Sri Lanka: Réhabilitation suite au tsunami et poursuite du dialogue interreligieux
Propos recueillis à Rome par Ariane Rollier
Rome, 8 mai 2005 (Apic) La réhabilitation du St Lanka suite au tsunami et la poursuite du dialogue inter religieux constituent les défis à venir, a estimé dans une interview à I.Media, le partenaire romain de l’Apic, l’archevêque de Colombo, au Sri Lanka, Mgr Oswald Thomas Colman Gomis, en visite «ad limina» à Rome du 2 au 8 mai 2005 avec un groupe d’une quinzaine d’évêques sri lankais. Rencontre.
Q.: Quelle est, actuellement, la situation du Sri Lanka, quelques mois après le tsunami dévastateur ?
Mgr Colman Gomis: Les régions les plus affectées sont le nord-est, le sud- est, le sud-ouest. Seuls le centre et le nord-ouest n’ont pas subi de dommages. Au moins 40’000 personnes sont mortes. Des maisons ont été emportées ainsi que beaucoup d’enfants. Quelquefois on découvre encore des corps. Nous avons également eu une grave catastrophe ferroviaire, causant la mort de 1200 personnes. Certains sont portés disparus, ils ont pu être emportés par la mer.
Q.: Quels sont les programmes de réhabilitation mis en place pour remédier à la situation ?
Mgr Colman Gomis: Dans l’archidiocèse de Colombo, l’Eglise catholique a mis en oeuvre trois programmes. Le premier pour en faveur d’une aide immédiate, le second a consisté à fournir des abris temporaires et à répondre aux besoins provisoires et, maintenant, nous avons atteint la troisième étape, celle de fournir un logement permanent et des emplois. Dans ce processus, il y a plusieurs diocèses intégrés. C’est la Caritas nationale qui coordonne ces programmes de réhabilitation. Nous nous trouvons également face à un problème de manque de terrain, parce qu’à cause du danger de tsunami, le gouvernement a interdit la construction de maisons à moins de 100 mètres de la côte. Or, la plupart des gens vivent sur la côte. Il faut donc trouver d’autres terrains.
Q.: En attendant, où loge la population ?
Mgr Colman Gomis: Les personnes dont les maisons ont été totalement détruites ont été s’installer chez des proches ou dans des camps. Celles dont les maisons ont été partiellement détruites ou qui ont besoin d’être remeublées y vivent encore. Pendant ce temps, nous travaillons à leur réhabilitation.
Q.: Qu’en est-il de l’activité économique dans votre pays ? Combien de temps faudra-t-il pour revenir à peu près à la normale selon vous ?
Mgr Colman Gomis: La plupart des gens affectés ont été les pécheurs, qui vivent le long de la côte. Leurs moyens de survie, ont été détruits. Nous leur donnons un bon nombre de bateaux et des filets. Mais la manufacture des bateaux n’est pas rapide. Nous travaillons aussi sur des programmes de réparation des bateaux. Aussi, pour revenir à la normale, il faudra au moins un an et demi.
Q.: A l’heure actuelle, y a-t-il une grande solidarité au Sri Lanka ?
Mgr Colman Gomis: Au début, il y avait une grande solidarité. Mais je pense qu’elle n’existe plus maintenant. Parce que les gens ne sont pas d’accord avec cette restriction des 100 mètres, ils veulent revenir là où ils étaient. Les pêcheurs ne veulent pas partir et sont mécontents. Durant le tsunami, la coopération entre les régions était exemplaire, qu’il s’agisse du respect des religions, des castes, des races. Elles s’entendaient toutes entre elles. Les personnes s’entraidaient. Mais, maintenant, alors que les choses s’arrangent, les vieilles rivalités reviennent.
Q.: Comment est composé la population sri lankaise en terme de religions et quel est le statut des religions par rapport au gouvernement?
Mgr Colman Gomis: Dans notre pays, la majorité qui représente près de 70% de la population est bouddhiste, puis viennent les hindous qui forment 12% de la population, et enfin les chrétiens et les musulmans avec un pourcentage presque équivalent, soit 7 à 8% d’une population de 17 millions d’habitants. La liberté de religion est garantie par la constitution et notre régime est présidentiel. Le gouvernement est toutefois engagé dans la protection du bouddhisme, même si ce il n’est pas considéré comme une religion d’Etat.
Q.: Comment ces religions cohabitent-elles ?
Mgr Colman Gomis: De façon générale, leurs relations sont très cordiales. Mais le Sri Lanka ayant été pendant plusieurs siècles sous le joug colonial, des Portugais puis des Hollandais et enfin des Britanniques, depuis l’indépendance proclamée le 4 février 1948, il y a parfois une résurgence du nationalisme, soit un nationalisme bouddhiste. Certains comportements, aujourd’hui, comme la loi anti-conversion, sont le résultat de ce nationalisme. Il est en effet question que le parlement sri lankais adopte prochainement une loi ’anti-conversion’, visant à éviter toute conversion forcée ou non-éthique. Devant cette proposition, les évêques catholiques du pays ont adressé aux parlementaires le 30 avril dernier un document visant à les dissuader de voter cette loi et leur suggérant plutôt de créer un Conseil inter religieux.
Le gouvernement propose de voter une loi pour construire l’harmonie religieuse, mais cette loi la gênerait en réalité. L’Eglise catholique pense que nous devrions plutôt avoir un corps interconfessionnel plutôt que de suivre la législation proposée parce qu’elle risque d’être contre- productive.
Q.: Si le gouvernement souhaite éviter les conversions forcées, l’Eglise craint qu’il empêche ainsi les conversions tout court ?
Mgr Colman Gomis: Exactement. Nous ne nions pas le fait qu’il y ait des groupes chrétiens fondamentalistes qui aient ce genre d’activités prosélytes. Mais ce n’est sûrement pas l’Eglise catholique. Ces groupes l’affectent d’ailleurs beaucoup plus que les bouddhistes. Quoiqu’il en soit, nous ne croyons pas du tout aux fausses conversions. Personne ne peut être réellement converti sans qu’il se convertisse réellement lui-même. Une personne doit accepter librement la religion. Sinon, on ne peut pas parler de conversion. Personnellement, nous croyons que nous avons le droit de prêcher notre religion, mais nous ne croyons pas aux méthodes qui ne sont pas éthiques.
Q.: Comment décririez-vous l’Eglise catholique au Sri Lanka ? Quels sont vos liens avec Rome ?
Mgr Colman Gomis: Au Sri Lanka, les catholiques sont de façon générale alertes et actifs. L’Eglise est engagée auprès des pauvres et en faveur du dialogue religieux. En tant qu’Eglise, nous avons toujours travaillé avec Rome. Pour nous, ce n’est d’ailleurs pas tant la personne qui compte mais la fonction du pape, qui est un facteur d’unité.
Q.: Quels sont vos espoirs quant à ce pontificat ? Qu’attendez-vous de Benoît XVI ?
Mgr Colman Gomis: Je pense qu’il soulignera le besoin d’un réveil religieux, particulièrement dans la communauté catholique. Comme pape, il oeuvrera aussi pour l’unité des Eglises, comme il l’a déjà annoncé, et pour un plus grand dialogue avec les religions non chrétiennes. Cela serait certainement bon pour nous aussi. Il a d’ailleurs mentionné le fait qu’il est très important que nous gardions nos contacts avec les membres des autres groupes religieux. (apic/imedia/ar/pr)
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