Rome: Jean Paul II est dans un état critique
Rome, 1er avril 2005 (Apic) Le pape Jean Paul II est dans un état critique, a confirmé tôt ce matin le Vatican. Le pape, 84 ans, a reçu jeudi soir le sacrement des malades après une brusque dégradation de sa santé et était vendredi matin dans un état « critique » après un arrêt cardiaque, indique le Vatican dans un communiqué.
« Ce matin, les conditions de santé du pape sont critiques. Après qu’il eut souffert hier soir d’une infection urinaire, une septicémie s’est déclarée et il a eu un arrêt cardiaque », a commenté Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Saint-Siège. Ce dernier précise qu’il a été immédiatement secouru par l’équipe de médecins de garde dans son appartement privé, et qu’il a été placé « sous assistance cardio-respiratoire ».
Le « le Saint Père est lucide, conscient et serein », a-t-il assuré, après avoir admis que Jean Paul II avait reçu « le Saint Viatique jeudi à 19H17 ». Le Saint Viatique est la communion donnée aux malades proches de la mort.
Après une première alerte en fin de soirée le 31 mars 2005 pour une forte fièvre et une infection urinaire, le porte-parole du Saint-Siège a fait la déclaration suivante sur l’état de santé de Jean Paul II, en tout début de matinée, le 1er avril 2005: « Ce matin, les conditions de santé du pape sont critiques. Dans l’après-midi d’hier, 31 mars, comme déjà annoncé, suite à une infection urinaire, une septicémie s’est déclarée avec un arrêt cardiaque.
Toutes les dispositions thérapeutiques d’assistance ont été activées, et la volonté du pape de rester dans ses appartements à été respectée, où lui est assurée une assistance sanitaire complète et efficace, précise le communiqué officiel du Vatican, qui assure que le pape a participé de son lit à la célébration de la messe vendredi matin à 6 heures.
Le cardinal Secrétaire d’Etat et les collaborateurs immédiats du pape, unis à lui dans la prière, suivent l’évolution des conditions cliniques. Le pape est assisté de son médecin personnel, le Docteur Renato Buzzonetti, de deux médecins spécialistes en réanimation, d’un cardiologue et d’un spécialiste en oto-rhino-laryngologie, ainsi que de deux infirmières ».
Que se passe-t-il au Vatican en cas de décès du souverain pontife?
L’état de santé de Jean Paul II, qui s’est très nettement aggravé au soir du 31 mars, fait naturellement craindre le pire. Dans le cas de la mort du pape, la curie romaine fonctionnerait au ralenti, les cardinaux du monde entier afflueraient au Vatican pour les funérailles de Jean Paul II et l’élection du 265° évêque de Rome.
A la mort du pape, la curie romaine est mise en sommeil. Tous les chefs de dicastères, le cardinal secrétaire d’Etat et les cardinaux ou archevêques présidents de Congrégations et préfets de Conseils pontificaux, cessent d’assurer leur fonction. Ce sont les secrétaires des dicastères qui pourvoient au gouvernement ordinaire de la curie romaine. L’activité du Saint-Siège est ainsi suspendue pendant plusieurs semaines jusqu’à l’élection du nouveau pape, qui devra confirmer dans ses fonctions le personnel de la curie dans les trois mois suivant le début de son pontificat.
Seuls le camerlingue, actuellement le cardinal espagnol Eduardo Martinez Somalo, ainsi que le grand Pénitencier (le tribunal suprême de la Signature apostolique et le tribunal de la Rote romaine continuent leur activité) continuent d’assurer leur fonction. C’est en effet le rôle du camerlingue de veiller, à la mort du pape, à l’administration des biens et des droits du Saint-Siège. Dès qu’il reçoit la nouvelle de la mort du pape, c’est à lui que revient la charge de constater officiellement le décès, en présence de Mgr Piero Marini, le maître des cérémonies pontificales, et du notaire de la Chambre apostolique, Mgr Enrico Serafini, qui a la charge de rédiger l’acte de décès.
Les derniers à partir
Le secrétaire particulier du chef de l’Eglise catholique, Mgr Stanislaw Dziwisz, et les soeurs polonaises responsables du quotidien de Jean Paul II, sont autorisés à rester dans les appartements pontificaux jusqu’au jour des funérailles du pape. A ce moment-là, l’appartement pontifical sera aussi mis sous scellés.
A partir de ce moment-là, le camerlingue prend également des dispositions pour apposer les scellés au bureau et à la chambre du pape et pour faire briser l’anneau de Jean Paul II – appelé « anneau du pêcheur » – ainsi que le sceau de plomb sous lesquels étaient expédiées les Lettres apostoliques et Bulles pontificales. Cet acte devra être réalisé devant les cardinaux arrivés à Rome et réunis en congrégation générale. Durant ces réunions, ils veillent au gouvernement de l’Eglise et prennent les dispositions nécessaires pour les funérailles du pape.
Pendant la vacance du Siège apostolique, le collège des cardinaux ne détient ni pouvoir, ni juridiction d’aucune sorte pour les questions qui étaient du ressort du pape durant sa vie. Celles-ci sont réservées à son successeur.
