Rome: Les neuf commandements pour le nouveau pape selon le cardinal Danneels
Rome, 15 avril 2005 (Apic) «En regardant ce qu’a été Jean Paul II, vous avez le schéma du nouveau pape», a déclaré le cardinal Godfried Danneels lors d’une conférence de presse tenue à Rome au moment des funérailles du pape défunt. L’archevêque de Malines-Bruxelles a aussi énuméré une série d’initiatives lancées par le pape polonais, que son successeur devra poursuivre.
«Si nous voulons avoir une idée de ce à quoi ressemblera le prochain pape, il faut regarder ce qu’a été le pape», a déclaré le cardinal Danneels aux médias réunis au collège belge, au nord de Rome. Jean Paul II «a donné un héritage à l’Eglise, et dans l’héritage il y a le début du nouveau temps d’un nouveau pape». Le cardinal belge a en outre précisé qu’il fallait «compléter» et «développer toutes ces choses initiées» par Jean Paul II.
Le cardinal Danneels a alors établi une sorte de bilan en neuf points. Il a d’abord souligné que le prochain pape devrait avoir cette «profonde capacité d’empathie et de sympathie» de Jean Paul II «dans différentes situations». Qualifiant le pape polonais de «père universel pour le monde entier», il a évoqué différentes problématiques que le pontife a dû commencer à affronter simultanément, à savoir la sécularisation de l’Europe, la très vieille culture asiatique, la pauvreté de l’Afrique ou encore le progrès des sectes en Amérique latine.
En second lieu, le cardinal belge a évoqué «le problème de l’unité dans la diversité», auquel Jean Paul II a été confronté et qui «sera aussi un problème dans le futur». «Dans un proche avenir, les régions et les continents seront de plus en plus différents». C’est alors que le cardinal Danneels a souligné qu’il était «indispensable pour le monde» d’avoir «un pape fort» mais aussi d’avoir «un fort épiscopat».
Interrogé sur le sens de ces mots, le haut dignitaire a répondu qu’un épiscopat fort était un épiscopat qui savait prendre ses responsabilités. Pour lui, «la force de l’épiscopat dépend des évêques» et de leurs personnalités. «Même s’il est vrai que le pape reste le pape», il faudra «un équilibre entre ces deux fortes instances dans l’Eglise», a-t-il déclaré.
Donner aux femmes un rôle dans l’Eglise
En troisième lieu, le cardinal s’est arrêté sur le problème de «l’adaptabilité des organes de l’Eglise». «Cela ne veut pas dire que tout doit changer, mais que tout doit s’adapter parce que nous sommes un corps vivant». Il a aussi abordé la question des femmes dans l’Eglise. «Il est important, dans le futur proche, – mise à part l’ordination des femmes qui est une question très particulière – de donner aux femmes un rôle dans l’Eglise qu’elles peuvent avoir, et des responsabilités». Pour l’archevêque, les femmes «ont les capacités d’être dans le gouvernement de l’Eglise».
Un quatrième point évoqué par le cardinal a été le dialogue oecuménique et interreligieux, «très bonne chose qu’a réalisée Jean Paul II et qu’il faudra continuer». Il a notamment parlé du dialogue avec l’islam, «qui devient un fait réel en Europe».
«Il faut avoir de bonnes relations avec toutes les religions», a-t- il ajouté. Le cardinal Danneels a alors évoqué l’importance pour le nouveau pape «d’être très sensible à ce qui se passe dans les différentes cultures», notamment les cultures «asiatique et orientale» et «d’être capable de participer à la culture moderne». Il a rappelé «l’énorme capacité à penser, à réfléchir, et à agir» de Jean Paul II. Il sera indispensable à son successeur d’être «un homme de grande culture».
«Le pape a été un homme de communication extraordinaire, un homme apportant la bonne nouvelle», a poursuivi le cardinal. Pour lui, il «sera important, dans le futur proche, non seulement d’exprimer la vérité mais de la rendre possible, attirante et belle». «Parce que c’est une question de communication, d’empathie et d’ouverture».
Jean Paul II, le père de ces nouvelles générations
En septième lieu, le cardinal Danneels a abordé la question de la jeunesse, «la chose la plus visible du pontificat de Jean Paul II». «Jean Paul II a été le père de ces nouvelles générations». «Tous n’approuvaient pas tout ce qu’il pensait mais il y avait une confiance mutuelle et c’est une chose très importante pour le nouveau pape», a-t-il encore suggéré.
Finalement, le cardinal âgé de 71 ans a parlé «des problèmes éthiques», auxquels «le nouveau pape devra aussi s’attaquer». Ces problèmes, pas seulement liés «à la moralité sexuelle», sont ceux de «la science et de la technologie». La question étant de savoir si leurs progrès «permettent une humanisation ou une déshumanisation de l’espèce humaine». Le nouveau pape, comme Jean-Paul II, devra être «un homme de discernement», a alors déclaré le cardinal belge. Le pape «était complètement indépendant de tout biais politique, économique ou commercial, d’où son impact énorme sur la société». Le cardinal a en outre rappelé que pour «être un pape universel, il fallait être évêque de Rome» et que, comme Jean-Paul II, il fallait savoir «combiner de façon juste ces deux responsabilités».
Interrogé alors sur la hiérarchie de ces problématiques à affronter, le cardinal a répondu que «tous les problèmes étaient importants». Il y a «beaucoup de problèmes dans l’Eglise (.) et il ne faut pas spécialiser un pape dans un seul besoin, il faut que ce soit quelqu’un qui ait un coeur universel», a-t-il ajouté. Questionné sur la nationalité du pape la plus adaptée pour répondre à ces défis, le cardinal a répondu que «le prochain pape devrait représenter le Christ et que le Christ n’avait pas de couleur». Quant à la question d’âge du futur pape, il a aussi expliqué que «devant Dieu il n’y avait pas d’âge».
Personne n’est irremplaçable sauf le Christ
Reconnaissant que personne n’avait réellement envie d’être pape après «le géant» qu’a été Jean Paul II, il a aussi affirmé que «personne n’était tout à fait irremplaçable sauf le Christ» et que c’était «au Saint-Esprit de trouver une bonne personne». «Je pense que chaque personne humaine a son charisme», a-t-il poursuivi. «Ce pape est inimitable», mais «il y a d’autres charismes possibles». «Son successeur devra être lui-même». Le cardinal Danneels a aussi ajouté qu’il était «toujours plus difficile d’initier quelque chose que de continuer».
En attendant, durant cette semaine de «check-up de l’état actuel de l’Eglise» et de réflexion «sur ses problèmes réels», les cardinaux se préparent à élire le nouveau pape «en priant» et» en réfléchissant». «Parce que l’élection d’un pape n’est pas un vote au parlement. C’est quelque chose de religieux». «L’esprit saint va se charger de la difficulté de la succession».
Enfin, interrogé sur la transparence et le rôle des médias pendant le conclave, le cardinal belge a répondu «je pense qu’il est très important qu’il n’y ait aucune influence sur les électeurs». Il a conclu en affirmant que «quand on parlait trop de quelqu’un avant le conclave, il en sortait simplement cardinal». (apic/imedia/ar/bb)
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