Rome: Le prédicateur de la maison pontificale tient une homélie percutante
Rome, 28 mars 2005 (Apic) Le prédicateur de la maison pontificale a dénoncé avec force les dérives de la société moderne. Le Père Raniero Cantalamessa prononçait l’homélie de la célébration de la Passion du Christ, dans laquelle il a particulièrement dénoncé une «certaine pensée laïque» qui engendre la violence à l’égard de la religion.
La cérémonie était présidée au nom du pape par le cardinal James Francis Stafford, Pénitencier majeur dans la basilique Saint-Pierre, le 25 mars en fin de journée. Rappelant que «l’Eucharistie est le sacrement de la non-violence», le franciscain Cantalamessa, vêtu d’une robe de bure, a estimé que «la douceur du Christ ne justifie pas, ou plutôt, rend encore plus étrange et odieuse, la violence rencontrée aujourd’hui face à sa personne».
«Par les manifestations récentes d’alliance entre la violence et le sacré, s’étale contre lui tout le ressentiment d’une certaine pensée laïque», a déclaré le Père Cantalamessa, ponctuant ses mots de sa main. «Comme il est de règle dans le mécanisme du bouc émissaire, on choisit l’élément le plus faible pour s’acharner contre lui». «Il ne s’agit pas seulement des pressions pour retirer les crucifix des lieux publics et la crèche du folklore de Noël», a souligné le capucin. Mais «s’ensuivent sans arrêt des romans, des films et des spectacles où l’on manipule à souhait la figure du Christ sur la découverte de documents fantasmatiques et inexistants». «Cela est en train de devenir, une mode, un genre littéraire», a-t-il dénoncé.
Alors que la présence de crucifix dans les écoles italiennes était remise en question, en raison de la laïcité, le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, avait rappelé le 22 avril 2004, que la laïcité n’était pas une négation de l’appartenance religieuse. Par ailleurs, le 9 décembre dernier, le président de la Conférence épiscopale italienne avait appelé tous les Italiens à s’opposer au retrait des crèches de Noël des écoles proposé par certains sous prétexte du respect de la sensibilité des immigrés de foi et culture différentes.
Jésus sans cesse déformé
Pour le prédicateur de la maison pontificale, «la tendance à revêtir le Christ des vêtements de l’époque ou de son idéologie a toujours existé». «Mais au moins, dans le passé, les causes étaient sérieuses, dignes de l’homme (Jésus idéaliste, Jésus socialiste, révolutionnaire)», a-t-il souligné. «Notre époque, obsédée par le sexe ne sait désormais plus se représenter Jésus, sinon comme un homosexuel ante litteram ou comme quelqu’un qui prédit que le salut vient de l’union avec le principe féminin», qui serait marié et aurait une descendance, a-t-il lancé.
Le 15 mars, le cardinal archevêque de Gênes, Tarcisio Bertone, appelait à ne pas acheter ni lire le Da Vinci Code, roman à succès de l’Américain Dan Brown. L’intrigue de ce livre tourne autour de Jésus qui aurait eu pour épouse Marie-Madeleine, dont il aurait eu une fille. «Pour s’assurer une popularité à bon marché et choquer avec des messages publicitaires qui abusent des symboles et images évangéliques comme celle de la dernière Cène, on spécule sur la très vaste résonance qu’a le nom du Christ et sur ce qu’il signifie pour une grande part de l’humanité», a encore affirmé Raniero Cantalamessa. «Tout cela est un parasitisme littéraire !» Le 10 mars, le tribunal de grande instance (TGI) de Paris a prononcé l’interdiction de l’affichage d’une publicité des créateurs de mode Marithé et François Girbaud, représentant une interprétation du tableau de la Cène de Léonard de Vinci. Dans cette publicité, les apôtres comme le personnage de Jésus sont des femmes habillées de vêtements de la marque, sur fond gris perle. Un seul homme, situé à la droite du Christ, apparaît, torse nu et de dos, habillé d’un jean et entouré des bras de l’une des ’apôtres’. La Conférence des évêques de France avait saisi le tribunal de grande instance de Paris pour faire interdire cette publicité «portant atteinte à la foi des catholiques».
