Plus de 2’150 gosses et ados « liquidés » ces 6 dernières années
Tegucigalpa, 27 février 2005 (Apic) Les enfants des rues et adolescents continuent d’être les cibles des escadrons de la mort au Honduras, indique un rapport d’une ONG présente sur le terrain dans ce pays d’Amérique centrale.
Malgré les promesses des gouvernements successifs, la violence contre ces gosses continue de faire des ravages: plus de 520 victimes ces derniers mois. On estime à 9’000 le nombre de mineurs ou d’enfants qui vivent dans les rues des principales villes du pays. 9’000. soit autant de vie en danger.
Durant ces six dernières années entre 1’500 et 2’150 de ces enfants ou ados, selon les sources, ont ainsi trouvé la mort, victimes des paramilitaires, reconvertis en escadrons de la mort, ou en « défenseurs » des gros propriétaires du pays, commerçants, industriels et mêmes hommes politiques. Des morts qui ne font, elles, pas la une des quotidiens.
L’ONG « Casa Alianza » lance dans son dernier rapport des accusations contre le gouvernement actuel, « indifférent au sort de ces enfants », et coupable, selon elle, de ne rien faire pour que cessent ces crimes.
Selon Gustavo Zelaya, coordinateur d’un programme pour les enfants des rues de l’Organisation « Casa Alianza », ces groupes de tueurs sont formés par des membres issus du ministère de la sécurité du Honduras, des paramilitaires recrutés pour tuer, dont certains sont aller « chercher » leur formation à la trop fameuse Ecole des Amériques de Fort Benning, en Géorgie.
Le rapport annuel de l’ONG dénonce l’absence totale d’enquête sur la « quasi-totalité de ces exécutions ».
Pour la seule année 2004, indique le rapport, 395 mineurs ont ainsi été assassinés. Depuis le début 2005, l’organisation dénombre déjà la mort de 34 adolescents, dont dix enfants. La majorité de ces crimes ont eu Tegucigalpa, la capitale, pour théâtre, suit la ville de San Pedro Sula, à 180 km au nord, avec 20% des crimes enregistrés.
Des garçons surtout
Chiffres encore: le 97% des exécutions concernent des garçons. Quant à l’unité spéciale d’investigation du gouvernement fédéral, sur les 1’000 cas d’assassinats dénoncés depuis janvier 1998, seuls 88 ont fait l’objet d’un suivi, puisque transmis, mais sans suite, pour la grande majorité, au procureur général de la République. Trois cas ont en effet abouti devant une Cour de justice. Trois agents dits de la sécurité ayant été déclarés coupables. Le président Ricardo Maduro a, du reste, récemment reconnu la participation d’agents de police dans ces meurtres d’enfants.
Selon des données émanant d’ONG en place au Honduras, entre janvier 1998 et janvier 2004, 2’170 jeunes ont été assassinés; entre 1990 et 2003, 34’581 personnes ont subi le même sort. Ces derniers 14 mois, on compte une moyenne de 6 assassinats par jour.
43% des victimes ont moins de 18 ans. La plupart des victimes ont été tuées par balles.
Berta Oliva, présidente du Comité des parents de détenus disparus au Honduras (Cofadeh),. a qualifié de scandaleux ces actes criminels qui demeurent totalement impunis. La présidente du Cofadeh a critiqué la loi anti-bandes de jeunes approuvée en 2003. Une loi étrangement considérée par le ministre de la Sécurité du Honduras comme « le fleuron dans la lutte contre la criminalité des jeunes ».
En avril dernier, tancé par les organisations internationales et de plus en plus montré du doigt, le gouvernement avait enfin reconnu l’existence des « escadrons de la mort » chargés de faire le « nettoyage ». Une reconnaissance qui n’a apparemment guère eu d’impact sur le terrain des opérations, pour ne pas dire des exécutions.
Dans un rapport publié en février 2004, Amnesty International avait à son tour interpellé le gouvernement du Honduras, pour lui rappelait qu’il ne pouvait continuer à ignorer le fait que depuis 1998 plus de 1’500 enfants de rue, selon AI, aient été impunément assassinés.
Vous avez dit « droits des enfants »?
Les enfants du Honduras ne sont pas les seuls à supporter les conséquences des carences des politiques. Selon Au Brésil, en Colombie et au Guatemala, des centaines de gosses des rues sont également victimes des escadrons de la mort, de groupes souvent armés par des oligarchies soucieuses de préserver leur « tranquillité » et leurs privilège., que leur octroie les bienfaits d’une démocratie à deux vitesses.
Partout dans le monde, des enfants sont du reste contraints aux pires formes de « travail ». Dans son dernier rapport, l’Unicef articule le chiffre de 180 millions de gosses. Cela, malgré les déclarations d’intentions des gouvernements dans le monde. Malgré aussi la déclaration universelle des droits de l’enfants. Des droits assurément bafoués. Sans trop de bruits des médias. (apic/pr)
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