Apic Reportage
Quand les plus pauvres n’ont pas droit à la santé et au logement.
Jacques Berset, agence Apic
Bangkok, 6 mars 2005 (Apic) En Thaïlande, les pauvres se sentent discriminés et peu écoutés. La société, en majorité bouddhiste, considère souvent la pauvreté comme préjudiciable. Installés à Bangkok depuis quelques années, deux permanents du mouvement ATD Quart Monde, Alain Souchard et Francis Romano – un Français et un Suisse – souhaitent que les Thaïs puissent changer leur regard sur les très pauvres.
Il y a encore un demi siècle, la majorité des Thaïlandais vivait dans la pauvreté. Aujourd’hui, la pauvreté – considérée en termes économiques – a fortement reculé, grâce à un développement économique réjouissant. Le taux de croissance annuel a largement dépassé les 7% au début des années 90, contribuant à la réduction de la pauvreté. Plus d’un million de personnes en sortaient chaque année. De 57% durant le 1er Plan de développement économique (1961-66), le taux de pauvreté est descendu à 33% en 1988.
A la veille de la brutale crise financière asiatique qui a déstabilisé son économie en 1997, la pauvreté était descendue à 11%. Les années suivantes, le taux est remonté à 16%. Trois millions de personnes supplémentaires ont désormais rejoint les rangs des couches paupérisées, et le fossé entre riches et pauvres, déjà très prononcé, n’a fait que se creuser.
En 1985, les observateurs comptaient 1020 slums à Bangkok. Aujourd’hui, un responsable du relogement affirme qu’on en trouve environ 850. Mais c’est sans compter les slums cachés derrières les boutiques traditionnelles chinoises, que l’on ne voit pas depuis la rue. Le seul repère est l’accumulation des poubelles à l’entrée d’une impasse.
La pauvreté, aussi une question de regard
Si le pays a retrouvé le chemin de la croissance, les traces de la crise asiatique, tant économiques que psychologiques, restent profondes. L’actuel Premier ministre Thaksin Shinawatra a pourtant annoncé que la Thaïlande ne recevrait plus d’aide internationale et devenait désormais un « donneur émergent ». Il a même lancé une politique de coopération en direction des pays pauvres de la région, voire des pays africains.
La pauvreté, c’est aussi – et peut-être avant tout! – une question de regard: la société peut bien regarder de haut les gens qui collectent les déchets dans la rue, mais sans ces éboueurs, que ferait-on des déchets? Au- delà des chiffres, ATD veut justement rejoindre ceux que la société délaisse, témoignent à deux voix Alain Souchard et Francis Romano, qui nous reçoivent dans la maison Quart Monde de Sathorn Tai, à Bangkok.
Pour le moment, ATD Quart Monde ne travaille que dans la capitale, mais le mouvement veut mieux connaître la pauvreté en dehors de Bangkok, dans les campagnes. En Asie, le mouvement a deux points de chute, la Thaïlande et les Philippines, où il dispose d’équipes de volontaires permanents. Il peut encore compter sur un réseau d’amis à Taïwan. « Le but n’est pas de bâtir le mouvement dans tous les pays d’Asie, mais de soutenir aussi l’engagement d’autres ONG avec les plus pauvres », insistent nos deux interlocuteurs.
Le début de l’action du mouvement ATD Quart Monde en Thaïlande remonte au drame des réfugiés cambodgiens, à la fin des années 70, il y a plus de vingt ans. Les camps à la frontière ont été le point de départ, avec l’arrivée de plusieurs volontaires. C’est ainsi qu’ont été créés des liens d’amitié avec des Thaïs », rappelle Alain Souchard. Par la suite, le mouvement s’est installé dans le grand bidonville de Khlong Toey, avec deux religieuses ayant une formation d’infirmières. Quand d’autres ONG sont arrivées dans ce slum de Bangkok, les volontaires ont suivi ailleurs les plus pauvres. Il y a une quinzaine d’années, ATD s’est engagée dans le projet d’une amie thaïe travaillant avec des communautés vivant sous les ponts, à Saphan Phut, au bord de la rivière Chao Phraya, qui traverse la ville.