Et puis, «on se scandalise et on crie à l’intolérance et à la censure si, dans des cas extrêmes, les croyants réagissent, envoyant des lettres ou passant des coups de téléphone de protestation aux responsables», a constaté le prédicateur. «L’intolérance depuis longtemps a changé de camp en Occident : d’intolérance religieuse, elle est devenue intolérance de la religion !», a-t-il insisté.
Les histoires les plus absurdes sont bues comme des vraies
«Il y en a qui se présentent comme des champions de la science contre la religion : une revendication surprenante pour évaluer comment la science historique est traitée dans ces cas!», a-t-il lancé. «Les histoires les plus fantastiques et absurdes sont bues par beaucoup comme s’il s’agissait d’histoires vraies», a encore affirmé le prédicateur italien. «Les faits donnent raison» à celui qui a dit que ’l’homme qui ne croit plus en Dieu est prêt à croire à tout’. «Le mystère que nous célébrons ces jours-ci nous incite à abandonner le complexe de la persécution et à ne pas élever de nouveaux murs et bastions entre la société moderne et nous», a alors espéré le prédicateur de la Maison pontificale.
Enfin, le Père Cantalamessa s’est interrogé sur les «enquêtes» révélant que, «même parmi les croyants, il y a des personnes qui croient en Dieu, mais pas en une vie après la mort». «Mais comment peut-on penser une chose de ce genre ?» «Le Christ, dit la Lettre aux Hébreux, est mort pour nous procurer une rédemption éternelle», a-t-il rappelé. «Pas une rédemption temporaire, mais une rédemption éternelle».
«On répond parfois que personne n’est jamais retourné de l’au-delà pour nous assurer qu’il existe bien, et ce n’est pas seulement une pieuse illusion. Ce n’est pas vrai !», a-t-il lancé, insistant sur l’importance de l’Eucharistie. «Nous devons crier au monde cette espérance pour aider les autres et nous-mêmes et à vaincre l’horreur de la mort et réagir au sombre pessimisme obscur qui flotte sur notre société». Le prédicateur capucin a dénoncé les «diagnostics désespérés» qui se multiplient, présentant le monde comme «une fourmilière qui s’effrite» ou «une planète qui agonise». Dans son homélie, le père Cantalamessa a également «remercié» le pape pour l’année de l’Eucharistie qu’il a lancée en octobre dernier et lui a adressé ses voeux pour les fêtes de Pâques. Jean-Paul II n’a pas pu descendre cette année dans la basilique Saint Pierre pour la célébration.
Prière spéciale pour le pape
Le cardinal Stafford, vêtu de rouge – couleur de la passion – présidait pour sa part l’office. En alternance avec les fidèles, il a lu la longue prière universelle du vendredi saint. L’Eglise catholique, le pape, les ministres ordonnés, religieux et fidèles, les catéchumènes, l’unité des chrétiens, les juifs, les non chrétiens, les non croyants, les gouvernants et les personnes souffrantes étaient l’objet des intentions de prière, lues dans différentes langues. Les nombreux fidèles assemblées dans la basilique vaticane ont ainsi prié pour Jean Paul II, «afin que le Seigneur notre Dieu, qui l’a choisi dans l’ordre épiscopal, lui concède vie et santé et le garde dans sa sainte Eglise comme guide et pasteur saint du peuple de Dieu».
Les cardinaux, évêques, prêtres et fidèles ont ensuite vénéré la croix du Christ. Le choeur de la chapelle Sixtine dirigé par Giuseppe Liberto, animait la célébration chantée en latin. Du parvis de la basilique vaticane, où des écrans retransmettaient l’office, l’on pouvait apercevoir les appartements éclairés du pape, au 3e étage du palais apostolique. Jean Paul II qui n’a pu cette année participer à l’office du vendredi saint, l’aura sans doute suivi de ses appartements par retransmission télévisée. (apic/imedia/ms/bb)
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