Russie: Alexis II espère que le prochain pape saura faire preuve de sagesse
Rome, 13 avril 2005 (Apic) Le patriarche de Moscou, Alexis II, espère que le prochain pape saura faire preuve de sagesse et de tact dans ses rapports avec l’Eglise orthodoxe russe. C’est ce qu’il a déclaré dans une interview au quotidien italien Corriere della Sera du 13 avril 2005. Le patriarche de Moscou, connu pour souffler le chaud et le froid dans les relations conflictuelles entre Moscou et le Vatican, a aussi espéré «une nouvelle époque de relations» qui privilégiera un «témoignage commun».
«J’espère sincèrement que le prochain pape de l’Eglise catholique romaine contribuera au développement des rapports avec l’Eglise orthodoxe russe, dans une direction positive, faisant preuve de sagesse et du tact nécessaire», a déclaré le patriarche de Moscou. Il a aussi aspiré à un «réel aplanissement de toutes les complications qui sont un obstacle à l’amélioration de nos liens réciproques». «Cela afin d’ouvrir pour nos Eglises une nouvelle époque de relations dans laquelle le témoignage conjoint (.) occupera une place dominante», a-t-il souligné.
Ainsi, le patriarche russe a souligné les derniers «rapprochements» entre les deux Eglises, dont les positions coïncident «sur de nombreuses questions que le monde contemporain affronte». Il a donné parmi d’autres l’exemple «de l’érosion du respect de la vie ou de l’injustice sociale dans le monde». «Je suis convaincu que notre collaboration dans ces domaines devraient de renforcer et se développer», a-t-il déclaré.
«Toutefois, pour qu’elle ait une efficacité maximale, il est nécessaire de dépasser les divergences et la perplexité qui compliquent notre dialogue», a encore insisté le patriarche Alexis II. Il a demandé de renoncer au «prosélytisme», c’est-à-dire «la conversion de personnes qui par leur baptême et leur tradition appartiennent à une autre Eglise». «Notre Eglise est très préoccupée par les tentatives répétées des gréco- catholiques ukrainiens de transplanter les paroisses uniates dans les régions où elles n’ont jamais existé, d’exercer la mission entre les population orthodoxe de l’Ukraine, d’instituer dans ce pays un patriarcat et de transférer son propre siège à Kiev où la majorité de la population croyante est constituée par des orthodoxes».
Le rendez-vous manqué
Et Alexis II de rappeler encore une fois le rendez-vous manqué en 1997 lors de l’Assemblée oecuménique de Graz en Autriche. «Indubitablement, je regrette que la rencontre de Graz ne se soit jamais passée», a-t-il assuré.
Interrogé sur le fait que Jean Paul II n’ait jamais pu se rendre en Russie, le patriarche orthodoxe a exprimé «le regret que dans les rapports entre nos Eglises persistent des séries de problèmes». «Je tiens à souligner encore une fois que les visites et rencontres des chefs des Eglises ne sont pas une fin en soi», a-t-il insisté. «Ni des initiatives protocolaires». Pour lui, ces visites doivent avoir «au contraire, une énorme signification et être le symbole de résultats déterminés et positifs, conséquence des rapports entre les Eglises». «Au contraire, dans le cas de notre dialogue avec l’Eglise catholique romaine, une telle dynamique positive n’a pas lieu pour l’instant», a-t-il regretté.
Enfin, «dans les rapports réciproques entre nos Eglises, des complications existent, qui sont apparues quand l’Eglise catholique était dirigé par Jean-Paul II», a souligné Alexis II. Mais il a toutefois estimé qu’il serait «erroné de réduire toutes les différences, exclusivement à la personnalité ou à la nationalité du pontife de l’Eglise romaine». Pour lui, «les situations problématiques et conflictuelles (.) ont des racines plus profondes». «C’est pourquoi je retiens que la partie catholique devrait manifester la volonté de se disposer à un travail difficile et minutieux pour changer radicalement sa politique en Russie et dans les autres pays de la Communauté des Etats indépendants (ex-Urss, ndlr)».
L’hommage
S’exprimant enfin sur la personne de Jean Paul II, Alexis II a estimé que «les prédications, les enseignements, les paroles et les sermons» du pape, «non seulement ont revigoré dans leur foi les catholiques de diverses parties du globe, mais ont témoigné du christianisme dans un monde difficile, auquel on tente d’imposer l’idéologie de la sécularisation». Ces derniers jours, «nous avons tous vu la foule se rassembler place saint- Pierre pour adresser une prière à leur propre pasteur et précepteur». «Cette prière et l’amour des catholiques ordinaires sont le meilleur jugement qu’on peut donner du service pastoral de Jean-Paul II», a-t-il estimé.
Le patriarche âgé de 76 ans a aussi salué le service de Jean Paul II «en qualité de Saint-Père d’une des plus antiques et grandes Eglises». «Le défunt pape s’est employé à rappeler à la civilisation européenne moderne sa provenance chrétienne», a-t-il souligné. «Il est important aussi que, malgré une maladie très grave, il n’a jamais manqué de s’occuper de ses fidèles jusqu’aux derniers jours de sa vie sur terre». «Une telle dévotion pour l’Eglise, la ferme espérance en Dieu et une sollicitude pour ses propres fidèles suscite le plus sincère respect», a conclu le patriarche russe.
Ce dernier est pourtant loin d’échapper aux critiques pour son attitude qui a souvent consisté à souffler le chaud et le froid, et même plus souvent le froid, aux dires des observateurs, dans les relations entre Moscou et Rome. Alexis II n’échappant pas non plus aux critiques au sein de l’orthodoxie. (apic/imedia/ms/pr)
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