Irak: Les chrétiens et les minorités vont souffrir si la charia est imposée dans le pays
Rome, 11 février 2005 (Apic) Ce sont les chrétiens et les autres minorités qui vont souffrir le plus si la loi islamique – la charia – est imposée en Irak, estiment des responsables religieux. Les résultats provisoires des élections irakiennes du 30 janvier dernier montrent une victoire éclatante des partis musulmans chiites, qui ont l’intention d’imposer la charia comme source unique de la législation.
«Il a toujours été clair que depuis l’invasion (américaine) en 2003, l’Irak deviendrait une nation islamique, quelles qu’en soient les conséquences pour les minorités,» estime le Père Justo Lacunza Balda, chef de l’Institut Pontifical d’Etudes Arabes et Islamiques (PISAI) à Rome. Destiné à la formation des chrétiens à la rencontre avec l’islam, le PISAI a été confié par le Saint-Siège à la Société des Missionnaires d’Afrique (Pères blancs), qui l’ont fondé.
Les musulmans chiites seront les plus représentés au sein de l’Assemblée nationale de transition de 275 membres. Durant son mandat de 11 mois, cette Assemblée sera chargée de rédiger un projet de Constitution permanente. Le Grand Ayatollah Mohammad al-Fayad n’a pas fait mystère des intentions des religieux: les membres du clergé et «la majorité du peuple irakien veulent que l’Assemblée nationale fasse de l’islam la seule source de la législation dans la Constitution permanente.»
Dans un entretien avec l’agence de presse catholique américaine CNS, le Père Lacunza estime qu’imposer la charia, qui en plus d’être un système de justice criminelle est aussi un code religieux pour la vie quotidienne, «sera discriminatoire envers les minorités, comme les juifs, les chrétiens ou les zoroastriens.»
Selon CNS, un responsable religieux bien informé à Rome estime que si la charia devenait la loi de la nation, «cela pourrait causer de sérieuses difficultés» car on l’imposerait alors aux non musulmans, violant ainsi leur liberté religieuse. Mais il pense que cela n’arrivera jamais en Irak. A ses yeux, le Grand Ayatollah Ali al-Sistani, la figure religieuse la plus populaire du pays, «est le plus libéral» des leaders chiites irakiens. Al-Sistani «a exclu que la nouvelle Constitution irakienne ressemble à celle qui existe en Iran».
L’Irak deviendra-t-il un Etat théocratique comme l’Iran ?
Certes, al-Sistani ne semble pas souhaiter que l’Irak devienne un Etat théocratique dans lequel les membres du clergé soient directement impliqués dans le gouvernement comme en Iran. Mais il veut toutefois, à l’instar d’autres leaders chiites, que l’islam soit une source de la législation, spécialement en ce qui concerne le code de la famille. Le Père Lacunza a mis en garde: même si la future assemblée nationale nomme un Premier ministre laïc pour conduire les destinées du pays, «ce sera le clergé qui appliquera la loi de la charia.» Et c’est cette législation islamique qui aura le dernier mot, affirme-t-il.
Le Père Philip Najim, qui représente à Rome le Patriarche chaldéen catholique de Bagdad, est d’avis que la majorité chiite ne sera pas à même d’imposer une Constitution islamique sans une approbation large au sein de la population. C’est l’assemblée transitoire qui devra décider, et pas seulement la seule coalition chiite soutenue par al-Sistani, relève le prêtre irakien.
Fossé entre les principes constitutionnels et la réalité sur le terrain
Par contre, le Père Lacunza pense que quelles que soient les garanties écrites dans la future Constitution irakienne pour protéger les droits des minorités religieuses, il restera un immense fossé entre le principe constitutionnel de la liberté religieuse et la réalité sur le terrain.
«Le coeur du problème est de savoir si les gens seront autorisés à pratiquer leur religion. Les minorités souffrent de discrimination dans la pratique, pas en principe». Et de souligner qu’en offrant une protection aux minorités, «c’est comme si nous acceptions qu’elles soient des espèces en danger». (apic/cns/be)
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