Rome: Les hommes-clé du pontificat de Jean Paul II
Rome, 4 avril 2005 (Apic) Les médias se sont souvent chargés de souligner, surtout vers la fin de sa vie: le pontificat de Jean Paul II a été particulièrement marqué par certains « hommes forts » souvent très proches du pape. Au delà d’un cercle d’intimes polonais, comme le cardinal Andrzej Maria Deskur, d’autres personnalités influentes formaient un groupe disparate, mais uni autour d’une même vision de la papauté.
Le premier homme de ce cercle, et certainement l’un des plus influents, est Mgr Stanislaw Dziwisz, le secrétaire de toujours de Jean Paul II. Même s’il n’a jamais accepté de parler de son travail, son rôle « d’aide de camp » du pape est rapidement devenu évident.
Jeune prêtre, il accompagna Karol Wojtyla à Rome au Concile Vatican II. Lorsque ce dernier fut élu en 1978, il venait à peine de fêter ses 40 ans. Si durant de nombreuses années le titre officiel de Mgr Dziwisz, dans l’Annuaire pontifical, a été « assistant à la Secrétairerie d’Etat », officieusement il s’impliquait dans d’importants sujets, comme la nomination d’évêques, et surveillait également de près les demandes d’audience auprès du pape.
En 1998, Jean Paul II le remercie pour son travail en le nommant évêque, vingt ans après qu’ils aient tous les deux déménagé dans les appartements du palais apostolique du Vatican. Il sera nommé archevêque en septembre 2003, dans la même dynamique. Jusqu’au dernier moment, il aura été auprès de Jean Paul II.
Le cardinal Joseph Ratzinger, une personnalité de poids
Parmi les autres personnalités du pontificat, le cardinal Joseph Ratzinger a été unanimement reconnu comme le « poids lourd » intellectuel de Jean Paul II. Ancien archevêque de Munich, il a été appelé à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1981.
Le souverain pontife lui a conservé cette charge tout au long de son pontificat, renouvelant son mandat tous les cinq ans, même quand l’intéressé fit part de son désir de retourner en Allemagne pour enseigner, notamment à 75 ans, l’âge de la retraite au Vatican. Il devint très vite « l’ennemi numéro un » des catholiques dits progressistes, lorsqu’il mit un frein aux propos d’auteurs et de professeurs considérés comme « déviant de l’orthodoxie ».
Une évolution sur la théologie de la libération
Il n’a pas eu peur de s’attaquer à des personnalités libérales connues, comme Charles Curran aux Etats-Unis ou Hans Küng en Allemagne, leur infligeant des sanctions radicales pour les empêcher d’enseigner au nom de l’Eglise catholique. Il organisa également la réponse de l’Eglise face à la théologie de la libération, mais sa position montre une évolution et une ouverture entre sa première instruction de 1984 et celle de 1986. Il fut aussi surnommé le « Panzer Kardinal » (le » Cardinal de fer « ) par la presse libérale et même hué par des activistes homosexuels alors qu’il donnait une conférence à New York.
Le cardinal bavarois devint en revanche le héros des conservateurs, en particulier suite à la publication de « The Ratzinger report », ou « Entretiens avec le cardinal Ratzinger », un livre réalisé avec le journaliste italien Vittorio Messori. Malgré sa réputation de « grand inquisiteur moderne », le cardinal Ratzinger est un homme apprécié par ses proches pour ses qualités humaines. A l’automne 2000, il jeta un froid dans les relations oecuméniques et interreligieuses lors de la publication du document « Dominus Iesus » qui réaffirme que le Christ est le seul sauveur et que seule l’Eglise catholique détient la plénitude de la vérité.
Lors du dernier chemin de croix au Colisée, c’est lui qui fut désigné par le pape pour en rédiger les prières et les méditations. Le cardinal Agostino Casaroli, qui fut secrétaire d’Etat pendant la guerre froide a, quant à lui, été un homme clé dans les premières années de pontificat de Jean Paul II. Architecte de l’ »Ostpolitik » du Vatican (l’ouverture des relations avec les pays de l’Europe de l’Est), il fut le numéro deux à la curie romaine jusqu’en 1990, avant d’être remplacé par le cardinal Angelo Sodano.
Le cardinal Casaroli, un choix singulier
Le choix du cardinal Casaroli fut singulier pour une personne appelée à travailler en si grande intimité avec le pape. En effet, il n’était pas particulièrement proche de Wojtyla avant son élection et de nombreux responsables catholiques en Pologne ou dans d’autres pays de l’Est européen étaient franchement hostiles aux méthodes qualifiées de trop douces, de cet Italien, pour affronter le communisme.
Le pape et son secrétaire d’Etat étaient loin d’avoir les mêmes idées sur le sujet, mais Jean Paul II appréciait la force intellectuelle et diplomatique du cardinal Casaroli. Il ne cacha pas son émotion et rendit un hommage appuyé au cardinal, lors de son décès en juin 1998.
Le cardinal français Roger Etchegaray, ex-archevêque de Marseille, était pour sa part considéré comme l’envoyé officieux de Jean Paul II dans les pays où le pape ne pouvait se rendre.