Constitution apostolique Universi Dominici Gregis
Dans la constitution apostolique Universi Dominici Gregis sur la vacance du Siège apostolique, publiée en février 1996, Jean Paul II avait réaffirmé l’invalidité et la nullité de tout acte de pouvoir ou de juridiction réservé au pape, comme la nomination d’un évêque (ou l’acceptation de sa démission), la publication d’une encyclique ou d’une lettre apostolique et de tout autre document relevant du magistère pontifical.
De même, entre deux papes, « on ne peut en aucune façon », stipule le document, « corriger ni modifier les lois promulguées par les Pontifes romains, ni leur ajouter ni leur retrancher quelque chose, ni en dispenser même partiellement, surtout en ce qui concerne les règles pour l’élection du souverain pontife ».
A propos des cardinaux électeurs
A l’annonce de la mort du souverain pontife, les cardinaux du monde entier afflueront vers Rome. Sur les 183 cardinaux en vie à ce jour, 117 sont âgés de moins de 80 ans et sont donc électeurs. Ces derniers, une quinzaine de jours après la mort du pape, entrent en conclave pour élire le successeur de saint Pierre. Durant son pontificat, Jean Paul II aura convoqué au total neuf consistoires ordinaires publics, créant ainsi 231 cardinaux, dont 170 sont encore en vie.
Un peu partout dans le monde, des Philippines à Rome en passant par l’Amérique latine, le monde catholique prie pour le pape « qui vit le dernier moment de sa vie ». La Place Saint Pierre, où des fidèles et des curieux s’étaient rassemblés à l’annonce de la brutale aggravation de la santé de Jean Paul II, était pratiquement vide tôt vendredi matin. Une dizaine de voitures de police étaient encore en faction. Et la circulation sur la Place Saint-Pierre devrait être interdite jusqu’à nouvel ordre, pour permettre à la foule qui ne tardera pas à converger de se rassembler, dans l’attente d’autres nouvelles.
Encadré
La précédente grosse crise de santé du pape, celle de l’automne 2003, avait provoqué un certain trouble dans la curie et dans l’opinion internationale. Mais comme d’autres fois, le pape avait récupéré assez vite son élocution et une certaine souplesse de mouvements, malgré les handicaps visibles et sérieux provoqués par sa maladie de Parkinson. Depuis 2002, Jean Paul II ne se déplaçait quasiment plus, utilisant lors de ces apparitions publiques un fauteuil roulant qui ne dit pas son nom.
Poursuivant un programme quotidien – allégé ces dernières années -, Jean Paul II avait répondu présent à tous ses rendez-vous jusqu’au mois début du mois de février dernier, notamment durant le jubilé de l’an 2000. C’est au début de l’année 2002 que son état de santé s’est visiblement aggravé. Des rumeurs parlaient de renonciation, de retraite en Pologne, on évoquait le cas de figure d’une impossibilité physique ou intellectuelle à « faire le pape », sans que, finalement, aucune de ces hypothèses ne soit vérifiée.
La diminution des forces physiques du pape est devenue particulièrement flagrante aux yeux de l’opinion publique au cours de son voyage en Azerbaïdjan et en Bulgarie, en mai 2002. Pour la première fois de manière visible, les organisateurs ont dû adapter toutes les structures de transport aux limites physiques de Jean Paul II. Ainsi, la plate-forme mobile utilisée habituellement lors des cérémonies dans la basilique vaticane, était apportée au cours de ce voyage et des suivants durant l’été. Les organisateurs devaient également rôder de nouveaux systèmes comme la plate-forme élévatrice, permettant au chef de l’Eglise catholique de monter et descendre d’un avion sans trop de difficultés.
Après un léger mieux, visible au cours de son périple outre- Atlantique durant lequel il a présidé les Journées mondiales des jeunes de Toronto, l’année 2003 a connu des hauts et des bas, jusqu’à l’alerte lancée durant son voyage en Slovaquie du mois de septembre 2003. En octobre, lors de son jubilé, le pape ne parlait plus, ou presque, il semblait prostré et accablé par la fatigue. Tout le monde pensait que le voyage en Slovaquie aurait été le dernier, mais contrairement aux anticipations, il a pu se rendre à Berne en juin 2004, et accomplir un dernier pèlerinage marial à Lourdes les 14 et 15 août 2004, vivement souhaité.
Le pape avait commencé calmement l’année 2005, aucune cérémonie officielle n’ayant été prévue au Vatican. Le 1er février 2005, le porte- parole du Saint-Siège annonçait la suspension de tous les rendez-vous pour des raisons de santé. Le lendemain 2 février, Jean-Paul II était transféré d’urgence, pour la 7e fois depuis le début de son pontificat, à l’hôpital Gemelli de Rome, pour être soigné d’une trachéo-laryngite aiguë accompagnée de spasmes. Il devait rester 9 jours hospitalisé. Le 24 février, le pape était à nouveau hospitalisé, souffrant d’une rechute du symptôme grippal. On apprenait dans la soirée que Jean-Paul II, en raison de graves problèmes respiratoires, avait subi une trachéotomie au résultat positif.
Enfin, alors que tout le monde attendait le pape au Vatican pour la semaine sainte, Joaquin Navarro-Valls annonçait le 13 mars, son retour anticipé. (apic/imedia/pr)
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