« On a commencé un projet ’art et poésie’ avec des volontaires ayant une formation artistique. En 1997, suite à un incendie dans le slum, de nombreuses familles ont dû partir. On les a rejointes ainsi sous les ponts à Bangkok Noi, et c’est comme cela que nous avons commencé la deuxième implantation en ville », indiquent les deux volontaires européens.
Etre avec les plus pauvres
ATD ne veut pas créer une structure en dehors des gens, mais être là où sont les plus pauvres, avec peu de moyens: un sac à dos plein de livres, une natte, pour faire des bricolages, des peintures, . dans un lieu ouvert. Deux jours par semaine, des volontaires permanents soutenus par des bénévoles thaïs se rendent à Bangkok Noi et à Saphan Phut. « Pendant longtemps, les actions prioritaires visaient les enfants. Depuis plus d’un an, on cherche à interpeller davantage les parents, pour qu’ils soient plus partie prenante », témoigne Francis Romano. Malgré tout, l’obstacle de la langue, pour les volontaires permanents venus d’Europe, s’estompe un peu avec les années, mais les conversations en thaï restent tout de même limitées !
Un réseau d’amis thaïs de longue date parlant parfaitement le français a rejoint ATD, ainsi que des élèves et professeurs amis du mouvement. Ils invitent leurs élèves à prendre contact, à venir visiter les volontaires. Certains ont connu ATD grâce à un site internet. D’autres, qui veulent aller perfectionner leur anglais et travailler comme filles au pair aux Etats-Unis, doivent passer un temps avec des enfants. « Elles nous contactent pour accumuler de l’expérience. C’est aussi un moyen de faire comprendre dans quel esprit on travaille et pourquoi on va vers les plus pauvres. »
Le bouddhisme accepte-t-il la misère ?
Dans le bouddhisme thaïlandais, n’y a-t-il pas finalement une certaine acceptation de la misère ? Parce qu’il s’agit d’une réincarnation, la vie que l’on a est le fruit des existences antérieures.Alain Souchard – lui-même de religion bouddhiste – reconnaît cet état de fait, qui peut inciter au fatalisme. Mais il cite aussitôt des passages des textes bouddhiques qui parlent de la « précieuse existence humaine ». Ainsi, tout homme porte en lui la possibilité, par ses actions du moment présent, de pouvoir changer « le courant fataliste de son existence ». Donc, chaque personne pauvre peut sortir de la misère.
« Ce n’est pas seulement la façon dont je vois le bouddhisme, c’est dans les textes mêmes: développer une activité positive, respecter les enseignements du bouddhisme, avoir une éthique de vie juste. je pense que cela change totalement la vision des choses », lance le jeune Français. « Dire que vous êtes pauvres et que vous resterez pauvres toute votre existence, c’est être enfermé dans une vision permanente des choses. Alors que le bouddhisme considère que toute chose est soumise à transformation ». Donc, si l’on accepte le principe d’impermanence de toute chose, cela veut dire que l’on accepte d’être soumis aux changements.
Pour le bouddhiste, insiste-t-il, du moment qu’on a une conduite positive dans son existence, « en fait rien n’est fatal! » Mais une chose est sûre: la vision qu’ont les Thaïs de la pauvreté, leur manière de percevoir les pauvres sont semblables à des attitudes présentes chez nous, comme le fait de considérer les pauvres comme des paresseux, des gens qui n’ont pas envie de travailler. « S’ils veulent, ils peuvent », peut-on entendre ici.
« Une autre conception est de dire qu’on va les aider, leur donner des habits, de la nourriture.Alors qu’à ATD Quart Monde, on estime que l’on doit d’abord leur offrir notre amitié, on considère que tout homme a la même dignité, quelle que soit sa situation sociale ».