Ce dernier le fit venir à Rome pour prendre la tête du Conseil pontifical Justice et Paix en 1984. Mais, outre ce travail, cet ouvrier de la diplomatie parallèle devint pendant plus de quinze ans une sorte de globe-trotter afin de tenter de résoudre, au nom du pape, les problèmes en Chine, à Cuba, en Sierra Leone ou au Rwanda.
L’infatigable cardinal Roger Etchegaray
Ce basque de haute stature était la personne idéale pour ce travail, infatigable voyageur dans le monde entier et fin diplomate. Le Conseil présidé par le cardinal Etchegaray fut également au centre de différentes initiatives d’avant-garde proposées par le souverain pontife comme, par exemple, l’organisation de la prière pour la paix à Assise en 1986 avec les représentants de grandes religions mondiales ou encore la rédaction de l’encyclique « Sollicitudo rei socialis » publiée en février 1988.
Alors que l’âge de la retraite avait déjà sonné pour le cardinal Etchegaray, le pape le nomma président du Comité du Grand Jubilé de l’An 2000. Par la suite, il poursuivra ses missions de diplomatie parallèle, s’efforçant au nom du pape, de défendre l’Eglise et les droits de l’homme en Israël, en Chine ou encore en Irak.
Autre proche de Jean Paul II, Giovanni Battista Re, est un homme de curie qui a fait ses études à l’école diplomatique du Saint-Siège, mais qui a passé la plus grande partie de sa carrière derrière les murs du Vatican. Au moment de l’élection de Karol Wojtyla en 1978, il était déjà en poste à la Secrétairerie d’Etat, depuis janvier 1971. Il fut nommé numéro deux de la puissante Congrégation pour les évêques avant d’être rappelé comme substitut de la Secrétairerie d’Etat en décembre 1989.
Le cardinal Jean-Marie Lustiger et Joaquin Navarro-Valls
Il n’était pas difficile de constater combien le pape avait confiance en cet homme que beaucoup surnommait « l’ordinateur du Vatican », tant il avait une grande connaissance des affaires internes du Saint-Siège. On pensait même que le pape ne le laisserait jamais quitter ce poste, sous son pontificat. Mais finalement, Jean Paul II le créa cardinal et lui donna la charge de préfet de la Congrégation pour les évêques. Si les deux hommes ne se rencontraient plus quotidiennement, le cardinal Re conservait un rendez- vous hebdomadaire avec le pape, tous les vendredis soir, pour discuter des nominations épiscopales.
Au-delà des frontières de la curie, il est bien connu que Jean Paul II s’entourait aussi d’une poignée de cardinaux de confiance pour débattre de sujets importants. Le cardinal Jean-Marie Lustiger était l’un d’entre eux. Sa nomination comme archevêque de Paris fut une surprise. Le cardinal français, au caractère fort et indépendant, a en effet eu un parcours spirituel original, mais Jean Paul II était sensible aux qualités des penseurs français en son genre. Aaron Lustiger est né dans une famille juive et sera marqué par le drame de la shoah, sa mère étant morte à Auschwitz. Il se convertit au catholicisme alors qu’il était adolescent et prit le nom de Jean-Marie.
Ce brillant intellectuel, excellent orateur et amateur d’art, était membre de la Congrégation pour les évêques, et venait, à ce titre, fréquemment à Rome pour des réunions. Ses passages au troisième étage du palais apostolique, dans les appartements pontificaux, étaient ainsi rarement rendus publics. Depuis le 11 février 2005, le cardinal Jean-Marie Lustiger est archevêque émérite de Paris.
Si la nomination du cardinal John Joseph O’Connor à New York est un choix moins personnel que celle du cardinal Lustiger à Paris, le cardinal américain a très vite prouvé qu’il était un pasteur dans la ligne de Jean Paul II.
Brillant, audacieux et infatigable, il a notamment su utiliser la presse à bon escient, à peine nommé à la tête de la capitale mondiale des médias, en 1984. Né d’une famille catholique de travailleurs, le cardinal O’Connor a été aumônier de la Marine américaine durant 27 ans et fut envoyé au Vietnam.
C’est du petit diocèse de Scranton dans l’Etat de Pennsylvanie qu’il a fait un bond considérable pour devenir archevêque de New York. A ce poste, il fit entendre sa voix en particulier en faveur des mouvements pro- vie aux Etats-Unis, jusqu’à son décès en mai 2000. Quant à Joaquin Navarro- Valls, porte-parole du Saint-Siège, ce membre de l’Opus Dei compte parmi les rares laïcs à avoir pu être aussi proche de Jean Paul II. A ce titre, il ne pouvait prétendre devenir archevêque ou cardinal, mais le pape a récompensé son responsable de la communication d’une autre manière, en lui donnant accès aux appartements pontificaux, ce qui ne manqua pas de faire naître des jalousies parmi certains évêques de la curie romaine.
Comparé aux prélats qui ont eu le même poste dans le passé, J. Navarro-Valls, ancien médecin psychiatre est connu pour avoir du bon sens et être un homme raffiné dans son rôle de porte-parole. Il aimait particulièrement guider les délégations du Saint-Siège dans des « guerres culturelles » comme lors des conférences de l’ONU sur la population ou sur la femme. J. Navarro-Valls faisait partie de la poignée de personnes qui accompagnait systématiquement le pape durant ses vacances d’été. (apic/imedia/be)
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