Lucerne: Epiceries Caritas, une chaîne pour les plus pauvres en Suisse

Apic – Reportage

«Tous les groupes d’âge sont concernés par la pauvreté»

Georges Scherrer, Agence Apic/Traduction: Bernard Bovigny

Lucerne, 17 avril 2005 (Apic) De l’extérieur, il apparaît comme une simple épicerie de quartier. A l’intérieur, rien ne manque, des légumes au savon en passant par toutes les denrées de base. Et on trouve toujours du temps pour un brin de causette dans les épiceries de Caritas. Deux nouvelles filiales ont été ouvertes en 2005. Onze villes suisses, dont quatre en Romandie, en abritent actuellement une.

Devant la caisse se trouve une dame âgée et recourbée, qui plaisante avec la caissière. Une employée, qui remplissait un rayon, intervient dans la conversation. La porte d’entrée s’ouvre d’un mouvement rapide. Un jeune homme robuste s’engouffre dans le magasin et s’empare d’une des deux bouteilles de Cola-light restantes. Par prudence, il aurait dû prendre les deux car tous les produits ne sont pas disponibles chaque jour. Mais il existe toujours un assortiment de base sur lequel on peut compter.

A la caisse, le jeune homme sort son porte-monnaie, ainsi qu’une attestation. Car dans ces magasins, les achats ne peuvent être effectuées que par des personnes munies d’une autorisation d’un service social ou d’une Caritas régionale, précise Elisabeth Fry, porte-parole pour les épiceries Caritas en Suisse. Au dessus de la caisse se trouve d’ailleurs un panneau sur lequel figure: «Dorénavant les clients doivent présenter une carte d’achat Caritas avec attestation». Ces magasins sont destinés uniquement à celles et ceux qui vivent à la limite de la pauvreté ou en dessous. Et près de 10% de la population suisse est concernée, constate Beat Stettler, responsable des épiceries Caritas en Suisse.

Une bonne moitié de migrants parmi la clientèle

Annelis Studer est depuis fin 2004 co-responsable de l’épicerie Caritas à Lucerne. Le commerce se trouve à la Bleicherstrasse, juste à côté de la brocante de Caritas. Annelis Studer connaît sa clientèle. Elle appartient à toutes les catégories d’âge. On y trouve des jeunes sans emploi, des adultes exonérés d’impôts, des personnes à faible revenu, des femmes et des hommes seuls pour élever leurs enfants. Bref: des gens qui doivent tourner avec très peu de moyens. Plus de la moitié d’entre eux sont des migrants, lesquels constituent une population à risque en matière de pauvreté. Plus de 50% de migrants, un taux élevé? Probablement beaucoup de nécessiteux d’origine suisse se gênent de visiter un magasin destiné aux pauvres, affirme Annelis Studer.

Dans les commerces de Caritas, les produits sont en moyenne 30 à 50% meilleur marché que dans les autres magasins. On y trouve des yaourts au prix de 30 centimes, le kilo de sel à 70 centimes. Le café «Duo Quick» coûte 2,50 frs, au lieu de 15.90 frs dans le commerce dit «normal». Les pois mange-tout surgelés de Findus sont 1,80 frs au lieu de 5,80 frs. La boisson tonique pour les sportifs Isostar coûte 5 frs au lieu de 8,70 frs dans le commerce de détail. La lotion corporelle, qui coûte 9,50 à la Migros, est proposée là pour 4,50 frs. Mais ces prix peuvent passablement varier en fonction des fluctuations du marché.

Comment les chaînes Caritas peuvent-elles proposer des produits à des prix défiant toute concurrence? Annelis Studer explique que la marchandise arrive par différentes filières. Pour ce qui concerne les yaourts, par exemple, les épiceries Caritas ont conclu une convention avec divers producteurs, comme Emmi, Nestlé, Lusso ou Baer. C’est ainsi qu’elles peuvent assurer un assortiment fixe pour certains produits.

Yaourts arôme fraise-mocca

Il arrive que des yaourts présentent un léger défaut lors de la fabrication, ce qui empêche leur commercialisation dans les réseaux habituels. Lorsqu’une une machine passe de la production de yaourts mocca à l’arôme fraise, des traces de mocca restent et se mélangent parfois à la fraise, ce qui rend ces yaourts impropres à la vente dans les magasins habituels. Les épiceries Caritas les reprennent volontiers, de même que les articles présentant une étiquette erronée ou dont l’emballage est défectueux.

Une grande partie de l’assortiment Caritas est constitué de produits dont la date de vente est très proche. Un exemple: une chaîne de magasins a commandé trop de sachets d’Ovomaltine et craint qu’elle ne peut les écouler jusqu’à la date limite. Caritas en profite pour obtenir une partie de cette marchandise et la mettre rapidement en vente dans ses onze épiceries.

Des marchandises irréprochables

Les marchandises en vente dans ses magasins doivent être d’une qualité irréprochable, car Caritas est soumis à la loi sur la vente d’aliments comme n’importe quelle autre entreprise active dans le commerce de détails. Des grands distributeurs, comme Migros et Coop, procurent des marchandises à Caritas. Un des plus grands inconvénients de ce système est que l’on ne sait jamais d’avance ce qui sera livré: aujourd’hui du riz, demain des pralinés ou des conserves de légumes. Chez Caritas, c’est le client qui doit s’adapter au commerçant et non le contraire.

Parmi les offres se trouvent également des marchandises fraîches comme des kiwis. Annelis Studer explique qu’elle commande régulièrement des fruits et des légumes chez les agriculteurs de la région et les vend avec une faible marge de bénéfice. Il s’agit souvent de produits qui ne peuvent être écoulés dans le commerce habituel, comme des pommes de deuxième qualité.

Les autres produits sont entreposés à la centrale de Littau près de Lucerne, puis distribués dans les différents magasins en Suisse. A l’exception du pain. L’épicerie Caritas de Lucerne acquiert celui de la veille dans différentes boulangeries de la région. «Le matin, nous avons une file d’attente devant le magasin. Et le pain est ce qui part en premier», assure Annelis Studer.

Encadré:

Onze épiceries Caritas en Suisse

La première épicerie Caritas a été ouverte en 1992, sous le nom de «Carisatt», à Bâle. Puis des magasins se sont implantés à Lucerne, St-Gall, Berne, Thoune, Weinfelden (Thurgovie) Lausanne, Clarens (Vaud) Genève et Morges (Vaud). En 2005, la succursale de Winterthur a été rouverte et agrandie. A Zurich, tout comme dans d’autres villes, Caritas prévoit l’implantation d’autres épiceries.

Des photos relatives à ce sujet sont disponibles à l’Apic, Pérolles 42, CP 73, 1705 Fribourg – Suisse. Tel: 41-26-426 48 22 / fax: 41-26-426 48 00. E- mail: kipa@kipa-apic.ch

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