Genève: Election du cardinal Ratzinger: les protestants fâchés
Genève, 21 avril 2005 (Apic) Les protestants sont fort déçus de l’élection du cardinal Ratzinger comme nouveau pape. A Genève, deux responsables protestants, Roland Benz et Joël Stroudinski s’inquiètent de «la fin de l’oecuménisme». Du côté de l’Eglise catholique chrétienne, Jean-Claude Mokry, vicaire épiscopal, souligne que «l’Eglise romaine n’est pas une démocratie et que le pape y nomme les cardinaux de son bord».
Au bout du lac les protestants ne décolèrent pas, comme le rapporte dans un article la Tribune de Genève du 20 avril. Le modérateur de la Compagnie des pasteurs et des diacres, Roland Benz ainsi que le président de l’Eglise protestante de Genève, Joël Stroudinski, sont inquiets pour l’oecuménisme en particulier.
Tout en félicitant l’Eglise catholique romaine pour l’élection de son nouveau pape, Roland Benz rappelle qu’il est l’homme de l’instruction Dominus Jesus (suprématie de l’Eglise catholique sur les autres confessions).
Cette déclaration, publiée en 2’000, «réduit les Eglises n’appartenant pas au catholicisme romain à de simples communions», déplore Joël Stroudinski. Le pasteur genevois, également président des Eglises protestantes latines d’Europe (CEPLE) ajoute: «D’un point de vue oecuménique, l’élection de son auteur est un choix consternant.»
Ce qui est en jeu, c’est, à ses yeux, la poursuite de l’oecuménisme – le grand apport du Concile Vatican II -. Convaincu que l’élection de Mgr Ratzinger «n’offre pas un gage d’ouverture», affirme Roland Benz dans La Tribune de Genève, il affirme pourtant vouloir «continuer à travailler avec nos frères et nos soeurs catholiques».
Joël Stroudinski poursuit sur le même registre: «Le Vatican n’est pas l’Eglise catholique. Il y a, à Genève notamment, des personnes ouvertes qui réclament plus d’autonomie et de démocratie interne. Nous risquons de les voir maintenant vivre de douloureux conflits intérieurs.»
Catholiques chrétiens également soucieux
Il n’y a pas que les protestants qui s’inquiètent de l’élection du nouveau pape. Jean-Claude Mokry, vicaire épiscopal de l’Eglise catholique chrétienne, à Genève, rappelle que «l’Eglise romaine n’est pas une démocratie». Et que «le pape y nomme des cardinaux de son bord, qui élisent ensuite un pape de leur bord. L’élection d’aujourd’hui clarifie simplement le débat et met en lumière l’Eglise romaine telle qu’elle est organisée.»
Les juifs et les musulmans genevois observent l’arrivée de Benoît XVI sans passion. François Garaï, rabbin de la Communauté israélite libérale de Genève, espère que le nouveau pape suivra les pas de Jean Paul II dans ses rapports avec les Juifs. Quant à Hafid Ouardiri, porte-parole de la Mosquée de Genève, il attend du nouveau pontife un pas vers l’islam.
Les protestants de France inquiets après l’élection du pape
A Paris, la Fédération protestante de France (FPF) dit accueillir «avec inquiétude, notamment pour le dialogue interreligieux, l’élection de Mgr Joseph Ratzinger au pontificat», comme le rapporte le quotidien Le Monde du 20 avril.
«Nous ne pouvons oublier (…) le resserrage en matière de doctrine, qui a été incarné par le cardinal Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi», déclare son président, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, dans une interview au grand quotidien français.
Jean-Arnold de Clermont y affirme cependant qu’il «veut croire» que les cardinaux ont choisi celui dont ils pensent «sincèrement» qu’il peut «aider l’Eglise catholique à faire face aux défis du monde contemporain». «J’ose espérer que le nouveau pape sera un pape d’ouverture», ajoute encore le président de la Fédération, qui affirme «avoir besoin d’un acte fort en direction des protestants».
«Comme protestants», avait déclaré pour sa part sur France Inter Gill Daudé, responsable des relations oecuméniques à la Fédération protestante, «Mgr Ratzinger c’était pour nous l’homme de ’Dominus Jesus’, l’homme de la note qui ne reconnaît pas les autres Eglises comme de véritables Eglises». Il poursuit: «l’homme qui a refusé un certain nombre de débats, exclu un certain nombre de théologiens, c’est l’homme qui représente une certaine fermeture doctrinale, une peur du monde aussi», avait-il ajouté. Le responsable des relations oecuméniques à la Fédération protestante a aussi souhaité que Benoît XVI ait «un autre regard». (apic/ag/vb)
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