des chrétiens ?

Dans son message, le pape rappelle à tous ceux qui ont recours, au nom de la religion, aux abus de pouvoir et au terrorisme qu’Auschwitz sonne comme «un avertissement». En évoquant «la tragédie de la Shoah» dans son message aux participants aux célébrations du 60ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, le pape souligne que «cette tentative de destruction systématique de tout le peuple juif reste comme une ombre sur l’Europe et sur le monde entier».

Concernant la responsabilité des chrétiens, le cardinal Lustiger a repris, soulignant ainsi leur portée, les phrases prononcées par Jean Paul II lors de sa visite au mémorial de la shoah de Yad Vashem à Jérusalem en mars 2000.

L’Eglise condamne les persécutions et refuse toute forme de racisme

«En tant qu’évêque de Rome et successeur de l’Apôtre Pierre, avait alors dit Jean Paul II, j’assure le peuple juif que l’Eglise catholique, motivée par la loi évangélique de la vérité et de l’amour et non par des considérations politiques, est profondément attristée par la haine, les actes de persécutions et les manifestations d’antisémitisme exprimées contre les juifs par des chrétiens en tous temps et en tous lieux. L’Eglise refuse toute forme de racisme comme une négation de l’image du Créateur intrinsèque à tout être humain.»

Le cardinal Lustiger a affirmé que «par ces paroles, le pape nous demande, pour le passé et pour l’avenir, de rester conscients de nos responsabilités et aussi de les tenir avec une résolution inébranlable». «Que le silence des victimes nous enseigne à respecter et à faire respecter la dignité de tout homme seulement parce qu’il est un homme», a poursuivi le cardinal Lustiger, faisant explicitement référence à l’oeuvre de Primo Levi, rescapé des camp, «Si j’étais un homme».

Puis, utilisant le terme «la Nuit», titre d’un ouvrage d’Elie Wiesel, il a souhaité «que jamais les hommes ne laissent les ténèbres de la haine homicide obscurcir dans le regard d’un enfant la nuit bénie où Dieu a créé le monde et où Il a sauvé son peuple». Et le cardinal Lustiger de conclure: «Que tous les hommes choisissent le chemin de la vie». (apic/com/rcf/kna/be)

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