New York: Le Saint-Siège demande un renforcement du traité de non- prolifération nucléaire
New York, 6 mai 2005 (Apic) Le Saint-Siège a demandé le renforcement du traité de non-prolifération atomique (TNP), lors de la 7e conférence d’examen du traité qui s’est ouverte au siège de l’Onu à New York, le 2 mai 2005. C’est ce qu’a déclaré l’observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies, Mgr Celestino Migliore, le 4 mai.
Au cours du mois de mai, les 188 Etats signataires vont examiner l’évolution du désarmement, du contrôle des armes nucléaires, de l’usage pacifique de l’énergie nucléaire et de l’avenir du traité lui-même.
«La paix que nous cherchons au 21e siècle ne peut pas être atteinte en comptant sur les armes nucléaires», a déclaré le diplomate du Saint- Siège. Si «le siècle s’est ouvert avec l’explosion du terrorisme global», celui-ci ne doit pas «menacer la loi humanitaire internationale». Ainsi, pour l’archevêque italien, «le temps est venu de souligner encore l’importance d’observer le traité en détail et dans sa totalité, puisque c’est le seul instrument juridique multilatéral actuellement disponible».
Le représentant du Saint-Siège a lancé un appel pour que «les questions difficiles et complexes de la conférence soient posées de manière équitable». Pour le Vatican, les solutions sont claires, le TNP doit être renforcé en augmentant «le pouvoir de l’Agence internationale de l’énergie atomique». Les mesures de contrôle de conformité du traité doivent également être consolidées.
Mgr Migliore a aussi demandé aux participants à la conférence de ne pas se concentrer exclusivement sur les mesures de non-prolifération. «La conformité aux dispositions nucléaires de désarmement est également exigée: la non-prolifération et le désarmement nucléaire sont interdépendants et mutuellement renforcés» a-t-il déclaré. Le Saint-siège a donc invité les puissances détentrices de l’arme nucléaire à une «conduite courageuse» et à «une responsabilité politique» en sauvegardant l’intégrité même traité, afin de créer «un climat de confiance, de transparence et de coopération, en vue de la réalisation concrète d’une culture de la vie et de la paix qui favorisera le développement intégral des peuples du monde».
Guerre froide dépassée
Pour le Vatican, le temps de la guerre froide est passé. Il n’est plus nécessaire de «trouver les moyens d’un équilibre dans la terreur». «Le temps est venu de réexaminer la stratégie globale de la dissuasion nucléaire», a indiqué le représentant du Vatican.
«Quand le Saint-siège a accepté de façon restreinte la dissuasion nucléaire pendant la guerre froide, a-t-il poursuivi, c’était dans l’état d’esprit clairement indiqué que la dissuasion était seulement une étape sur le chemin d’un désarmement nucléaire progressif». Jamais le Saint-siège «n’a cautionné la dissuasion nucléaire comme mesure permanente» a conclu Mgr Migliore.
Encore du pain sur la planche
Le Saint-siège a adhéré au traité de non-prolifération nucléaire le 25 février 1971. Le TNP est le traité international le plus universel puisque trois pays seulement ne l’ont pas signé (l’Inde, le Pakistan et Israël, qui se sont dotés de la bombe nucléaire). Si l’objet de ce traité, signé en 1968 et reconduit pour une durée indéterminée en 1995, concerne d’abord la lutte contre la prolifération des armes nucléaires dans les pays qui n’en possèdent pas, il est au coeur du processus de désarmement pour les pays dotés d’armes nucléaires.
En effet, les négociations menées en 1995 lors de la Conférence pour le réexamen du traité, ont conduit ces pays à accepter un «programme d’action» en matière de désarmement nucléaire. Néanmoins, lors de la conférence de révision tenue en 2000, le Comité préparatoire n’avait pas réalisé le consensus sur l’ensemble de ce programme.
C’est un sujet complexe et délicat au moment où le désarmement est freiné à la fois par les dossiers iraniens et nord-coréens, les menaces terroristes et la volonté des Etats-Unis et de la Russie de réduire leur puissance nucléaire stratégique, tout en conservant des stocks importants d’armements nucléaires.
Ainsi, dès le 2 mai dernier, à l’ouverture de la conférence, la Corée du Nord et l’Iran ont chacun fait savoir qu’ils entendaient continuer sur la voie de l’armement atomique. La Corée a testé le 1er mai 2005 un missile de courte portée en mer du Japon. Quant au gouvernement iranien, il a réaffirmé, le 2 mai, sa détermination à poursuivre l’enrichissement d’uranium, nécessaire pour développer la bombe nucléaire. «Le régime de non- prolifération (…) est menacé d’obsolescence», a d’ailleurs déclaré Kofi Annan, le secrétaire général de l’Onu.
Ainsi, la plupart des Etats non nucléaires contestent l’inégalité de fait du respect du TNP dans la mesure où ils ont accepté de ne pas tenter d’acquérir la Bombe (article II) tenant compte de l’existence de l’article VI impliquant de s’engager à «poursuivre de bonne foi des négociations (.) sur le désarment nucléaire» ; tout en autorisant pour tous, à travers l’article IV, l’acquisition de technologies électronucléaires permettant de disposer d’énergie non fossile pour leurs besoins économiques. (apic/imedia/hy/pr)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse