Belgique: Le décès de Jean Paul II suscite des commentaires en demi-teinte dans la presse
Bruxelles, 6 avril 2005 (Apic) Le décès de Jean Paul II suscite des commentaires en demi-teinte dans la presse belge, selon CathoBel à Bruxelles. A quelques exceptions près, la plupart des quotidiens belges se montrent plutôt nuancés dans leurs commentaires concernant le pontificat de Jean Paul II, relève l’agence de presse catholique belge.
Les journalistes flamands se montrent nettement plus virulents et critiques que leurs homologues francophones, affirme l’agence de presse catholique. Citant l’éditorial du quotidien catholique « La Libre Belgique », intitulé « Un pape de combat et de débat », CathoBel relève que le rédacteur en chef adjoint Jean-Paul Duchâteau affiche clairement son intention de dresser un bilan nuancé du pontificat de Jean Paul II.
La sensibilité croissante à l’autonomie individuelle pour tout ce qui touche à l’intime
« Le risque est grand, en effet, d’entendre nombre de commentateurs limiter (celui-ci) à la controverse sur les questions morales, et plus particulièrement de morale sexuelle », précise-t-il d’emblée. Plus fondamentalement, ce que reproche Jean-Paul Duchâteau au pape décédé, c’est de ne pas avoir pris davantage « la mesure d’une évolution qui a progressivement gagné nos sociétés européennes, celle d’une sensibilité croissante – y compris chez les chrétiens – à l’autonomie individuelle pour tout ce qui touche à l’intime ».
CathoBel relève que Jean-Paul Duchâteau ne comprend pas non « comment ce grand révolutionnaire, qui a fortement contribué à venir à bout du système communiste dans les pays d’Europe de l’Est, a (…) pu se résoudre à apparaître, ces dernières années, plutôt comme un partisan de l’ordre établi, avec un faible visible pour les composantes les plus conservatrices et les plus autoritaires de l’Eglise ».
Pour le rédacteur en chef adjoint de « La Libre », la réponse à cette question est sans aucun doute à rechercher dans les origines polonaises du pape, son attentat et sa maladie, mais aussi « dans la durée de son pontificat qui n’a pas échappé à l’usure atteignant tous les pouvoirs temporels ». Une contradiction que le journaliste trouve « dommageable », car elle a certainement occulté une partie de son message.
Et Jean-Paul Duchâteau de citer trois des qualités de Jean Paul II dont l’Histoire devra se souvenir: son courage face à la maladie, sa capacité d’empathie tant à l’égard des plus pauvres de la planète que des jeunes, et son humilité. En effet, note le journaliste, « il n’a pas craint (…), en dépit de la tiédeur d’une partie de son entourage, à solliciter le pardon pour les erreurs et les fautes que l’Eglise avait pu commettre ».
Combat « pathétique »
Dans le quotidien « Le Soir », dans un article intitulé simplement, « Jean Paul II », Jurek Kuczkiewicz met surtout l’accent sur le conservatisme du pape. Pour ce journaliste, il ne fait effectivement aucun doute que le souverain pontife « restera dans l’histoire comme le pape de la certitude en une foi triomphante ». « Karol Wojtyla, écrit-il, aura mis toute sa détermination pour clore, du haut de ses certitudes, bien des débats, qui avaient été ouverts sous l’impulsion de son prédécesseur Jean lors du Concile Vatican II. »
Reconnaissant le rôle joué par Jean Paul II dans l’effondrement du communisme et la réconciliation des chrétiens avec les juifs, Jurek Kuczkiewicz trouve, par contre, « pathétique » son combat contre la contraception, l’homosexualité, le relâchement des moeurs, « tant la pratique et les vues de chrétiens du monde entier sont éloignés des préceptes de feu Karol Wojtyla ». Pourtant, note le rédacteur du « Soir », « plus Jean Paul II vieillissait, (…) plus il semblait électriser les foules de jeunes ». Un paradoxe que s’explique difficilement le journaliste, d’autant plus que les discours du pape, notamment dans le domaine de la morale sexuelle, « étaient fort éloignés de la pratique quotidienne de nombre de ses jeunes auditeurs enthousiastes ».
Si Philippe Martin met en avant, dans les pages nationales de « Vers l’Avenir », la quasi unanimité des messages de condoléances qui convergent actuellement vers Rome et qui saluent pratiquement tous « le libérateur du bloc de l’Est, le promoteur de la justice et de la paix » que fut Jean Paul II, il note également que les compliments s’arrêtent souvent là et cèdent peu à peu la place aux réserves, « encore feutrées dans ces circonstances », que suscite son pontificat chez bon nombre de nos contemporains. « Il nous faudra quelques temps, des années sans doute, pour évaluer l’héritage d’un pape aussi considérable que Jean Paul II », poursuit-il. « De la même façon que notre regard est déformé par notre vision européenne peu représentative du sentiment partagé par l’ensemble de la planète, nous manquons cruellement de recul pour savoir si ce pape restera dans l’histoire comme une grande figure prophétique ou comme une personnalité avant tout conservatrice » .
Bilan en demi-teinte
Réaction encore dans la presse, en France cette fois. Le quotidien « Libération », que cite « La Liberté », à Fribourg, interroge le Brésilien Leonardo Boff, l’un des piliers de la théologie de la libération en Amérique latine, qui juge lui aussi en demi teinte le pontificat de Jean Paul II. « Son charisme lui a permis (au pape, réd,) de redonner à la religion une dimension publique, d’en faire une force capable de mobiliser les foules et de faire tomber le communisme. Mais c’était aussi un pape paradoxal. D’un côté, il était ouvert, prêchant par exemple le dialogue interreligieux. De l’autre, c’était un conservateur, qui a mené une contre- réforme de l’Eglise ». Pour le théologien de la libération, « l’Eglise latino- américaine souffre d’une pénurie de prêtres, rebutés par le célibat. Elle n’arrive plus à répondre à la demande religieuse. Les pentecôtistes comblent le vide. Le pape a aggravé les choses en insistant sur la seule mission religieuse de l’Eglise au détriment de la mission sociale ». (apic/cathobel/be/pr)
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