« Un antidote contre le fondamentalisme et le terrorisme »
Rome, 11 mars 2005 (Apic) Le cardinal Paul Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, a présenté l’évolution du projet STOQ (Science, Theology and the Ontological Quest) lancé en octobre 2003 pour le rapprochement entre sciences et religion. Intervenant le 11 mars au Vatican lors d’une conférence de presse sur ce projet universitaire, le cardinal français a souhaité que ce dialogue mette fin au fondamentalisme et au terrorisme.
Se souvenant des victimes des attentats terroristes du 11 mars 2004 à Madrid ainsi que des victimes du terrorisme à travers le monde, le président du Conseil pontifical pour la culture a souligné qu’il voudrait que l’initiative du projet STOQ soit « un antidote contre le fondamentalisme et le terrorisme en favorisant le dialogue entre, d’une part, les sciences et, d’autres part, les religions ». Après les attentats du 11 mars, le Conseil pontifical pour la culture s’est particulièrement penché sur la question de « comment remédier à cette violence », a confié le cardinal à l’Apic.
Présentant le projet STOQ, le prélat français a expliqué qu’il devait « contribuer au dialogue entre les différentes zones de la recherche et des études qui, à l’époque moderne, se sont séparées peu à peu ». « Il s’agit, a- t-il ajouté, d’instituer des ponts et des échanges fructueux entre la science, la philosophie et la théologie ».
« Il est évident que la société et la culture moderne ont toujours plus besoin de ce dialogue entre les disciplines des sciences humaines et des sciences dites dures », a expliqué le cardinal. « Le développement extraordinaire des sciences et des techniques, riche de promesses pour l’homme, n’est pas absente de risques », a-t-il poursuivi, soulignant que tout ces progrès pourraient être utilisés non « pour l’homme, mais contre l’homme ».
Affaire Galilée: purifier la mémoire de l’Eglise
Ce défi nécessite « une confrontation responsable entre sciences et humanités ». « Quatre siècle d’opposition entre les ’deux cultures’, les humanités et les sciences et avant tout entre le monde scientifique et religieux, ont mené à une incapacité de compréhension entre les deux mondes et ont généré des préjudices à l’un et à l’autre. Préjudice de la science vers la religion, vue comme un résidu du passé mythique et irrationnel », a- t-il poursuivi. Le cardinal a alors donné l’exemple de la Commission d’étude du cas Galilée, voulue par Jean Paul II en 1981. Le cardinal français qui l’a présidée en a rendu les conclusions en 1992. « Le pape a voulu cette commission pour purifier la mémoire historique de l’Eglise, mais il avait aussi le désir d’approfondir les problèmes épistémologiques, historiques et culturels qui y sont liés, afin de réfléchir sur le rapport entre la foi et la science. Il n’est pas à exclure, disait le pape, que dans le futur des situations analogues se produisent », a souligné le ’ministre de la culture’ du Saint-Siège.
Des initiatives sur trois niveaux
Concrètement, le projet qui souffle sa première bougie, consiste en une série d’initiatives réparties sur trois niveaux différents, a exposé le cardinal. Le premier, qualifié de « fondamental », est celui de l’enseignement avec « le but de former des personnes spécialisées dans le domaine du dialogue entre science et foi », un enseignement diplômant, de niveau licence ou ’master’.
Le second niveau est celui de la recherche dans les domaines de la philosophie de la science et de la nature, le rapport entre les disciplines scientifiques et humanistes, avec une attention particulière aux aspects éthiques. Enfin, le troisième et dernier niveau est celui de diverses activités de vulgarisation et de diffusion de ces travaux. Ainsi, la collaboration avec des universités d’Etat ou privées est à l’étude. Un site Internet (www.stoqnet.org) a déjà reçu plus de 10 000 visites. Et un colloque international, prévu en novembre 2005, est en cours d’organisation.
Sous la présidence du cardinal Poupard, le projet STOQ était initialement géré par trois universités pontificales romaines, celle du Latran, de la Grégorienne, ainsi que l’Université Regina Apostolorum, des légionnaires du Christ. Depuis, trois autres universités pontificales ont rejoint ce premier groupe, l’université salésienne et celle de la Santa Croce, de l’Opus Dei, et enfin de l’Augustinianum. En dehors de ces programmes d’études, le projet STOQ a promu différentes activités et initiatives autour du rapport entre anthropologie, philosophie et neurosciences, en collaboration avec les universités de Berkley et de George Washington aux Etats-Unis.
Programme prestigieux sur science, philosophie et théologie
Ce projet, présenté comme un « des programmes les plus prestigieux sur le rapport entre science, philosophie et théologie », concerne actuellement 320 étudiants, religieux et laïcs. Ils peuvent suivre 12 cours, quatre séminaires et plus de 30 conférences publiques auxquelles ont participé environ 1200 personnes. Six bourses de doctorat bi-annuelles ont aussi été créées. STOQ est, entre autres, financé par la fondation américaine Templeton. Cette dernière soutient en particulier, à hauteur de plusieurs millions de dollars, des chaires universitaires pour des professeurs laïcs de ’sciences et religion’. Il en existe dans les universités d’Oxford et Cambridge au Royaume Uni et de Harvard aux Etats-Unis.
Le 7 mai 2003, le cardinal Poupard, président du Conseil pontifical pour la culture, avait annoncé le lancement de STOQ. Il avait alors expliqué que ce projet marquait une « étape fondamentale dans l’histoire des rapports entre l’Eglise et les scientifiques ».
STOQ a notamment été voulu par Jean Paul II dans l’objectif de dépasser les incompréhensions existant entre l’Eglise et la science. Pour le cardinal Paul Poupard, le moment était venu de lancer une collaboration en profondeur avec la science. « Dans le monde scientifique, on découvre des symptômes d’une inversion de tendance dans ses rapports avec la religion », a-t-il expliqué. « L’attitude hostile du scientisme positiviste semble désormais dépassée ». (apic/imedia/hy/bb)
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