Rome: Le cardinal Martins reste prudent sur la cause de béatification de Jean-Paul II
Ariane Rollier, correspondante de l’Apic à Rome
Rome, 24 avril 2005 (Apic) Le cardinal José Saraiva Martins, préfet de la Congrégation pour la cause des saints, était dans la salle Clémentine dans la matinée du 22 avril. Il a ainsi reçu les remerciements du pape Benoît XVI qui s’adressait à l’ensemble des cardinaux présents à Rome. Une rencontre qu’il a qualifiée de «très fraternelle» lors d’un échange avec l’agence I.MEDIA, partenaire de l’Apic à Rome.
Le cardinal Martins a partagé ses attentes face au pontificat de Benoît XVI et se montre prudent face à une accélération de la cause de béatification de Jean Paul II. Il rappelle qu’il faut cinq ans pour débuter une telle cause. Par ailleurs, la renommée de sainteté chez les fidèles doit se retrouver au-delà du contexte émotionnel.
Apic: Eminence, quelles sont vos attentes pour ce nouveau pontificat ?
J.S.M: Mes attentes sont celles qu’ont tous les chrétiens. Que le nouveau pape suive les traces du pape Jean Paul II parce que c’est la route que l’Eglise et le monde d’aujourd’hui demandent.
Apic: Comment interprétez-vous le fait que Benoît XVI ait décidé de se rendre dès lundi prochain 25 avril à la basilique Saint-Paul hors-les-murs ?
J.S.M: Ce geste a un sens au niveau pastoral car Pierre et Paul ont toujours été liés et unis, comme le manifestent les deux statues des apôtres place Saint-Pierre. Ce geste est d’autant plus important que d’habitude les papes vont d’abord à saint-Jean-de-Latran. Après saint Pierre, le pape va à saint Paul. C’est un geste très vrai, très complet, très expressif. Unir Pierre et Paul, deux figures différentes et qui se complètent.
Apic: Pensez-vous que Benoît XVI, proche du pape défunt, demande l’accélération de la cause de béatification de Jean Paul II ?
J.S.M: Il y a avant tout les normes canoniques, juridiques qui prescrivent qu’il faut que cinq années passent après la mort pour commencer la cause de béatification d’un serviteur de Dieu. Après ces cinq années, c’est à l’évêque local où la personne est morte de voir s’il faut initier la cause de béatification. Si l’évêque arrive à la conclusion d’une renommée de sainteté chez les fidèles, alors il peut commencer la cause. Pour cela, l’évêque doit demander la permission au Saint-Siège, à la Congrégation pour la cause des saints.
Apic: Beaucoup de personnes ont manifesté leur désir de voir Jean-Paul II bienheureux ou saint, ne serait-ce que par leurs pancartes ou par leur courrier. Les cardinaux eux-mêmes ont témoigné de certains miracles opérés par le pape pendant sa vie .
J.S.M: Les pancartes ne veulent pas dire grand chose car la renommée de sainteté chez les fidèles doit se retrouver au-delà du contexte émotionnel. Les miracles avant la mort ne sont pas valables pour la béatification. Les lettres arrivant à la Secrétairerie d’Etat ne veulent rien dire non plus, elles ne remplacent pas les miracles. Les fidèles doivent témoigner que la personne a vraiment pratiqué les vertus à un niveau héroïque. On fait une recherche, les fidèles doivent témoigner et signer, et c’est cela qui vaut pour la réputation de sainteté.
Apic: La cause de Mère Teresa a été accélérée. Ne peut-on pas envisager la même chose pour Jean-Paul II ?
J.S.M: La cause de Mère Teresa a été dispensée en deux ans parce qu’en tant que préfet de la Congrégation pour la cause des saints je l’ai demandé au pape. Mais ce n’est pas quelque chose d’automatique.
Apic: Ne pourriez-vous pas demander au nouveau pape la même chose pour Jean Paul II ?
J.S.M: Tout pourrait avoir lieu. Mais si j’étais en cause par exemple, je ne voudrais pas être béatifié ainsi. Je voudrais que les choses procèdent selon les normes. Parce que l’histoire est ainsi, on prouve que le peuple de Dieu pense ainsi.
Le procès de Mère Teresa a d’ailleurs été fait dans les règles. Il a fallu 80 volumes contenant les témoignages de tout le monde. Le procès a été accéléré dans le temps mais le processus pour la béatification n’a pas été modifié pour autant.
Apic: Cela ne pourrait-il pas en être ainsi avec Jean-Paul II même s’il faudra beaucoup de documentation ?
J.S.M: Rassembler la documentation sera long. Mais il vaudrait mieux en parler après cinq ans.
Apic: Un agenda est-il déjà mis en place pour les béatifications et canonisations prévues à l’origine pour ces prochaines semaines ?
J.S.M: Les béatifications et canonisations doivent être confirmées par le pape. Certaines dates doivent être changées, parce qu’il y avait des cérémonies prévues en avril, en mai et en juin. Le nouveau pape doit regarder son agenda et établir ensuite les dates. Pour l’instant, Benoît XVI n’a pas pris pleinement possession de ses fonctions. Il faut lui laisser un peu de temps. (apic/imedia/ar/bb)
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