On rencontre aussi ceux qui prétendent que les pauvres sont des ignorants, qu’il faut d’abord éduquer, leur apprendre à se nourrir, à se soigner. Les familles pauvres savent déjà cuisiner, mais elles n’ont pas toujours la possibilité de le faire comme elles le souhaiteraient, car elles n’ont jamais eu de véritables maisons à entretenir. « Finalement, il y a bien des parallèles dans la manière de traiter les pauvres en Thaïlande et en Europe », analysent les deux volontaires d’ATD.
Une spécificité: le rôle des monastères bouddhistes
Le monastère reste un lieu où les Thaïs peuvent trouver refuge. Des enfants pauvres, qui n’ont rien ou qui viennent de la campagne, peuvent y être accueillis. Si on veut manger, on peut bénéficier d’un repas partagé avec les moines. La culture de l’accueil est une réalité en Thaïlande, même si l’on trouve aussi des regards très moralisateurs et très paternalistes de la part de certains. « C’est une sorte d’ethnocentrisme de classe! Nous, on essaye d’abord d’acquérir une connaissance de ce qui se passe dans la communauté, on se met à l’écoute ».
Les ONG découvrent que c’est difficile de voir émerger des leaders naturels dans les slums. Depuis plus d’une décennie, à Bangkok, on note cependant un engagement énorme de la part des ONG thaïes engagées dans le développement communautaire. « Ils partent des leaders, pour que la communauté puisse évoluer ». ATD Quart Monde aimerait bien travailler de la même manière, mais le mouvement se rend compte qu’ainsi les plus pauvres risquent souvent de passer à la trappe. Bâtir le développement communautaire à partir des plus pauvres reste un défi difficile à relever pour ceux qui s’engagent avec les plus pauvres.
Les plus pauvres manquent de tout, surtout de relations sociales
Cela peut paraître paradoxal, mais dans les slums, on rencontre des « riches », des « pauvres » et des « très pauvres ». Les « très pauvres », pris par la survie au jour le jour, ne peuvent pas s’investir pour faire progresser leur communauté mais très souvent ils suivent le mouvement. « C’est avec eux que c’est très difficile, car ils manquent de tout, surtout de relations sociales ». Les pauvres, s’ils perdent tout à Bangkok, peuvent encore retourner dans leur village, où ils ont gardé des relations sociales. Les très pauvres n’ont plus ces contacts en dehors du slum, le bidonville.
« Ils ne peuvent chercher des appuis à l’extérieur, ce sont les exclus parmi les exclus. Il faut plus de temps et plus d’innovations pour pouvoir les aider afin qu’ils sortent de la misère. Dans le slum même, les plus pauvres doivent supporter le regard des autres. parce qu’ils parlent mal ou qu’ils vivent de la mendicité, ils se sentent exclus ». Que manque-t-il aux plus pauvres de Bangkok pour sortir du slum et briser le cercle de la misère ?
« Nombre de familles très pauvres de Saphan Phut vivent de la vente de guirlandes de fleurs ou font de la récupération pour survivre; beaucoup refusent d’être relogés à l’extérieur, parce qu’ils perdraient alors tous leurs liens et leurs réseaux de survie. Hors du centre-ville, ils seraient loin de leurs sources de revenus et de travail », avance Alain Souchard. Les vendeurs de guirlandes n’ont qu’à traverser la rivière pour se procurer leur matière première sur le marché des fleurs. Ils confectionnent les guirlandes dans leur communauté, sous les ponts, et vont les vendre aux feux rouges.
D’autres vendent cacahuètes et patates douces, font occasionnellement la plonge dans les restaurants, des petits métiers du secteur informel qui permettent aux familles très pauvres de survivre.
