Etats-Unis: Le Vatican interdit d’enseignement le jésuite américain Roger Haight
Rome, 10 février 2005 (Apic) Après cinq ans d’enquête, la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi a interdit d’enseignement le religieux américain Roger Haight en raison de «graves erreurs doctrinales» contenues dans son travail. Le jésuite ne peut plus enseigner en tant que théologien catholique, rapporte l’agence de presse catholique américaine CNS.
Selon CNS, la critique du Vatican vise le livre «Jésus, symbole de Dieu» que le Père Haight a publié en 1999. Il explore les thèmes de la divinité du Christ, la résurrection, la Trinité et le salut des non chrétiens. Une longue note résumant les conclusions de l’enquête a été publié par le quotidien du Vatican, L’Osservatore Romano, dans son édition du 7-8 février.
De «graves erreurs doctrinales contre la foi catholique et divine de l’Eglise»
Datée du 13 décembre dernier, la note doctrinale – approuvée par le pape Jean Paul II, qui en a demandé la publication – est signée du cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Elle précise que le livre du Père Haight contient de «graves erreurs doctrinales contre la foi catholique et divine de l’Eglise». Comme conséquence, Rome interdit à l’auteur d’enseigner la théologie catholique tant que ses positions n’ont pas été rectifiées de façon à être en totale conformité avec la doctrine de l’Eglise.
Le théologien jésuite Roger Haight avait déjà cessé d’enseigner depuis plusieurs années dans l’attente d’éclaircir sa position vis-à-vis de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui examinait son livre «Jesus, Symbol of God», publié par Orbis Press. Le président de la Weston Jesuit School of Theology de Cambridge, dans le Massachussets, où le Père Haight enseignait, avait expliqué en son temps que c’est la Congrégation vaticane elle-même qui «lui a demandé de suspendre l’enseignement pour avoir le temps de répondre» aux observations doctrinales.
Le livre en question est consacré au problème du dialogue interreligieux, et il souligne que «la révélation de Jésus enseigne que la grâce de Dieu est opérante dans les autres religions». Affirmer la validité des autres religions, estime le Père Haight, «ne diminue pas la normativité de Jésus-Christ. Et affirmer la normativité du Christ, non seulement pour les chrétiens mais pour tous les êtres humains, ne diminue point la validité des autres religions».
En l’an 2000, «Jesus, Symbol of God» avait obtenu aux Etats-Unis le prix de la Catholic Press Association, en tant que meilleur livre de théologie de l’année.
Accusé de minimiser ou de nier les enseignements centraux de l’Eglise
La note du Vatican relève que l’assertion du Père Haight selon laquelle la théologie catholique doit être «en dialogue» avec le monde moderne le conduit à minimiser ou à nier les enseignements centraux de l’Eglise, notamment que la Parole de Dieu existe de toute éternité, que la Parole a été faite chair en Jésus Christ, que Jésus est de nature divine, que le salut est offert à toute l’humanité à travers Jésus et que le Fils et l’Esprit sont des personnes séparées au sein de la Trinité, et pas simplement des «métaphores» pour les actions du Dieu unique.
La Congrégation critique également l’affirmation du Père Haight qu’en raison de la conscience moderne pluraliste, on ne peut pas continuer à affirmer que le christianisme est une religion supérieure ou que le Christ est la pièce centrale du plan salvifique de Dieu.
La congrégation vaticane critique également le fait qu’en utilisant des phrases telles que «Jésus doit être considéré comme divin», le Père Haight a également laissé entendre que de telles affirmations sont simplement symboliques et que «Jésus était un être humain comme nous».
Une interprétation de la divinité de Jésus contraire à la foi de l’Eglise
Cette interprétation de la divinité de Jésus est contraire à la foi de l’Eglise, affirme encore la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le Père Haight a récemment démissionné de son poste de professeur de théologie à la Weston Jesuit School of Theology de Cambridge. Il avait été interdit d’enseignement depuis l’an 2000, en attendant les conclusions de l’enquête romaine.
La note du Vatican précise que le Père Haight avait répondu aux demandes romaines en juin 2000, mais ses réponses «n’avaient ni clarifié ni corrigé les erreurs» qui avaient été relevées. Suite à cela, un examen théologique plus approfondi a été lancé, concluant en 2002 que le travail du jésuite américain contenait de graves erreurs. A travers l’ordre des jésuites, le Père Haight a été invité à fournir une explication de ses méthodes et des corrections du contenu de son travail. Une réponse signée du Père Haight est arrivée au début de l’année dernière. La Congrégation pour la doctrine de la foi l’a considérée comme insatisfaisante.
Dans une courte prise de position, le supérieur provincial des jésuites à New York, le Père Gerald J. Chojnacki, a déclaré que le Père Haight «a collaboré avec la Congrégation et est disponible pour consultation» avec ses responsables. Il a relevé que le jésuite a remis sa lettre de démission au président de la Weston Jesuit School of Theology en février 2003, et qu’elle a été acceptée en octobre 2004. «Le Père Haight vit maintenant à New York, où il poursuit ses recherches et ses écrits». (apic/cns/be)
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