Lugano: Le pape et la Suisse, selon Agnell Rickenmann
Lugano, 4 avril 2005 (Apic) Lors de sa visite pastorale en Suisse en 1984 le pape s’est trouvé confronté à une Eglise suisse « centrée sur ses problèmes ». Le secrétaire général de la Conférence des évêques suisses (CES), Agnell Rickenmann, le rappelle dans le Giornale del Popolo du 4 avril.
Au début du pontificat de Jean Paul II, rappelle Agnell Rickenmann dans le Giornale del Popolo du lundi 4 avril, le contexte était celui des années 70 et du fameux synode de 1972 avec tous ses effets sur la vie de l’Eglise en Suisse. Parmi ceux-ci, les brûlantes questions du célibat des prêtres et de l’ordination des femmes.
Le pape, après le Concile, devant les tendances à la fois libérales et conservatrices qui ont divisé l’Eglise, a voulu assumer une position claire, bien qu’ouverte à la médiation, selon le secrétaire général de la CES
Sa visite en 1984 en Suisse est une clé de lecture pour comprendre les relations avec notre pays et le Vatican. « Et non seulement pour les grandes questions doctrinales mais aussi pour les questions pastorales ». C’est à cette occasion et à ce propos, écrit Agnell Rickenmann, que Jean Paul II rencontra celui qui était alors secrétaire général de la Conférence des évêques suisses, Amédée Grab, aujourd’hui évêque de Coire.
« Lors de ce voyage, Jean Paul II a montré qu’il avait une vision complète et impressionnante de la Suisse. Il a entendu des voix très critiques. En particulier lors de la rencontre d’Einsiedeln, où il a bien senti les fortes discordances entre son enseignement et les positions d’une partie considérable des fidèles de la Suisse alémanique. On y voyait une Eglise suisse qui se pensait comme le nombril du monde, prisonnière de ses problèmes ».
« Je crois que, encore aujourd’hui », affirme le secrétaire général de la Conférence des évêques suisses, « notre approche reste assez partiale: nous voyons nos problèmes et nos demandes comme centrales pour la vie de toute l’Eglise. Ceci est faux. Nous ne sommes qu’un fragment de l’Eglise. Un fragment qui doit être capable d’être en rapport avec le Tout dont elle fait partie ».
Les nombreux absents de la Rencontre avec le pape à Berne en 2004
Un autre point fort, pour lui, de la relation du pape à la Suisse, a été la visite en juin 2004 pour la Rencontre des jeunes à Berne. La situation, 20 ans après, était notablement différente, note-t-il. « L’atmosphère était décidément plus accueillante, même s’il ne faut pas oublier qu’il y manquait une large part de fidèles suisses: ceux qui ne sont plus d’accord avec le ministère de Jean Paul II et qui ont dit adieu à l’Eglise ». On connaît, ajoute Agnell Rickenmann, la diminution de la participation des fidèles à la vie liturgique. « Devant les 70’000 fidèles réunis à Berne, à l’Allmend, nous savions qu’il y avait aussi beaucoup d’absents. On ne pouvait pas oublier non plus la lettre de demande de démission envoyée au pape par un groupe de théologiens et diverses personnalités de l’Eglise suisse, en mai 2004 ».
Pour le secrétaire général de la CES, cette demande masquait une vision par trop efficiente de l’Eglise, qui consiste à penser que « si on change la structure, les choses s’améliorent ». Cela correspond à ses yeux à une approche en réalité autoritaire de l’Eglise de la part de ceux qui prêchent au contraire pour une démocratisation des structures. Ceux-là donnent la faute à la hiérarchie sans se remettre en discussion personnellement.
« Ces gens en outre considèrent l’Eglise comme une multinationale et le pape comme un manager. Le pape, ignorant ces protestations, a témoigné de ce qu’est réellement l’Eglise et de la valeur du ministère de Pierre. Il a en outre rompu un tabou de notre société: une vision purement fonctionnaliste de la papauté et de l’Eglise, qui la dénature dans son essence de communion ». Dieu merci, s’exclame Agnell Rickenmann, il s’agit d’une minorité, liée encore au phénomène de contestation du Synode 72, « qui aujourd’hui a toujours moins d’importance » (apic/gdp/vb)
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