« C’est très rare que ces personnes puissent tenir dans un vrai emploi salarié. Les problèmes qu’ils rencontrent – l’insécurité, l’instabilité familiale, les bagarres – les en empêchent », relève le volontaire français. Quand on vit dans la rue, qu’on fait depuis des années uniquement des petits boulots, on n’a plus l’habitude d’un travail régulier!
Des amis d’ATD Quart Monde, pleins de bonnes intentions, proposent des places de travail, par exemple comme femmes de ménages ou pour les nettoyages. « Mais ces personnes ne tiennent pas longtemps. Alors on en conclut que ces personnes n’ont pas envie de travailler. Mais comment demander à quelqu’un qui a vécu cinq ou six ans dans la rue, sans travail régulier, de tenir dans un travail 8 heures par jour! », note A. Souchard.
Campagne nationale d’enregistrement des pauvres
Au début de l’année dernière, dans le cadre du plan gouvernemental visant à éradiquer la pauvreté en Thaïlande en six ans, les autorités ont mis sur pied une Campagne nationale d’enregistrement des pauvres. « On s’est rendu compte que les plus pauvres n’avaient pas de cartes d’identité. Logiquement, tout le monde devrait en avoir une, mais c’est très difficile quand on est né dans la rue, sans adresse! »
Les volontaires d’ATD ont remarqué, lors de la campagne d’enregistrement, que de nombreux pauvres, à l’échelle du pays, n’existent tout simplement pas. « Ils ne peuvent pas prouver d’où ils viennent, alors que certains sont à Bangkok depuis 30 ans. S’ils ne peuvent pas trouver quelqu’un dans leur village qui puisse témoigner de leur origine, c’en est fini pour obtenir des papiers. » Ceux qui n’ont pas été enregistrés ne sont pas reconnus et n’ont pas accès aux droits. Certains ne disposent pas de la Carte santé à 30 bahts!
C’est qu’en Thaïlande, trois papiers sont importants: la carte d’identité, l’acte de naissance et le certificat de logement. Les gens des slums ne disposent pas de ce dernier papier, car ce sont des « squatters ». Aux yeux des autorités, ils occupent abusivement un terrain. Si l’on perd l’un de ces papiers, par ex. dans un incendie, il est presque impossible de le rétablir; il faut le rechercher dans la province d’origine. Pour un acte de naissance, il faut retrouver des témoins de l’époque…
« De telles démarche administratives peuvent prendre des mois, voire des années. Les plus pauvres renoncent à entreprendre ces recherches, devenant ainsi des clandestins. Même s’ils sont 100% Thaïs, il leur est bien difficile de faire valoir leur droit à la santé et a un logement digne pour leur famille! », témoignent les deux volontaires. Pour certains, cette situation s’éternise de générations en générations. C’est une situation très pénible, ils vivent dans la crainte permanente de se faire arrêter par la police.
Le gouvernement thaï est l’un des rares dans le tiers monde à exprimer la volonté de lutter contre la pauvreté, constate pour sa part Francis Romano. « Mais il y a certainement un manque de consultation à la base, avec les ONG thaïes, pour toucher les populations les plus pauvres et les plus marginalisées ». On rencontre effectivement des ONG locales qui travaillent avec des communautés pauvres le long de la rivière, actives dans la réhabilitation du lieu ou dans le relogement. ATD doit d’ailleurs renforcer ses liens avec les ONG thaïes, oeuvrer en partenariat, parce qu’il est nécessaire que le mouvement ait des racines locales, avec des volontaires venant d’ailleurs travaillant avec des volontaires thaïs. JB
Encadré
ATD Quart Monde est une organisation non gouvernementale (ONG) de lutte contre la grande pauvreté et l’exclusion sociale. Le mouvement associe, dans une démarche de refus de la misère et de partage des savoirs, des familles vivant en grande pauvreté et des personnes d’horizons sociaux, culturels, politiques et spirituels divers.
