Le pape rêvé des Brésiliens

Brésil: Et si le prochain pape était brésilien?

Sao Paulo/Paris, 12 avril 2005 (Apic) Et si le prochain pape était Brésilien. Chiffres à l’appui: près de la moitié des catholiques (44%) vivent en Amérique latine, dont un sur 10 au Brésil. Le quotidien catholique français «La Croix», sous la plume de Bernard Jouanno, à Sao Paulo, la plus grande agglomération du brésil, avec plus de 18 millions d’habitants, se penche sur cette question, à l’entame de la dernière ligne droite avant le conclave, lundi 18 avril à Rome[pic]. L’Apic reprend ici en grande partie l’article publié le 12 avril par La Croix.

Certes, l’Eglise brésilienne est traversée par divers courants, mais, pour la majorité des catholiques du pays, le nouveau pape doit être proche des pauvres. Chiffres à l’appui : près de la moitié des catholiques (44%) vivent en Amérique latine. Et le Brésil, avec près de 180 millions d’habitants, pèse d’un poids certain. «Pourquoi pas un Pape latino- américain?», s’interrogent les Brésiliens. «L’hypothèse est plausible, elle est même raisonnable. Surtout depuis l’élection d’un pape polonais, admet le théologien Fernando Altemeyer, professeur à l’Université pontificale de Sao Paulo, que cite La Croix.

«Dans l’Eglise universelle, notre continent ne se sent pas vraiment représenté, observe Joao, séminariste de 23 ans de Sao Paulo. Ainsi, il n’y a que 21 cardinaux d’Amérique latine sur les 115 présents au conclave. Or, notre continent – mais c’est vrai aussi de l’Afrique ou de l’Asie – a l’expérience d’une théologie et d’une pastorale différentes».

Pour autant, relève le quotidien catholique, parmi les cardinaux électeurs figurent des personnalités de poids de l’Amérique latine tels que Jorge Mario Bergoglio, 68 ans, de Buenos Aires (Argentine), Francisco Javier Errazuriz, 71 ans (Santiago du Chili), Oscar Andres Rodriguez Maradiaga, 62 ans, de Tegucigalga (Honduras), ou encore Claudio Hummes, 70 ans, de Sao Paulo (Brésil).

Dès lors, commence-t-on à murmurer ici, pourquoi pas un pape brésilien?, s’interroge l’auteur de l’article. «C’est humainement très agréable de penser qu’il pourrait être de chez nous», admet le cardinal Eugenio Sales, ancien archevêque de Rio. «Ce serait l’euphorie !», s’exclament en choeur trois étudiants de Campinas. «Mais les Latino- américains, avance le professeur Altemeyer, ne s’entendent pas beaucoup. Ni au football ni en religion.»

En dix ans, l’Église catholique a perdu 10% de ses fidèles

Pour l’auteur de l’article publié par «La Croix», «ce que la majorité des Brésiliens souhaitent, c’est un pape proche du peuple, proche des pauvres. Un pape qui les représente et prenne leur défense», avance Luizao, jeune Noir de 25 ans.

Malgré certaines réussites économiques, la pauvreté reste en effet le lot quotidien de la plupart des Brésiliens – et des Latino-américains -. Les paysans du Nordeste n’ont toujours pas de terre, et dans les grandes métropoles, les rangs des chômeurs et des laissés-pour-compte ne cessent de croître. A Sao Paulo, indique La Croix, plus de 10’000 personnes «sans toit» sont condamnées à survivre dans la rue.

Dans son engagement auprès des plus pauvres, l’Eglise brésilienne a elle-même connu des tensions et des divisions. Les analyses et les positions se sont durcies. Les affrontements entre conservateurs et progressistes se sont radicalisés. Les champions de la théologie de la libération ont été réduits au silence, alors que les évêques choisis par Jean Paul II ont pris leur distance. Résultat: «L’Eglise a fait l’option des pauvres, mais les pauvres ont fait l’option des Eglises évangéliques», a pu dire le théologien Clodovis Boff (frère du théologien Leonardo Boff).

Autre chiffres avancés par le quotidien français: le recensement de l’an 2000 a révélé l’hémorragie. En dix ans, l’Eglise catholique a perdu 10% de ses fidèles, partis vers les groupes plus ou moins pentecôtistes qui ont connu un développement extraordinaire. «C’est l’Eglise conservatrice qui a poussé les gens dehors, et ce sont ces cardinaux-là qui vont élire le pape, accuse avec colère une lectrice de Folha de Sao Paulo, grand quotidien de la ville. Que Dieu éclaire les cardinaux et leur montre que nous ne sommes pas au XVIe siècle».

Pourtant, pour la majorité des évêques, les pauvres restent un souci majeur. Dans le document préparatoire à leur 43e assemblée plénière (prévue du 6 au 15 avril, mais reportée en raison de la mort du pape), intitulé Evangélisation et prophétisme: les nouveaux défis pour la mission de l’Église, les évêques s’attaquent à nouveau à cette réalité de l’exclusion. «La société brésilienne se transforme, écrivent-ils, mais la pauvreté et la misère persistent».

Et les évêques de dresser un bilan particulièrement sombre: 55 millions de personnes vivent dans la pauvreté, 25 millions sont mal nourris et souffrent de faim. Plusieurs Brésil coexistent dans le même pays. Les contrastes entre les uns et les autres augmentent et se font encore plus violents. «Pour l’Église, écrivent-ils encore, cette situation est un fléau intolérable et insupportable».

«Le nouveau pape devra regarder l’Asie pour l’évangélisation, et l’Afrique et l’Amérique latine pour les pauvres», insiste Dom Pedro Luiz Stringhini, le jeune évêque auxiliaire de Sao Paulo cité par La Croix. Comme le rappelle le cardinal Claudio Hummes, archevêque de Sao Paulo, «chaque pape accomplit sa mission à un moment particulier de l’Histoire. Il n’est pas possible de donner des réponses anciennes à des problèmes nouveaux». Le prochain pape, suggère Dom Luciano Mendes Almeida, archevêque de Mariana, devra faire en sorte que «l’Eglise soit toujours plus au service de l’humanité». «Mon rêve, conclut Alberto, jeune religieux de l’Etat du Minas Gerais, serait que le pape fasse un travail tel dans le monde et dans l’Eglise qu’à ses obsèques ce soit le pauvre qui ait la première place. (apic/bj/cx/pr)

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