Il est reconnu officiellement par l’ONU. En Suisse, le mouvement existe depuis 1965. En Asie du Sud Est, ATD est implanté en Thaïlande et aux Philippines. Il y mène des projets imaginés et gérés par des locaux; les volontaires permanents vivent avec eux. JB
Encadré
Trois volontaires européens d’ATD Quart Monde à Bangkok
Alain Souchard, originaire de Saintes, dans le sud-ouest de France, est arrivé en Thaïlande en avril 2001. Il a une formation de comptable et de gestionnaire d’entreprise. De tradition bouddhiste tibétaine, il a connu cette religion orientale il y a un peu plus d’une douzaine d’années (*). Il a travaillé au sein du mouvement ATD Quart Monde avec les Yéniches (gens du voyage) en Alsace, ensuite avec les gens de la rue à Paris.
Francis Romano, Tessinois, originaire de Locarno, a vécu à Zurich et fait ses études de sociologie et d’anthropologie à Lausanne. Il est depuis plus de 3 ans dans le Mouvement et travaille également dans l’implantation de Bangkok. La troisième personne d’origine européenne est la Biennoise Marie- Claire Droz. La Suissesse est responsable de la région asiatique. Elle entretient des contacts avec la Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie et le Pacifique CESAP (UNESCAP en anglais) ainsi qu’avec l’UNESCO. Le mouvement ATD Quart Monde ayant le statut d’ONG à l’ECOSOC, il est invité à participer aux travaux de lutte contre la pauvreté de l’ONU dans la région.
(*) Le bouddhisme Theravada (« voie des anciens », en pali), est la religion prépondérante en Asie du Sud-Est. Il est également appelé « bouddhisme méridional » par opposition au « bouddhisme nordique » de l’Inde, de la Chine, du Tibet, du Japon et de la Corée. Le Theravada est souvent mis en relation avec le « Hinayana » (petit véhicule), par opposition au « Mahayana » (grand véhicule), qui est habituellement synonyme du bouddhisme tibétain. JB
Encadré
La pauvreté touche désormais les personnes âgées
Alain Souchard observe en Thaïlande un phénomène de pauvreté touchant des personnes âgées vivant seules. « Ici, il n’y a pas de sécurité sociale. Le lien de famille se perd, car la culture traditionnelle perd du terrain ». Il est assez habituel, tant dans les villages qu’à Bangkok, que les grands parents élèvent les petits enfants. Mais l’appauvrissement de certaines couches de la population mine les solidarités familiales qui auparavant étaient une ressource importante pour freiner la pauvreté.
Le divorce et la séparation des parents, la déstructuration des familles, fait que souvent des grands parents se trouvent seuls pour élever leurs petits enfants, avec très peu de moyens. Certains enfants, en raison de la situation précaire des familles, ne peuvent suivre une scolarité normale. JB
Encadré
Les familles pauvres mettent une grande valeur dans la scolarité
Les familles pauvres, estime Alain Souchard, sont souvent conscientes de la valeur que représente l’école. Mais pour les familles les plus pauvres, cela reste tout de même fragile. S’il y a un manque de revenus dans la famille, les enfants vont à l’école la journée, mais doivent aider leurs parents le soir. Ils vendent des guirlandes de fleurs dans la rue après l’école, pour soutenir la famille. La précarité est toujours présente dans ces familles.
Mais, souligne-t-il, ces vingt dernières années un effort très important a été fait pour promouvoir la scolarisation des enfants. Pour l’école primaire, le taux de scolarisation est assez important dans ce pays. « On a aboli le certificat de logement pour fréquenter l’école, ce qui permet aux enfants d’être scolarisés même s’ils sont nés dans la rue ». JB
Les illustrations de cet article sont à commander à l’agence Apic, Bd de Pérolles 36 – 1705 Fribourg. Tél. 026 426 48 01 Fax. 026 426 48 00 Courriel: apic@kipa-apic.ch (apic/be)
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